Édition du 20 avril 2021

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Livres

Le livre Crise globale et alternatives depuis la perspective du Sud d"Eric Toussaint

Les mouvements sociaux au cœur des alternatives

Le nom de l’historien et politologue Eric Toussaint apparaît régulièrement dans des publications de gauche dans lesquelles il se centre sur l’analyse des thèmes économiques. Face aux labyrinthes de la crise, la dette, le FMI et la Banque mondiale, cet intellectuel et ses collaborateurs se montrent plus préoccupés de faire des propositions que d’inventorier. Celui qui est également le président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) de Belgique et organisateur des Forums sociaux mondiaux dédie la majorité de ses efforts à appuyer, étendre et promouvoir des alternatives au système capitaliste. Pour cette raison, il vient de lancer son livre Crisis global y alternativas desde la perspectiva del Sur (Crise globale et alternatives depuis la perspective du Sud) publié par la maison d’édition Ciencias sociales et qui a été présentée pendant la 20e Foire internationale du livre de la Havane.

Selon François Houtart, « ce volume est l’expression d’un travail académique totalement lié avec les Forums sociaux et d’un engagement fondamental qui offre la possibilité de prendre position sur certaines questions ». L’identification de Toussaint avec les causes du Tiers Monde a été visible dans l’expertise et le conseil envers plusieurs processus politiques sous différentes latitudes.

Lui-même reconnaît que « lorsque des gouvernements de gauche se mettent en contact avec nous pour demander conseil, nous répondons de manière favorable. Nous appuyons le gouvernement de l’Equateur en relation avec le thème de la dette et la création de la Banque du Sud. Il est pour nous important de combiner l’action des mouvements de base et la collaboration avec les gouvernements progressistes ».

Le réseau dont il est à la tête se dédie à promouvoir les revendications de différents types comme les féministes « qui sont appuyées dans leurs objectifs de direction autonome, d’autopromotion et d’auto-émancipation. Nous nous sommes également fixé de préparer les militants à mieux revendiquer les solutions alternatives face à la crise ».

Toussaint explique dans les pages de la crise globale concernant les solutions concrètes : « nous proposons l’abolition de la dette externe : la réalisation d’audit des dettes internes pour en déterminer la part illégitime en fonction de ce qui ne devrait pas être payé ; la revendication en termes de souveraineté alimentaire – l’appui à la production paysanne, familiale, organique - ; la nécessité d’exproprier les grandes transnationales et de transformer ou démanteler les grandes entreprises et les banques internationales, dans l’agriculture comme dans l’industrie, les finances, etc ; l’urgence d’avancer vers une intégration régionale et renforcer et donner une vraie vie à l’ALBA, d’aller au-delà de ce qui a été réalisé jusqu’aujourd’hui qui est insuffisant même si très positif.

Dans ce dernier cas,au niveau où nous nous trouvons les mouvements sociaux doivent agir pour faire pression sur les gouvernements dans l’objectif de transformer l’ALBA en un instrument d’intégration des peuples et pas seulement un instrument intergouvernemental ».

Le chercheur reconnaît cependant que l’ALBA comporte déjà des acquis importants comme le Sucre et la Banque du Sud. Il signale de plus « que parmi les objectifs que ce projet doit s’assigner il a la création de l’université du Sud ; le renforcement des cultures populaires qui aident à renforcer les caractéristiques de la région face à la culture d’Hollywood et le fast food ainsi que l’attention envers la production locale ».

Tenant en compte le caractère central que Toussaint accorde à la lutte des mouvements sociaux et son lien avec l’Amérique latine (il a été membre de la Commission d’audit intégral du crédit public en Equateur entre 2007 et 2008), le chercheur a également échangé avec La Jiribilla ses appréciations quant aux regards européens sur la militance sociale dans le continent américain : « les mouvements sociaux européens ont une vision très positive de ceux d’Amérique latine. Beaucoup d’entre eux démontrent même de l’admiration. La perception qui existe en Europe est que c’est grâce aux mobilisations – comme celles contre l’opposition à l’ALCA menées par les mouvements sociaux et - témoigne bien de la force des mouvements latino-américains ».

« L’admiration est également fréquente à l’égard de mouvements sociaux comme ceux des indigènes de Bolivie et d’Equateur. Je peux témoigner d’une admiration généralisée envers les mouvements qui soutiennent des luttes semblables pour une alternative. Il y a en Europe la volonté de renforcer les liens avec les mouvements sociaux du monde entier. Dans cette perspective a été crée l’Assemblée mondiale des mouvements sociaux dans laquelle ceux d’Amérique latine jouent avec d’autres organisations un rôle très actif.

Pour le CADTM, il n’y a pas de séparation entre les différents mouvements car elles font partie d’un même réseau horizontal. Il ne s’agit pas de négocier quelque chose en commun mais de convergence, de travail et collaboration entre égaux ».

En valorisant objectivement la possibilité d’avancées réelles à partir de positions alternatives, Toussaint en a conclu que des espaces comme le Forum social mondial doivent se convertir plus qu’en lieux de rencontres en moments d’action : « il est clair que le Forum social mondial a ses limites. Il existe depuis 10 ans et se refuse à convoquer des actions et faire avancer des propositions. Nous souhaitons changer cela et convaincre la majorité de la direction du Forum dont nous sommes partie prenante de changer de cap et de faire en sorte que le Forum devienne un instrument pour soutenir les luttes et pas seulement un instrument de débat et de commentaires ».

Pour l’auteur de Crisis global … « il y a une grande quantité de propositions alternatives très claires qui peuvent être mises en place au niveau local, au niveau national et au niveau international. La notre a pour perspective un véritable socialisme du XXIe siècle, un socialisme autogestionnaire non dogmatique ni bureaucratique, un socialisme par nature émancipateur ».

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