Édition du 29 septembre 2026

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Amérique centrale et du sud et Caraïbes

Les élections au Brésil : Un enjeu crucial pour freiner l’extrême droite

Le PSOL et la gauche anticapitaliste ont deux défis gigantesques à relever simultanément lors de ces élections : contribuer à la lutte plus large contre la principale expression brésilienne du néofascisme mondial, et construire un pôle de gauche radicale et indépendante.

20 septembre 2026 | tiré d’inprecor.fr
https://inprecor.fr/les-elections-au-bresil-un-enjeu-crucial-pour-freiner-lextreme-droite

Donald Trump, chef de file de l’impérialisme hégémonique et leader mondial des mouvements et partis d’extrême droite, est en train de redessiner les relations politiques mondiales, en cherchant à mettre en place des régimes autoritaires et ultralibéraux tant au niveau national qu’international – mais surtout sur ce qu’il considère comme « son » territoire élargi, l’Amérique latine. Il poursuit son offensive guerrière au Moyen-Orient, commencée avec le génocide qu’il a aidé Netanyahu à perpétrer à Gaza, et qui se poursuit aujourd’hui par une nouvelle série d’attaques contre l’Iran, le Liban et de nouveau la Palestine.

Face à l’imminence d’un effondrement climatique, comme le montrent les phénomènes extrêmes du Nord au Sud et d’Est en Ouest, le gouvernement américain fait fi de la plus grande crise environnementale de notre histoire, en encourageant, tant dans la lutte idéologique que dans la pratique politique, le déni antiscientifique. Chaleurs extrêmes, effondrements de glaciers, feux de forêt, ouragans, tornades, cyclones, inondations… les catastrophes résultant du réchauffement climatique provoqué par le capitalisme laissent présager une situation encore pire que celle d’aujourd’hui. Le Brésil, dans ce contexte, court un risque immédiat : il n’est pas prêt à faire face aux effets du super El Niño qui s’annonce dévastateur.

Sur tout le territoire au sud des États-Unis, le gouvernement Trump-Rubio met en œuvre avec succès un sinistre plan de recolonisation, fondé sur des attaques militaires, des menaces d’invasion – comme à Cuba, une fois de plus encerclée et résistant héroïquement –, des chantages économiques et des ingérences peu subtiles dans les processus électoraux de pays souverains. C’est ce qu’il a fait au Honduras, en Argentine et, cette année, en Colombie. Après l’opération d’invasion menée en janvier au Venezuela, et la prise en otage de Nicolás Maduro et Cilia Flores, Trump vient d’officialiser, avec l’aide du gouvernement fantoche de Delcy Rodríguez, le pillage d’une bonne partie du pétrole vénézuélien. Et maintenant, avec l’aide de ses géants de la tech et de sa gigantesque machine de guerre et d’espionnage, il commence à s’ingérer dans le processus électoral brésilien, dans le but explicite de ramener le clan Bolsonaro au pouvoir.

Une élection polarisée

Le Brésil se rend aux urnes en octobre pour ce qui constitue la sixième plus grande élection au monde. Un scrutin qui combine le renouvellement du mandat présidentiel – où Lula affronte le fils Bolsonaro – avec l’élection de centaines de membres des deux chambres du Parlement (l’ensemble des député·es et les deux tiers des sénateur·rices), ainsi que les élections pour le gouvernement des 27 États et de leurs assemblées locales. Un scrutin dont l’issue reste incertaine entre les deux principaux candidats, Flávio Bolsonaro et Lula.

Ces élections seront, sans aucun doute, marquées par les retombées du scandale de la banque Master. La pyramide s’écroule au dernier trimestre 2025 et la banque centrale décrète la liquidation de la banque Master. Le Brésil découvre alors le plus grand scandale financier de son histoire : un trou encore mal évalué, qui dépasserait les 10 milliards d’euros. Daniel Vorcaro est arrêté par la police fédérale.

Dès le début apparaissent des liens d’affaires, de copinage et de corruption, profonds et solides, avec l’extrême droite. Des figures de proue de l’extrême droite, comme le député Nikolas Ferreira (Minas Gerais) ou le sénateur Ciro Nogueira, ont profité des largesses (voyages, hôtels de luxe, argent) de Vorcaro. Le gouverneur bolsonariste Claudio Castro (Rio de Janeiro) a investi les ressources du fonds de retraite des fonctionnaires de l’État dans les fonds gérés par Master. Son collègue de Brasília, Ibaneis Rocha, bolsonariste lui aussi, a investi près de 2 milliards d’euros provenant de la Banque régionale de Brasília.

La cerise sur le gâteau reste l’affaire Dark Horse (L’Outsider), un navet censé conter l’épopée de Jair Bolsonaro. Vorcaro s’était engagé à financer le film à hauteur de 136 millions de réais (plus de 20 millions d’euros), dont la moitié seulement a effectivement été transférée. Les conversations et messages retrouvés sur le téléphone portable de Vorcaro montrent des contacts fréquents, des négociations directes entre Vorcaro et Flávio Bolsonaro, et même une visite de Flávio à Vorcaro la veille de son incarcération.

On trouve donc l’ADN de l’extrême droite à tous les niveaux du scandale. Cela n’empêche pas l’impérialisme et l’extrême droite de vouloir renverser la situation et faire rejaillir la crise Master sur celles et ceux que des couches entières de la population considèrent comme des allié·es de Lula, à commencer par les ministres de la Cour suprême fédérale. Ils sont aidés en cela par le fait que Vorcaro n’a pas limité ses largesses à la seule extrême droite, mais a tenté de coopter tous ceux et toutes celles qui, de près ou de loin, détenaient une parcelle de pouvoir exécutif, législatif, judiciaire ou administratif. Mais surtout, ils peuvent compter sur l’engagement du ministre du STF (Tribunal suprême fédéral) André Mendonça – ex-ministre de la Justice de Bolsonaro – en charge du dossier. Mendonça conduit l’affaire en protégeant ses complices politiques et vise des cibles choisies en fonction de leur proximité supposée avec Lula, en premier lieu un autre ministre du STF, Alexandre de Moraes, cité dans le dossier, considéré comme un allié de Lula et juge du procès des putschistes de janvier 2023 – ce qui donne en plus aux bolsonaristes un goût de revanche.

Une intervention étasunienne continue

Le gouvernement américain agit déjà délibérément contre la souveraineté du Brésil, tout en maintenant le Mexique sous la menace économique et militaire. En plus de droits de douane exorbitants, qui ont taxé à 37,5 % divers produits brésiliens, le Département d’État continue de s’ingérer, notamment en classant le CV et le PCC comme groupes terroristes, et en semant sans cesse le doute sur les élections et les urnes électroniques. L’escalade d’août a notamment consisté à révoquer le visa diplomatique de l’ambassadrice brésilienne à Washington. Trump et Rubio se sont servis de leur subordonné Milei pour s’en prendre au Brésil, à son gouvernement et à la candidature de Lula.

Le véritable enjeu de la bataille électorale, c’est donc la souveraineté du Brésil. Les géants de la tech, comme Palantir de Peter Thiel, font office de force de choc numérique au service du projet d’extrême droite. Une partie de leurs ambitions consiste à mettre en place une expérience techno-fasciste dans les pays de la région — un projet qui bénéficie aussi du soutien enthousiaste de Renan Santos et du parti Missão au Brésil. Une victoire de Flávio Bolsonaro ouvrirait la voie à une offensive coloniale plus large : contrôle des terres, des eaux, des ports et de bien d’autres ressources et infrastructures nationales.

La tentative de déstabilisation de l’élection, en cours depuis quelques semaines – au moment où nous écrivons cet article –, est flagrante, comme on peut le voir dans la récente crise qui secoue le STF. D’un côté, les ramifications tissées par Vorcaro et la banque Master montrent qu’un changement global s’impose dans les relations troubles entre le pouvoir judiciaire et la bourgeoisie. C’est pourquoi il est juste de demander que soit enquêté chacun de ceux qui sont cités dans l’affaire Master — Moraes, Toffoli et Mendonça compris —, tout en promouvant une réforme politique et judiciaire radicale pour abolir les privilèges. André Mendonça teste le terrain pour semer la confusion et créer un écran de fumée autour du scandale Dark Horse, dans une manœuvre pro-Trump destinée à garantir à Flávio les conditions pour se présenter en position de force au second tour.

La bataille politique au sein du STF n’est qu’une manifestation supplémentaire – et l’une des plus graves – du degré de polarisation dans lequel se trouve le pays. La tendance est que les élections deviennent un référendum, où l’on approuve ou rejette Lula, la gauche, les politiques sociales, le régime démocratique bourgeois et la souveraineté même du pays. Une victoire de Bolsonaro fils rendrait le contrôle de l’appareil d’État à l’extrême droite et à Trump, ce qui représenterait un risque d’une ampleur historique pour les libertés démocratiques et les droits socio-économiques acquis ces quarante dernières années. Pour toutes ces raisons, la campagne électorale de 2026 est une bataille stratégique d’envergure régionale et internationale.

Le PSOL et la réélection de Lula

Le Comité national du PSOL a voté à une quasi-unanimité en faveur d’un soutien électoral à Lula, sans pour autant approuver son programme de gouvernement. Cette décision s’est accompagnée d’un débat sur la proposition, portée par une partie du parti, de former une fédération avec le PT — rejetée par 75 % des membres de la direction nationale. À travers ces deux débats distincts, le PSOL a montré qu’il comprenait la nécessité d’un vote tactique essentiel en faveur de la réélection de Lula, sans pour autant confondre le parti avec le projet du PT.

Le PSOL a mis toute son énergie dans la campagne de Lula et a fait de ses candidatures dans les scrutin majoritaires et proportionnels une tribune pour cette victoire indispensable, tout en conservant son indépendance programmatique. Concrètement, par exemple, notre Fondation Lauro Campos et Marielle Franco a choisi, politiquement, de ne pas participer à la rédaction du programme de la coalition que dirige Lula. Nos priorités dans le cadre de la réélection de Lula sont la lutte pour mettre fin au système « 6x1 », la défense de la souveraineté du Brésil face aux attaques de Trump, la défense des droits et de la vie même des femmes contre la misogynie et les féminicides, et la nécessité d’un programme de gouvernement qui tienne compte de la crise climatique — en luttant contre la dévastation causée par l’agro-industrie, l’exploitation minière, l’extraction et l’usage des combustibles fossiles ; en défendant les forêts sur pied, l’agriculture familiale biologique, le caractère de bien commun des rivières, des lacs et des forêts, ainsi qu’une transition énergétique urgente vers l’utilisation exclusive de sources renouvelables.

Le PSOL se tourne vers l’avenir

Le PSOL aborde l’élection la plus importante de son histoire, un moment où se jouent sa cohérence et son avenir : il se bat pour dépasser le seuil électoral1, contribue à endiguer le bolsonarisme et l’extrême droite en aidant à faire réélire Lula, et réaffirme dans le même temps son profil politico-programmatique pour ce que sera l’« après-Lula ». Dans cette voie autonome, le parti a attiré des personnalités de poids comme Manuela D’Ávila, Duda Salabert et Jones Manoel2.

Il faut d’ores et déjà réfléchir à ce que sera le PSOL après octobre, à ses contours et aux défis qui l’attendent. Nous pensons qu’il doit servir de point d’appui aux luttes, en se montrant utile à celles et ceux qui vivent de leur travail. Pour contribuer à rassembler les conflits les plus importants, il devra se mettre au service des mouvements sociaux afin de construire des espaces unitaires, des fronts uniques et des convergences associatives. Il faut combiner la lutte contre l’extrême droite et pour la souveraineté nationale avec la défense des droits des travailleuses et des travailleurs – via les syndicats, sur les lieux de travail comme dans les lieux de vie, pour les salaires, la santé, l’éducation, les crèches – et avec les mobilisations et organisations antiracistes, féministes et LGBTQIA+.

La dernière conférence de mise à jour programmatique, qui a eu lieu en 2025, a été un point de départ pour aligner notre action sur ce qu’il y a de plus vivant dans les luttes pour la civilisation – mais ce n’était qu’un début. Des thèmes comme la crise environnementale et la souveraineté numérique, qui définissent le rôle des mouvements et le nôtre en tant que parti, doivent être abordés avec l’urgence que les temps exigent. Un bon exemple de ce qu’il faudrait généraliser comme pratique est l’élaboration de la plateforme « Lignes directrices programmatiques pour une transition écosocialiste », coordonnée par les fondations du PSOL et du Rede. Ce programme a été élaboré de manière inclusive et participative par des activistes, des expert·es invité·es, des militant·es et des dirigeant·es.

Pour avancer dans cette voie, dans un pays aussi vaste et diversifié que le Brésil, il est essentiel de renouer avec l’esprit pluraliste sur lequel le PSOL a été fondé il y a 22 ans : constituer une convergence entre différents secteurs et traditions de la gauche socialiste brésilienne, au sein d’un parti-front radical et radicalement démocratique, où toutes les tendances ont leur place. Pour jouer un rôle important dans la vague actuelle de nouveaux mouvements de gauche socialiste (comme le DSA américain, Die Linke en Allemagne ou le Parti des travailleurs en Turquie), le parti doit s’affirmer comme présent dans les luttes et au service de celles-ci : un parti militant, démocratique et internationaliste.

Une fois Lula vainqueur – la tâche à laquelle nous nous consacrons pleinement –, nous tracerons une voie programmatique pour l’avenir, sans pour autant négliger la lutte contre le putschisme. C’est maintenant que se joue l’avenir.

Le 20 septembre 2026

Notes

1. En 2026, les partis (ou fédération de partis) qui n’auront pas obtenus 13 élu·es au niveau fédéral n’auront pas accès à un ensemble d’avantages politiques ou matériels, en particulier l’accès aux fonds de financement public des partis politiques.
2. Manuelle D’Ávila est une figure centrale de la vie politique dans l’état du Rio Grande do Sul. En 2018, alors militante du PCdoB, elle a été candidate à la vice-présidence de la République en association avec Fernando Hadda du PT. Elle a rejoint les PSOL en 2026 et sera candidate pour le poste de sénatrice pour la coalition formée dans l’État dont Porto Alegre est la capitale et qui réunit PT, SPOL et PDT.

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