3 septembre 2026, tiré de Canadian dimension. Photo de Malcolm Lightbody sur Unsplash
La dernière flambée de tensions a commencé au milieu de l’été, lorsque la fumée des feux de forêt du Canada s’est propagée sur une grande partie du territoire américain. Plutôt que de considérer cette fumée comme la preuve d’une crise environnementale commune, Trump l’a traitée comme une intrusion étrangère. Accusant le Canada de ne pas entretenir correctement ses forêts, il a qualifié la fumée d’« invasion ». Pour cette raison, le Canada devait être puni.
Pour les Canadien·nes, l’hostilité grossière de Trump et ses provocations sur le « 51e État » constituent la véritable toxicité qui plane dans l’air. Le changement de nom théâtral du lac Ontario est sa dernière manœuvre toponymique. Une telle mégalomanie impérialiste a suscité une vive réaction de la part des Canadien·nes.
La manière dont les États gèrent les conséquences matérielles alarmantes des changements climatiques sera un thème majeur de la géopolitique du XXIe siècle. Les changements climatiques constituent une dynamique planétaire, mais les gens ne font pas l’expérience de la planète : ils voient leur air se transformer en brume, leurs maisons inondées, les prix de leurs aliments grimper en flèche à cause de mauvaises récoltes lointaines (ou proches). Ces expériences doivent être traduites en un récit sur qui est responsable et ce qu’il faut faire.
L’idéologie la plus influente qui raconte cette histoire aujourd’hui est le nationalisme.
Le nationalisme est une idéologie protéiforme. La manière dont il aborde et comprend les changements climatiques n’est pas prédéterminée. Pourtant, on peut déjà discerner les contours de trois voies distinctes par lesquelles le nationalisme encadre les réalités effrayantes des changements climatiques : le bon, le mauvais et le laid.
Dans le meilleur des cas, le nationalisme procure un sentiment d’appartenance et de solidarité à une communauté de destin. La manière dont cette communauté est définie est, bien sûr, profondément controversée. Mais le nationalisme civique offre un modèle d’inclusion et une éthique de solidarité et de protection des patries nationales.
Cela signifie que les États peuvent mettre le nationalisme au service de la promotion d’une action collective visant à s’attaquer aux causes et aux conséquences des changements climatiques. Les sécheresses, les feux de forêt et la montée des eaux menacent non seulement les paysages nationaux chers à nos cœurs, mais aussi les fondements économiques de la prospérité nationale. Le nationalisme peut être le moteur de politiques de conservation et de pratiques économiques axées sur l’autoprotection.
Il s’agit d’un nationalisme axé sur la prévention et la protection. Il canalise l’identité collective vers la prévention et la préparation publiques, favorisant une transition énergétique tout en mettant en place des infrastructures et des systèmes résilients pour gérer les contraintes climatiques. Le nationalisme promet une patrie où il fait bon vivre pour un peuple, aujourd’hui et à l’avenir. Cela justifie une action collective positive, y compris la coopération avec les États voisins face aux défis climatiques communs, qu’il s’agisse des feux de forêt, de la sécheresse, des inondations ou des déplacements de population qu’ils engendrent.
Mais le nationalisme peut également promouvoir des conceptions exclusivistes et nativistes de l’identité nationale. Il s’agit d’un nationalisme axé sur la pureté et la division, qui cherche à déterminer qui en fait partie et qui n’en fait pas partie. Son élan consiste à créer des hiérarchies et à tracer des frontières.
Un tel nationalisme se prête facilement à la désignation de coupables parmi les étrangers. Si le réchauffement climatique engendre des catastrophes, des pressions migratoires et des tensions sur les ressources, le nationalisme fournit toute une galerie de coupables étrangers tout prêts. Il peut s’agir du pays voisin qui gère mal ses forêts ou de migrant·es démuni·es fuyant la sécheresse. Le premier « envahit » avec son air « pollué », les seconds avec leur population « sale ».
Cette stratégie de bouc émissaire est séduisante précisément parce qu’elle propose un récit plus simple que celui, diffus, cumulatif et transnational, des émissions de gaz à effet de serre et de leurs conséquences dévastatrices. Il est bien plus facile de blâmer les tas de broussailles d’un voisin ou son caractère que de faire face à un siècle d’émissions industrielles de carbone.
Le nationalisme étroit conçoit la patrie comme une forteresse assiégée nécessitant des murs plus hauts et une attitude punitive envers les étrangers. Pourtant, il reconnaît rarement la menace que le changement climatique fait peser sur le propre territoire et le sol d’un État, ainsi que sur son avenir. Il considère les perturbations climatiques comme le fait d’autrui — la Chine et l’Inde sont des boucs émissaires récurrents dans l’ensemble du monde occidental — plutôt que comme un problème commun nécessitant des solutions partagées.
La troisième voie est encore plus sinistre : un nationalisme impérialiste fondé sur l’expansionnisme territorial et l’accaparement des ressources. Ce nationalisme des grandes puissances diffère de celui des autres États. Il tend à se charger d’une mission messianique dans les affaires mondiales. Le nationalisme impérial est celui des États qui se considèrent comme des civilisations, comme les dépositaires de croyances et de valeurs universelles.
Face aux bouleversements causés par le réchauffement de la planète, cette variante du nationalisme répond par un retour aux habitudes impériales classiques. Pour certains, comme la Russie en Ukraine, cela signifie un retour à l’expansionnisme territorial afin de s’assurer les territoires, les ressources et la position stratégique jugés nécessaires. Les ambitions territoriales de la Chine en mer de Chine du Sud et envers Taïwan sont bien connues, tandis que celles des États-Unis concernant l’Iran et le Groenland sont plus récentes.
On observe le nationalisme impérial à l’œuvre ailleurs également. La concurrence accrue pour les minéraux essentiels et les terres rares, indispensables aux technologies militaires de base et aux systèmes d’énergie propre, a stimulé des initiatives visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement (ce qu’on appelle le « friendshoring » et la « protection contre la Chine »). Les frontières de l’extraction des ressources se sont étendues des chaînes de montagnes aux étendues sauvages de l’Arctique en passant par les environnements des grands fonds marins, dont beaucoup sont désormais accessibles grâce au recul des glaces. Les États et les entités qui leur sont affiliées revendiquent des droits sur les biens communs mondiaux, qu’il s’agisse des voies maritimes arctiques (la « Route de la soie polaire » de la Chine), de la pêche en haute mer et des minéraux des fonds marins, ou encore du spectre radioélectrique en orbite terrestre basse.
Cette approche considère le changement climatique comme une occasion de concurrence plutôt que comme une urgence collective. Le grand jeu de la concurrence entre les puissances mondiales se poursuit, alors même que les preuves s’accumulent pour montrer que tout le monde est perdant lorsque le terrain de jeu est en feu.
Le nationalisme n’est pas une idéologie simple : il peut être contradictoire et compromis. Le nationalisme civique peut être autoritaire tout comme le nationalisme étroit peut être « vert » et éco-fasciste. Les États cultivent souvent des récits fondateurs qui mettent l’accent sur la conquête de la nature et l’exploitation des ressources — en faisant peu de cas des peuples autochtones de ces territoires — comme c’est le cas au Canada, en Australie et dans bien d’autres pays. Ils entretiennent également des liens infrastructurels et des relations matérielles de longue date qui compromettent leur capacité à prendre des mesures climatiques décisives. Dans la pratique, ces voies peuvent s’entremêler.
En théorie, la manière dont le nationalisme interprète l’effondrement climatique ne doit pas nécessairement être négative. Les dirigeants des États ont le choix, et les cultures nationales peuvent évoluer en réponse au chaos et à l’échec. Un nationalisme égoïste peut s’orienter vers la collaboration multilatérale, voire vers une pensée cosmopolite, s’il place la protection écologique et l’épanouissement futur au cœur de ses préoccupations. Pour cela, il a besoin d’un système politique qui donne la priorité à la science, aux données probantes et à l’intérêt public.
L’urgence climatique est planétaire. Les systèmes politiques peuvent ignorer cette réalité géographique, mais ils ne peuvent y échapper. Aucune affirmation toponymique, aussi forte soit-elle, ne peut changer la direction de la fumée des feux de forêt ni mettre fin à une sécheresse. La solidarité nationale peut aider à mobiliser les gens pour protéger les lieux qu’ils aiment. Mais pour ce faire, il faut comprendre que les lieux sont le résultat de liens et de flux planétaires.
Le nationalisme devient dangereux lorsqu’il transforme une crise planétaire commune en une compétition entre « les nôtres » et « les autres », ou en un jeu de reproches entre États et empires rivaux. Un nationalisme plus avisé, ancré dans la Terre, offre quelque chose de différent : la possibilité d’un partenariat entre les nations qui travaillent ensemble pour protéger le seul système climatique que nous partageons tous et toutes. C’est ce nationalisme dont nous avons besoin à l’ère des perturbations climatiques.
Gerard Toal est géographe politique et professeur à Virginia Tech, ainsi qu’auteur de *Oceans Rise Empires Fall : Why Geopolitics Hastens Climate Catastrophe*.
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