Édition du 29 septembre 2026

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Israël - Palestine

Les retards stratégiques du Conseil de la « paix » effacent toute perspective palestinienne dans la gestion de Gaza

Après l’annonce de l’exclusion de l’UNRWA du plan de reconstruction de Gaza, des analystes dénoncent un alignement du Conseil de la « paix » sur les positions d’Israël.

Tiré d’Agence média Palestine.

Depuis sa création, l’autoproclamé « Conseil de la Paix » promet des sommes colossales tout en les reportant successivement, multipliant les promesses d’une paix prospère et durable pour un avenir toujours repoussé.

La semaine dernière, le gendre du président états-unien, Jared Kushner, membre exécutif du Conseil et l’un de ses principaux négociateurs, a présenté un plan de 2,45 milliards de dollars pour « initier » la reconstruction de Gaza, lors d’une réunion du Conseil en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

Reconnaissant une ineffectivité des actions du Conseil au cours de ses 11 mois d’existence, Jared Kushner a concédé « différents retards sur différents points, pour diverses raisons. (…) Nous sommes simplement en train d’affiner, d’aiguiser la hache, de nous préparer pour le moment où il faudra abattre l’arbre… espérons que ce soit très, très bientôt. »

Pourtant, aucune nouvelle garantie de financement n’est mise sur la table. Les monarchies du Golfe, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Qatar en tête, conditionnent leurs engagements financiers à un horizon politique crédible vers un État palestinien et à un arrêt durable des opérations militaires israéliennes, deux conditions qui ne sont pas réunies.

1 399 Palestinien-nes assassiné-es par Israël depuis le « cessez-le-feu »

Le jour même de l’annonce des 2,35 milliards par Jared Kushner, sept Palestinien-es ont été assassiné-es par des tirs et bombardements israéliens à Khan Younis, dans la ville de Gaza et à Deir Al-Balah. 1 399 meurtres similaires ont été recensés depuis l’entrée en vigueur de ce « cessez-le-feu » de papier, en octobre 2026.

L’armée israélienne n’a en effet pas respecté ses engagements et poursuit ses attaques, tout en restreignant drastiquement l’accès à l’aide humanitaire et aux fournitures essentielles à la vie dans l’enclave palestinienne, tout en avançant progressivement sa « Ligne jaune », repoussant les habitant-es dans une parcelle toujours plus restreinte.

Malgré cela, Israël et ses soutiens continuent d’accuser le Hamas d’être le frein principal aux négociations, quand bien-même ce dernier a accepté de signer une feuille de route du Conseil de la paix, en juillet dernier, qui l’engageait à un désarmement total et progressif après le retrait des troupes israéliennes.

Après avoir dans un premier temps vanté et célébré cet accord, le Conseil s’est finalement rangé en août derrière la position israélienne, qui rejetait la feuille de route pour exiger le désarmement total sans garantie de retrait militaire israélien.

« Je tiens à être très clair : nous ne sommes pas liés par un calendrier », déclarait la semaine passée Nikolay Mladenov, haut représentant du Conseil, confirmant que l’objectif de Conseil n’est pas une fin des hostilités israéliennes, mais relève d’enjeux politiques majeurs.

Quoi de nouveau dans ce plan ? L’exclusion de l’UNRWA

On connaît peu les détails exacts du plan, mais selon des documents obtenus par Axios et confirmés par plusieurs médias internationaux, il doit démarrer à Rafah avant de progresser vers le nord de l’enclave et se décompose en 66 projets, répartis sur six domaines : infrastructures, développement humain, croissance économique, transformation numérique, affaires juridiques, paix et sécurité.

À part un nombre de millions de dollars légèrement différent, rien n’est nouveau dans cette annonce : elle vient confirmer plusieurs déclarations avancées ces derniers mois, de la construction de « zones humanitaires sans Hamas » à Rafah à sa supervision par une force internationale de stabilisation (FSI) basée en Israël.

La nouveauté rendue publique vendredi, quelques jours après la première annonce : celle de l’exclusion de l’agence de l’ONU pour les réfugiée-es palestinien-nes (UNRWA). « Nous ne travaillerons qu’avec des partenaires de confiance qui tiendront leurs engagements envers la population de Gaza et contribueront à la déradicalisation de la bande de Gaza. », affirme une publication sur le compte X du Conseil de la « paix », avant d’affirmer que « l‘UNRWA ne répond pas à ces critères essentiels. »

Créée en 1949, l’UNRWA fournit depuis des décennies une aide et des services éducatifs aux réfugiés palestiniens et défend leurs droits nationaux. Les Palestinien-nes la considèrent comme une garantie de leur droit au retour dans leur patrie, tandis qu’Israël souhaite sa dissolution et mène depuis des décennies un travail de déligitimation de cette agence de l’ONU.

L’annonce de l’exclusion de l’UNRWA de la listes des partenaires du Conseil de la « paix », présentée comme un détail, est loin d’être anecdotique, et a provoqué de vives réactions.

« L’UNRWA reste une institution d’une valeur humanitaire et stratégique considérable, dotée de capacités et d’une expertise difficiles à reproduire aujourd’hui », a déclaré le commissaire général par intérim de l’UNRWA, Christian Saunders, dans un communiqué, ajoutant qu’« ignorer ces capacités à un moment où les besoins sont si pressants n’est ni logique ni responsable. »

« Une décision profondément politique »

L’agence compte environ 11 000 employé-es palestinien-nes à Gaza et est très fortement impliquée dans les services de santé, d’éducation, d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Son exclusion revêt une importance d’autant plus grande en vue de l’ampleur des destructions et des déplacements forcés subis par la population et des restrictions persistantes pesant sur l’acheminement de l’aide vers Gaza.

Samedi, le porte-parole du Hamas Hazem Qassem commentait qu’il était « étrange que le Conseil de paix adopte cette posture hostile envers l’UNRWA tout en s’abstenant simultanément de fournir de l’aide à Gaza ou de contraindre les forces d’occupation à respecter l’accord de cessez-le-feu et à mettre fin aux meurtres quotidiens de Palestiniens dans la bande de Gaza », avant d’accuser le Conseil d’un « alignement total sur la position sioniste [israélienne] »

Cette exclusion est en effet aussi un symbole politique fort, pour certain-es analystes, celui d’un endossement explicite du Conseil de la « paix » des revendications israéliennes. « L’exclusion de l’UNRWA n’est pas une décision administrative neutre ; c’est une décision profondément politique », a déclaré Ahmed Najar, analyste politique palestinien, sur Al Jazeera.

« Les Palestiniens sont exclus des instances qui prennent les décisions stratégiques, financières et sécuritaires concernant leur propre territoire », affirme-t-il, soulignant qu’aucun-e Palestinien-nes ne figure parmi les membres exécutifs du Conseil, dont Israël est l’un des Pays-membres fondateurs.

C’est peut-être ce qu’il faut retenir de ces nouvelles annonces : tout en multipliant les déclarations à gros chiffres sans y apposer de garantie ni de calendrier, le Conseil fait avancer un agenda qui exclut toujours davantage les Palestinien-nes de la discussion, effaçant progressivement toute perspective palestinienne dans la gestion future de l’enclave.

« Les plans grandioses sont ce que le Conseil de la Paix fait de mieux », conclut Philippe Lanzarini, ancien chef de l’UNRWA, sur son compte X. « Mais ce ne sont pas des plans qui tiendront au chaud les habitants de #Gaza cet hiver. »

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