Tiré de Entre les lignes et les mots
Tel était le message transmis samedi par un panel de femmes journalistes, organisé par Rukhshana Media dans le cadre du Festival international du journalisme de Pérouse, afin de discuter de leur travail et d’examiner les moyens par lesquels les médias peuvent faire entendre la voix des Afghanes.
Alex Crawford, correspondante spéciale pour Sky News, s’est dite choquée par le peu de protestations observées en dehors de l’Afghanistan face aux efforts des talibans visant à effacer les femmes de la vie publique, et a exhorté le public à faire tout son possible pour faire circuler le message sur ce qui se passe.
« Je suis aussi coupable que n’importe qui d’autre, car ma rédaction a tendance à m’envoyer là où tombent les bombes. Les bombes ne tombent peut-être pas en Afghanistan, mais le pays est en train d’exploser de l’intérieur », a-t-elle déclaré.
« La culture est en train d’être détruite, les femmes sont en train d’être effacées, et nous devons trouver des moyens plus inventifs de couvrir ces événements et essayer de les imposer à l’ordre du jour, car cela ne va pas disparaître et la situation semble s’aggraver considérablement. »
Mme Crawford, qui couvre l’Afghanistan depuis plus de vingt ans, a déclaré qu’on ne lui avait pas accordé de visa pour y retourner après avoir réalisé un reportage dans une maternité où des mères adolescentes lui avaient confié qu’elles craignaient de mourir en raison des taux de mortalité maternelle du pays, parmi les plus élevés au monde.
Désormais, a-t-elle expliqué, les journalistes étranger·es souhaitant se rendre en Afghanistan pour couvrir l’actualité doivent indiquer aux autorités les sujets qu’elles et ils souhaitent traiter, et il lui a été clairement signifié que les reportages sur l’interdiction de l’éducation des filles imposée par les talibans il y a plus de quatre ans étaient hors de question.
Zahra Joya, fondatrice de Rukhshana Media, a déclaré que le travail de reportage en Afghanistan était très difficile en raison du niveau de censure, ainsi que de l’autocensure des journalistes. Les reportères de Rukhshana, qui travaillent anonymement pour leur sécurité, sont néanmoins en danger « car nous recueillons des informations que les talibans ne veulent jamais voir divulguées », a-t-elle déclaré.
Mais les Afghanes « continuent de se battre par tous les moyens possibles », et cela donne de l’espoir, a déclaré Zahra Joya. Elle a réfuté ce qu’elle a qualifié de discours dominant en Occident, selon lequel les femmes en Afghanistan seraient habituées à l’asservissement et ne souhaiteraient pas la liberté. « Ma question est la suivante : qui ne souhaite pas la liberté ? », a-t-elle demandé avec force.
Amie Ferris-Rotman, ancienne correspondante en cheffe de Reuters en Afghanistan et membre fondatrice du conseil d’administration de Rukhshana, a souligné que la couverture médiatique des violences sexuelles généralisées contre les femmes afghanes avait été étonnamment faible et a mis en avant une collaboration entre Rukhshana et le Guardian qui a révélé le viol collectif d’une femme dans une prison afghane.
La table ronde, que l’on peut visionner ici, était animée par Meera Selva, directrice générale d’Internews Europe.
https://rukhshana.com/en/international-journalists-urged-to-do-more-to-highlight-taliban-treatment-of-afghan-women/
traduit par DE
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