Édition du 14 avril 2026

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Les néo-démocrates subissent un nouveau revers face à Carney alors que la députée du Nunavut Lori Idlout passe chez les libéraux

Désormais, il suffit aux libéraux de remporter deux des trois élections partielles du 13 avril pour obtenir la majorité.

11 mars 2026 | traduit de Rabble.ca | Photo : La députée du Nunavut Lori Idlout. Crédit : site web du NPD

À l’instar de leurs homologues conservateurs qui ont déjà subi les foudres de Carney à trois reprises, les néo-démocrates fédéraux ne seront guère ravis de la nouvelle, pas tout à fait inattendue, annoncée mardi soir : la députée du Nunavut Lori Idlout a changé de camp pour rejoindre le gouvernement libéral alors que celui-ci se rapproche peu à peu d’une majorité post-électorale.

Lorsque j’ai prédit dans mon billet de mardi que le premier ministre Mark Carney tenterait bientôt de débaucher certains députés néo-démocrates confrontés à des jours difficiles pour leur parti, ainsi que quelques conservateurs supplémentaires, je ne m’attendais pas à ce que cela se produise avant le dépouillement du vote à la direction du NPD à Winnipeg le 29 mars.

Mais bon, Carney reste Carney !

Désormais, Carney n’a plus qu’à remporter deux des trois élections partielles du 13 avril pour obtenir la majorité, même si elle est étroite, et comme le dit le dicton populaire, deux sur trois, c’est pas mal !
Idlout est le quatrième député à changer de parti depuis les élections du 28 avril dernier. Les trois autres étaient des conservateurs mécontents du chef de l’opposition Pierre Poilievre, dont le plus récent est le député d’Edmonton Riverbend, Matt Jeneroux, dont la décision du 18 février a été un véritable choc pour les conservateurs albertains, toujours confiants, qui pensaient l’avoir dissuadé de le faire.

La décision d’Idlout pourrait bien avoir un rapport avec les projets du premier ministre visant à construire (et à défendre) la nation dans l’Arctique, ainsi qu’avec l’état déplorable dans lequel l’ancien chef Jagmeet Singh a laissé le NPD.

Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, le chef intérimaire du NPD, Don Davies – qui venait de voir son caucus passer de sept à six députés – a exprimé sa déception, qui était sans doute sincère, ainsi que la désapprobation pro forma de son parti à l’égard des transfuges.
« La position des néo-démocrates sur les transfuges est de longue date et claire », a-t-il écrit. « Nous estimons que lorsqu’une personne rejette la décision de ses électeurs et souhaite rejoindre un autre parti, elle doit soumettre sa décision à ses électeurs.

« Dans une démocratie, une question aussi importante que le choix de la représentation d’un parti au Parlement doit toujours revenir à nos électeurs  », a-t-il poursuivi. « Nous estimons que cela devrait être le cas ici. »

Bon, d’accord. C’est un argument valable qui peut être avancé de bonne foi – même s’il est le plus souvent avancé par des partis qui viennent de perdre un membre de leur caucus au profit d’un autre parti.

Dans le système parlementaire moderne, de nombreux électeurs – probablement la grande majorité – font leur choix en fonction du parti, et non du candidat ; ainsi, un changement de camp, surtout peu après une élection, ne peut que donner l’impression d’une trahison.

Pourtant, le droit des députés fédéraux et provinciaux de changer de parti, ou de ne dépendre d’aucun parti, est un élément fondamental du système parlementaire que nous appelons le gouvernement responsable, dans lequel le cabinet est responsable devant les députés élus de la Chambre. Le gouvernement responsable est au cœur du gouvernement canadien depuis le célèbre rapport de Lord Durham en 1839, et c’est une bonne chose !

Demandez donc à la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, qui a elle-même une petite expérience des changements de camp, si vous en avez l’occasion !

En effet, une plainte courante parmi les électeurs – dont beaucoup désapprouveraient également haut et fort les changements de camp à tout moment du mandat d’un parti – est que le système des partis ne permet généralement pas aux députés de voter selon leur conscience ou les sentiments de leurs propres électeurs lorsque cela va à l’encontre du programme du gouvernement.

Quelques changements de camp, voire beaucoup, n’y changeront rien. Mais la vague récente de défections au Canada démontre bien le désir de plus d’un député de pouvoir agir, au moins de temps à autre, en dehors des contraintes de la discipline de parti, tant pour des questions de principe que par pur intérêt personnel.

J’imagine que dans le cas d’Idlout, élue pour la première fois sous la bannière néo-démocrate en 2021, elle souhaiterait que les électeurs de sa vaste circonscription aient leur mot à dire dans les décisions qui auront un impact considérable sur leur vie et leur environnement, au sens le plus large du terme.

Il est bien connu qu’un député indépendant à la Chambre des communes n’a que peu d’influence. Malheureusement, à ce moment de l’histoire, être un député élu en tant que représentant d’un parti sans statut officiel n’est guère différent. La priorité numéro un pour celui ou celle qui sera élu(e) à la tête du NPD le 29 mars sera de remédier à cela lors des prochaines élections fédérales générales. Il est possible que ce soit leur seule chance.

En attendant, alors qu’il n’y a certainement pas de joie aujourd’hui dans les cercles du NPD, on imagine qu’il y a peut-être une certaine satisfaction parmi les dirigeants de l’opposition conservatrice. Après tout, la dernière chose qu’ils souhaitent en ce moment, c’est une nouvelle élection. Cela est vrai quoi qu’ils puissent dire.

Du point de vue des conservateurs, il est évidemment préférable que Carney obtienne sa majorité d’une manière qui semble relever de la machination, voire de manœuvres machiavéliques, plutôt que par une démonstration de soutien populaire, dont il bénéficie pourtant clairement en ce moment. C’est d’autant mieux si le dernier transfuge vient des rangs d’un autre parti.

Oui, Poilievre et Andrew Scheer se frottaient probablement les mains hier soir et portaient discrètement un toast à Idlout.

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