Édition du 26 mai 2020

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Amérique centrale et du sud

Les contradictions du président argentin et ce qui a échappé à M. Obama

Enrique Ubieta Gómez, counterpunch.org, 7 avril 2016,
Traduction, Alexandra Cyr

Il y a trois ans, j’ai été invité à présenter un de mes livres à la Foire internationale du livre de Buenos Aires. Avec d’autres auteurs cubains, j’ai assisté au Festival de poésie, partie intégrante de l’événement. Un membre du Conseil municipal ouvrait le festival par un discours ; c’était Mauricio Macri.

À peine avait-il commencé qu’un groupe de jeunes acteurs-trices portant des manteaux blancs maculés de faux sang l’ont interrompu et insulté. Quelques semaines plus tôt, la police de Buenos Aires avait tiré sur des médecins et des étudiant-es en médecine qui protestaient devant l’hôpital Borda. 32 personnes ont été tuées dans cet affrontement. À M. Macri les acteurs-trices ont demandé si c’était cela de la poésie. Il n’a pas pu terminer son discours.

Ce fut la première impression que j’ai eue de l’actuel Président argentin. Il a gagné son poste avec une faible marge. Mais il a démarré son administration en publiant 29 décrets présidentiels qui annulaient les politiques mises en place par ses prédécesseurs pour voir aux nécessités sociales, promouvoir la démocratie et protéger la souveraineté du pays. Il n’a même pas attendu que le Parlement joue son rôle parce qu’il n’il n’a pas la majorité. Ces nouvelles politiques ont eu des effets immédiats : 100,000 fonctionnaires licenciés-es et 13.1% d’augmentation de l’inflation.

Un de ses premiers gestes en matière d’affaires étrangères à été de demander l’exclusion du Venezuela de marché commun régional, le Mercosur. Il a été obligé de revenir sur sa décision parce que les autres membres ne l’ont pas soutenu. Il a dû se calmer face à sa demande de libération de Leopoldo López, l’instigateur d’actes criminels violents qui ont tué 43 personnes (au Venezuela). Il a aussi tenté de déclencher une investigation criminelle contre Mme Hebe de Bonafini pour « incitation » à la violence et « perturbation de l’ordre public ». Présidente du groupe des « Mères de la Place de Mai », Mme de Bonafini avec appelé à une marche en face du palais présidentiel, la Casa Rosada. Milagros Sala, leader syndical indigène à Jujuy, très populaire dans sa région, une des plus pauvres du pays, a été emprisonné pour avoir organisé un « campement » pour protester contre la police provinciale. Les autres accusations étaient des fabrications. M. Macri a autorisé l’utilisation des armes à feu pour réprimer des manifestations pacifiques comme il l’avait fait à titre de maire de la capitale.

Au-delà de son dossier, dans une entrevue à La Nación, quelques jours avant l’arrivée de M. Obama en Argentine, il a déclaré, sans sourciller, qu’il irait bientôt à Cuba et qu’il rapporterait les violations des droits humains qui y ont lieu et en informerait les autorités. Je doute qu’il pensait aux prisonniers torturés à Guantanamo.

Son enthousiasme a été quelque peu refroidit quand M. Obama a parlé du soutient que les Américains avaient donné à la junte militaire argentine qui a fait des centaines de morts et de disparus-es, qu’il a reconnu que la politique agressive de son pays contre Cuba avait été inefficace. Il a cité son récent voyage dans l’ile comme un exemple de nouvelle politique. M. Macri voulait souligner ce voyage en « termes américains », disant qu’il reflétait un grand progrès, l’ouverture et l’appui à ceux et celles qui veulent revenir au pouvoir. Il à ajouté que la visite de M. Obama, Président des États-Unis, avait eu lieu sans qu’il renonce à un seul principe auquel « nous » argentins-es et américains-es croyons, à commencer par le plus important qui est la liberté. Chaque Cubain-e devrait en bénéficier et pouvoir choisir son avenir. Il a déclaré que cette visite allait faire avancer le débat un peu plus vite : « C’est ce dont nous avons besoin, que le débat s’accélère et que la jeunesse cubaine qui veut plus de liberté soit soutenue par le monde entier ».

Cette intervention de M. Macri est ridicule. La première liberté est celle de la connaissance. Les jeunes cubains-es peuvent décider de leurs vies parce que leur éducation et leur santé sont assurés, leur pouvoir existe et le gouvernement leur demande de jouer un rôle déterminant dans la destinée du pays. M. Macri ne connait rien à Cuba. Son enthousiasme l’empêche de voir que Cuba change pour rendre le socialisme plus efficace (c’est le mot exact à ce moment-ci). Ce n’est pas la stratégie choisie par le peuple argentin.
(…)
M. Obama a pu observer Buenos Aires sur Internet. L’Argentine toute entière était sous mesures de sécurité maximales. Même les téléphones cellulaires étaient hors d’usage dans certaines zones.
Pour le voir il fallait regarder la télé. Les reportages en direct ne montraient que l’entourage gouvernemental officiel. Toute la zone entourant la Casa Rosada était fermée en fin de journée et les distingués-es invités-es entraient pratiquement par les garages. Il est entré dans la cathédrale par une porte de côté : il a terminé le visionnement internet sous une tente et de là, est entré dans l’église.

Alors……….Cuba à fait les choses en grand. Aucun moustique ne l’a piqué. Mais la performance s’arrête là. M. Obama est arrivé en Argentine dans une ville blindée. Les médias se sont concentrés sur des détails futiles comme les cadeaux que la fille de M. Macri a donnés à Mme Obama et aux sœurs de M. Obama.

M. Obama a déclaré que M. Macri était un exemple pour toute l’Amérique latine. Il me semble plutôt qu’il est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire ou être.

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