Édition du 7 avril 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud et Caraïbes

Les Canadiens doivent soutenir Cuba face au siège barbare imposé par Trump.

Alors que les États-Unis resserrent leur emprise, les Canadiens doivent prendre le relais là où leur gouvernement fait défaut.

tiré de Canadian Dimension
https://canadiandimension.com/articles/view/canadians-must-support-cuba-against-trumps-barbaric-siege

La révolution cubaine traverse sans doute l’épreuve la plus sombre de
toute son histoire.

Le président américain Donald Trump a ouvertement déclaré son intention de renverser le gouvernement cubain d’ici la fin de l’année. Pour atteindre cet objectif, Washington renforce son blocus de Cuba, en place depuis 60 ans, pour en faire un véritable siège. L’administration Trump a qualifié cette petite nation pacifique des Caraïbes de « menace inhabituelle et extraordinaire » pour les États-Unis et a imposé des droits de douane à tout pays vendant du pétrole à Cuba.

L’invasion américaine au Venezuela, et la campagne de pression contre la compagnie pétrolière nationale mexicaine PEMEX, orchestrées par Trump, ont privé le Cuba de ses principaux fournisseurs d’énergie. L’île a vu disparaître près de 77 % de ses importations de pétrole. Le modeste apport provenant de la Russie, ajouté au maigre soutien humanitaire apporté par le Mexique, ne suffit pas à combler le déficit.

L’objectif explicite des responsables administratifs et de la diaspora cubano américaine d’extrême droite est de semer la misère sur l’île, de provoquer la famine, des pénuries de médicaments et des coupures d’électricité. Lorsque le représentant de Floride Carlos Gimenez a menacé de priver le Cuba, île peuplée de près de 11 millions d’habitants, « de pétrole, de voyages, et d’oxygène », le masque est enfin tombé. La représentante Maria Elvira Salazar, également de Floride, a admis que le siège américain privait les Cubains de nourriture et de soins médicaux, et a déclaré qu’elle soutenait cette politique pourvu qu’elle permette de « libérer le Cuba pour toujours ».

Le but explicitement déclaré par les responsables de l’administration et la diaspora cubano-américaine d’extrême droite est de semer la misère sur l’île, en provoquant la famine, des pénuries de médicaments et des coupures d’électricité.

Les intentions des États-Unis envers Cuba sont plus claires que jamais : Washington veut étrangler une nation entière jusqu’à ce qu’elle cède à la soumission.

Le 31 janvier, le Réseau canadien de solidarité avec Cuba (CNC, par son acronyme en anglais) a publié une déclaration condamnant la dernière agression de Trump contre l’île :

Cette action répréhensible, illégale et immorale constitue une attaque directe et flagrante contre le peuple cubain et intensifie des décennies de pression économique et de sabotage…le gouvernement américain n’a jamais hésité à recourir au terrorisme économique dans ses tentatives de reconquête de Cuba, mais la sévérité de cette nouvelle stratégie menace le peuple cubain d’anéantissement.

Isaac Saney est membre du comité exécutif du CNC et spécialiste des études afro-américaines et cubaines à l’université Dalhousie. Dans une entrevue accordée au Canadian Dimension, M. Saney a souligné que « les Cubains ont toujours fait preuve d’une résilience incroyable ». Il a ajouté que « c’est sans doute la période la plus dangereuse que la Révolution cubaine ait jamais affrontée. Et c’est évidemment le plus grand défi auquel le mouvement de solidarité avec Cuba n’ait jamais été confronté. »

Longtemps victime des pénuries imposées par les États-Unis, Cuba est désormais entrée dans une nouvelle ère de privations. À la fin janvier, des rapports ont révélé que les réserves de pétrole de Cuba se limitaient à seulement 15 à 20 jours.

Les coupures de courant qui menacent l’île depuis des années risquent de s’aggraver, plongeant Cuba dans une obscurité prolongée et paralysant le fonctionnement des hôpitaux, des exploitations agricoles, des systèmes électriques, des transports, des établissements d’enseignement et d’autres services essentiels.

À la suite de l’imposition d’un blocus pétrolier illégal le mois dernier, Trump a déclaré : « Les Cubains se plaignent du « blocus » depuis des années.

Mais désormais, ils auront droit à un vrai blocus. » Il s’avère que ce blocus est réel – et impitoyable – depuis plus de soixante ans. Pendant 33 années consécutives, une très large majorité des pays membres de l’assemblée générale des Nations unies ont voté en faveur de la condamnation des mesures illégales et unilatérales prises par Washington visant à étouffer économiquement Cuba.

Le célèbre mémorandum Mallory d’avril 1960, rédigé par Lester Mallory, sous-secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires interaméricaines, a révélé les efforts déployés par Washington pour infliger des difficultés économiques à Cuba dès l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Fidel Castro en 1959. Le mémorandum constate que « la majorité des Cubains soutiennent Castro (l’estimation la plus basse que j’ai vue est de 50 %) ». Mallory concluait que « le seul moyen prévisible d’aliéner le soutien interne passe par le désenchantement et la désaffection liés à l’insatisfaction et aux difficultés économiques... il en découle que tous les moyens possibles doivent être mis en œuvre pour affaiblir la vie économique de Cuba ». Quels moyens Mallory recommandait-il ? « Refuser de fournir de l’argent et des approvisionnements à Cuba, afin de faire baisser les salaires monétaires et réels, pour ainsi provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement ».

Selon le gouvernement cubain , le blocus américain a entraîné un coût d’environ 150 milliards de dollars US pour l’île. Chaque mesure prise pour renforcer le blocus – la loi Helms-Burton de 1996 et les désignations absurdes de « pays soutenant le terrorisme » de 2021 et 2025 – a intensifié la punition collective infligée à la population cubaine.

En novembre 2025, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les sanctions, Alena Douhan, s’est rendue à Cuba pour évaluer l’impact du blocus. Elle a constaté que les sanctions unilatérales imposées par les États-Unis « étouffaient le tissu social cubain » et que le blocus avait « de graves conséquences sur la jouissance des droits de la personne, notamment les droits à la vie, à l’alimentation, à la santé et au développement ». Elle a également signalé « des pénuries de nourriture, de médicaments, d’électricité, d’eau, de machines essentielles et de pièces de rechange... tandis que l’émigration croissante de travailleurs qualifiés, notamment de personnel médical, d’ingénieurs et d’enseignants, pèse davantage sur le pays ».

Pourtant, selon Trump, il n’y avait pas eu de « réel » blocus à Cuba avant le mois dernier.

Tout en subissant plus de 60 ans d’attaques brutales de la part des États Unis, les Cubains ont réussi à mettre en place l’un des systèmes de santé les plus avancés au monde en offrant l’accès universel au logement et à l’éducation. Le blocus n’a jamais réussi à vaincre l’esprit internationaliste de Cuba. Dans les années 1970 et 1980, les combattants cubains ont joué un rôle central dans la libération de l’Afrique de l’apartheid.

À ce jour, l’internationalisme médical de Cuba est reconnu dans le monde entier, des dizaines de milliers de médecins cubains fournissant des services de santé vitaux à travers le globe. Pendant la pandémie de COVID 19, le gouvernement cubain a envoyé des professionnels de la santé en Italie, qui a été durement touchée par le virus. En février 2025, la première ministre barbadienne Mia Mottley a déclaré : « Nous n’aurions pas pu traverser la pandémie sans les infirmières et les médecins cubains. » Le premier ministre de la Grenade a été encore plus direct : « Je ne pense pas qu’un système de santé publique dans les Caraïbes puisse survivre sans le soutien du personnel médical cubain. »

Les Canadiens devraient également se rappeler qu’en 2020, les Premières Nations du Manitoba ont demandé à Ottawa d’autoriser les médecins cubains à se rendre dans les réserves afin de protéger les peuples autochtones contre la COVID-19. Le gouvernement Trudeau a refusé. Si seulement Ottawa avait donné son accord, les médecins cubains auraient été plus que disposés à se rendre au Manitoba pour fournir des soins médicaux de haute qualité aux communautés autochtones.

Compte tenu de la générosité mondiale de Cuba, le silence du gouvernement canadien face aux dernières provocations de Trump est honteux. Ni le premier ministre Mark Carney ni les Affaires mondiales Canada n’ont condamné les efforts de Trump pour accélérer les souffrances cubaines et mener le pays vers l’effondrement. Selon deux anciens ambassadeurs canadiens à Cuba, la réponse du Canada – ou plutôt son absence de réponse – à l’agression américaine est motivée par « le besoin d’Ottawa de conclure un nouvel accord commercial avec les États-Unis ». Alors que Cuba a toujours partagé ses ressources limitées avec le monde malgré des décennies de sabotage de la part des États-Unis, le gouvernement canadien n’est pas disposé à risquer la moindre réprimande de Washington en défendant le droit international et les droits de la personne des Cubains.

L’hypocrisie de Mark Carney est flagrante. Il a remporté les élections fédérales d’avril 2025 en promettant de tenir tête à Trump et en défendant les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale. Le mois dernier, lors du Forum économique mondial de Davos, Carney a déclaré que le Canada avait « la capacité de construire un nouvel ordre qui englobe nos valeurs, telles que le respect des droits de la personne, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des différents États ». Aujourd’hui, alors que la campagne américaine contre Cuba piétine tous ces principes, Carney refuse de dire un mot, tout comme il a refusé de condamner l’agression illégale et non provoquée de Trump contre le Venezuela le 3 janvier.

Saney souligne que, malgré le siège américain, Cuba n’est pas totalement isolée.

La Chine vient de lui envoyer 80 millions de dollars pour moderniser son réseau électrique, ainsi que 60 000 tonnes de riz. L’île a également reçu l’aide du Vietnam. Sans oublier la relation économique entre Cuba et le Canada. Le tourisme cubain a subi un coup très dur en raison des menaces et de l’agression des États-Unis, mais le Canada reste l’une des principales sources de touristes à Cuba, et d’investissements étrangers. Les pays du BRICS ont dénoncé l’attaque américaine.

Pourquoi les Canadiens devraient-ils faire preuve de solidarité envers Cuba ? Saney évoque deux raisons : l’obligation éthique et morale, mais aussi l’intérêt national.

« Les États-Unis infligent une punition collective à un pays qui refuse de se plier à leur volonté », déclare Saney. « Les pays ont un droit fondamental à l’autodétermination. Ils devraient pouvoir déterminer leurs systèmes économiques, politiques et sociaux sans ingérence ni coercition extérieure. » Il ajoute que le Canada a également un intérêt direct à défendre Cuba contre les attaques des États-Unis. « Les États-Unis ont également pris pour cible le droit du Canada à l’autodétermination, à l’indépendance et à la souveraineté. Ainsi, en défendant l’autodétermination, l’indépendance et la souveraineté de Cuba, nous défendons également celles du Canada. »

Le gouvernement canadien refuse de défendre Cuba, mais les Canadiens à la base peuvent le faire. Nous pouvons soutenir les campagnes d’organisations nationales de solidarité telles que le Réseau canadien de solidarité avec Cuba. Nous pouvons participer aux comités régionaux de solidarité dans nos villes. Nous pouvons faire des dons à des collectes de fonds, adresser des pétitions au Parlement et nous rendre sur l’île dans le cadre de brigades de travail ou pour voyager en tant que touristes.

Le temps presse. Il n’a jamais été aussi important pour les Canadiens de montrer leur solidarité envers Cuba, de manifester leur respect pour la résilience et l’indépendance du peuple cubain, ainsi que leur gratitude pour les décennies de générosité dont il a fait preuve.

Si les Cubains peuvent partager le peu qu’ils ont avec le monde entier, les Canadiens peuvent partager certaines de leurs ressources avec le peuple cubain au moment où il en a le plus besoin.

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