Édition du 17 mai 2022

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Québec

Les Québécois et Québécoises à la recherche d'une opposition

Tout d’abord, la Coalition avenir Québec (la CAQ) trône au sommet des intentions de vote. Selon le dernier sondage Léger et Léger, il en recueille 44%, 56% des Québécois et Québécoises s’en disent satisfaits contre 38% exprimant leur mécontentement. Manifestement, le temps est au beau fixe pour la formation de François Legault. Il se dirige vers une réélection facile.

Ce sont les partis d’opposition qui en arrachent. Curieusement, la population les juge avec une sévérité qu’on réserve d’habitude à un gouvernement impopulaire, comme s’ils exerçaient le pouvoir.

Pour comprendre cet état de fait, il faut évaluer la situation de chaque parti en fonction de son histoire et de sa trajectoire depuis le début de la décennie 2000. Ce portrait d’ensemble permet alors de mieux saisir la position de chacun en rapport avec son message.

Une constatation préliminaire : toutes les formations d’opposition soit
font du surplace, ou bien encore reculent, sauf le Parti conservateur
d’Éric Duhaime, un cas sur lequel nous reviendrons.

Commençons par ceux qui perdent du terrain, le Parti libéral et le Parti québécois, deux formations autrefois majeures mais qui luttent contre une marginalisation préludant peut-être à leur éventuelle disparition, surtout le Parti québécois. Le sort de l’Union nationale guette celui-ci c’est-à-dire la disparition. Le dernier sondage révèle qu’il vient de glisser sous la barre des 10% du vote (9%). Il partage avec la CAQ (dont le chef et premier ministre est lui-même un ancien ministre péquiste) une même intensité nationaliste. Mais il représente le seul parti dont la réalisation
de l’indépendance constitue la raison d’exister. La Coalition a mieux
compris l’humeur de l’électorat à ce chapitre. Elle ne remet pas en
question le fédéralisme tout en refusant de le défendre sans
conditions.

De plus, la Coalition a tiré le tapis de sous les pieds du Parti
québécois par son programme social et économique de centre-droit mais
à distance du "risque indépendantiste".

François Legault n’a rien d’un génie politique ni d’un brillant stratège ; mais il a bien vu l’impasse dans laquelle s’enlisait le parti fondé par René Lévesque. Il l’a donc quitté en 2009 (pendant qu’il en était encore temps) pour mettre sur pied la Coalition avenir Québec, résultant de la fusion entre son mouvement et l’Action
démocratique du Québec (l’ADQ) de Mario Dumont.
Depuis, hormis le bref passage au pouvoir de la péquiste Pauline
Marois (septembre 2012-avril 2014), le Parti québécois n’a cessé de
régresser. Pour lui, le scrutin d’octobre prochain est
vraisemblablement celui de la dernière chance. S’il la rate, il
pourra préparer ses funérailles...
:Le sort du Parti libéral peut paraître plus surprenant.
Traditionnelle formation à vocation de pouvoir, l’ayant souvent
souvent exercé au Québec depuis 1897, à l’origine de la Révolution
tranquille, il vient de descendre à 17% des voix, après en avoir raflé
24.8% en 2018. Il devance d’à peine deux points Québec solidaire. On
a beaucoup glosé sur les causes de sa débâcle : politiques sociales
d’extrême-droite et fédéralisme intransigeant, aussi je n’y reviendrai
pas.
Sa cheffe actuelle, Dominique Anglade a donc hérité d’un parti très
amoché ; au surplus, elle n’est pas la personne capable de redonner un élan aux libéraux avec ses hésitations, ses contradictions et ses incertitudes. Autrefois grand parti prestigieux, les gens ne le voient plus comme une alternative aux caquistes. Parviendra-t-il à freiner sa descente aux enfers ? Si la question est incontournable, la
réponse elle, s’avère beaucoup plus problématique.

La situation de Québec solidaire est moyenne. Après avoir connu un bond spectaculaire, passant en 2014 de 7% des votes à 16% en 2018, il zigzague depuis au gré des sondages entre 11% et 15%. Il fait du surplace, car il ne parvient pas à élargir sa base électorale. Un élément joue toutefois en sa faveur : il maintient ses positions dans le marasme politique présent et il continue de bénéficier d’une
certaine audience au sein de l’électorat. Mais il pourrait faire mieux. À sa tête, les leaders Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé font leur possible et ils ne s’en sortent pas trop mal. Mais dans la course électorale, il leur faudrait accélérer la cadence pour que Québec solidaire atteigne enfin les 20% du vote.

Le seul qui a des motifs de se réjouir par les temps qui courent est le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime. Le parti a grimpé d’un pauvre 1% des suffrages lors du scrutin de 2018 à 13% dans les sondages maintenant, deux points seulement derrière Québec solidaire. Il s’agit là d’un bond énorme, renforcé par la fidélité de la grande majorité de ceux et celles qui se prononcent en sa faveur.
Mais pour l’instant du moins, son audience se concentre dans la région
de Québec.

Tout comme dans le cas de la Coalition avenir Québec, on trouve de presque tout au Parti conservateur : des libéraux déçus, des péquistes dépités et même quelques solidaires. Éric Duhaime représente la seule source d’inquiétude pour François
Legault. Si l’ascension du Parti conservateur se confirme, à long terme il risque de nuire sérieusement à la CAQ. Mais on n’en n’est pas là et la direction caquiste peut dormir sur ses deux oreilles.

Pour conclure, les Québécois et Québécoises affectionnent leur
gouvernement, ils appuient pour l’essentiel ses orientations alors que
les partis d’opposition végètent. Pourquoi ? Le reprise économique y joue sûrement un rôle. La Coalition avenir Québec en profite, aussi de son nationalisme peu
exigeant. Du point de vue de l’électorat, il matérialise le "juste milieu" entre le Parti libéral, le Parti québécois et Québec solidaire, perçu celui-là comme trop à gauche. Seul Éric Duhaime touche une corde sensible chez certains électeurs, en particulier dans la zone de Québec ; Québec solidaire risque d’y perdre ses deux seuls
députés. Au surplus, François Legault paraît incarner le type même du
premier ministre honnête, calmé et modéré.

Des bémols s’imposent pourtant : si on se fie aux chiffres du dernier sondage Léger, les votes additionnés des partis d’opposition totalisent 54% contre 44% en faveur de la formation gouvernementale. Plus d’électeurs et d’électrices soutiennent donc un autre parti que celui au pouvoir. Mais considérée chacune de son côté, aucune de ces formations ne fait le poids vis-à-vis de la CAQ. Comme le prouve l’histoire politique du Québec (et du Canada), une opposition dispersée est condamnée à
l’impuissance. Ses composantes présentes à l’Assemblée nationale ont peu en commun (sauf l’indépendance pour le Parti québécois et Québec solidaire), hormis leur opposition de principe au parti de François Legault.

À moins que l’une d’entre elles n’arrive en fin de compte à supplanter
ses rivales. Tout se passe comme si les Québécois et Québécoises se
cherchaient une opposition plutôt qu’un gouvernement. Mais pour l’instant, on discerne mal laquelle s’imposera. Le temps le déterminera.

Pour octobre 2020, tout est joué.

Jean-François Delisle

Une mise au point s’impose avant de débuter le présent commentaire :
une erreur à corriger dans celui du précédent numéro.
En effet dans l’article intitulé : "Le nationalisme québécois : bien
vivant", j’affirmais dans un moment de distraction un rejet du Parti
québécois que "Son audience rétrécit comme peau de chagrin, en raison
de ses compromissions rétrolibérales dans les secteurs de l’emploi et
de la gestion des affaires publiques de 1981 à 2003".
Il aurait fallu lire : "dans les secteurs de l’emploi et de la gestion
des affaires publiques de 1981 à 1985, puis de 1995 à 2003". Jacques
Parizeau a ménagé la population à partir de son arrivée au pouvoir en
1994 en vue du référendum tenu finalement en 1995. Mais à la suite de
la défaite référendaire de l’option souverainiste, Lucien Bouchard le
remplaça comme premier ministre, un ancien ministre conservateur à
Ottawa mais très nationaliste québécois. Ses politiques sociales et
économiques furent à l’avenant.

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