Édition du 3 décembre 2019

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La révolution arabe

Les slogans contre le pouvoir militaire ont uni les nombreuses scènes de Tahrir

Ils ont été des milliers à marcher vers la place Tahrir vendredi [20 avril 2012], où des groupes politiques en désaccord avaient installé plusieurs scènes. Les slogans antimilitaristes communs n’ont pas apporté de solutions réelles et durables aux désaccords politiques entre les islamistes et les mouvements civils [laïques] qui ont maintenu la pression de la rue.

Environ 100 000 manifestants se sont rassemblés sur la place qui fut au centre de la révolution du 25 janvier 2011, soulevant un certain nombre d’exigences partagées, dont en premier lieu celle du renversement du pouvoir militaire.

Au moins six scènes avaient été installées sur la place pour les islamistes et les forces politiques civiles [laïques]. Les principales étaient celles des Frères musulmans, des partisans d’Hazem Salah Abu Ismail, candidat écarté de la présidentielle, du Mouvement des jeunes du 6 avril et du Front pour une Constitution pour tous les Égyptiens.

Les islamistes ont affirmé qu’ils sont venus à Tahrir pour rappeler les exigences de la révolution. Ils ont dit d’abord vouloir interdire la participation aux élections présidentielles des vestiges de l’ancien régime.

Les forces laïques ont affirmé leur accord avec les revendications des islamistes, ajoutant qu’ils voulaient aussi annuler l’Article 28 de la déclaration constitutionnelle qui accorde l’immunité aux décisions de la Haute Commission de la Présidentielle.

La commission a exclu Abu Ismail et Khairat Al-Shater, candidat des Frères musulmans (FM), pour des raisons juridiques différentes.

Vendredi dernier [13 avril 2012] les islamistes ont organisé des manifestations qu’ils ont dominées. Ils protestaient contre les candidatures de symboles de l’ancien régime à l’élection présidentielle. Mardi, Omar Suleiman, ancien chef des renseignements et dernier vice-président de Hosni Moubarak, entré dans la course juste avant la date limite d’inscription, a été disqualifié.

La décision prise par la Commission électorale, qui concernait également Al-Shater et Abu Ismail, n’a guère contribué à apaiser les craintes des islamistes.

Les partisans des deux anciens favoris pensent que le Conseil suprême des Forces armées (CSFA) et d’autres puissances étrangères ne veulent pas d’un islamiste en charge de l’État. « Les États-Unis ne veulent pas d’un président islamiste et le CSFA met en œuvre leur programme de travail dans le pays », a déclaré Basem Gharib, membre de la Fraternité.

Quoi qu’il en soit, Mohamed El-Araby, un manifestant des FM (Frère musulmans), a déclaré qu’ils sont venus sur la place pour faire pression sur le CSFA pour satisfaire les demandes des révolutionnaires. « En tant que FM, nous sommes très impliqués dans la préservation de la stabilité et de la liberté de la nation tout entière », a-t-il déclaré.

Youssef Othman, un manifestant qui reprenait les slogans de la scène « une Constitution pour tous les Égyptiens », a déclaré que malgré le nombre de tribunes sur la place, tous les manifestants partageaient des exigences similaires. « Vous pouvez voir des islamistes parler sur les tribunes des libéraux et réciproquement », dit-il.

Kamal El-Helbawy, un membre éminent de la Fraternité, qui a récemment démissionné suite à la décision du groupe de désigner Al-Shater, s’est adressé aux manifestants depuis la scène des libéraux. « Je suis très heureux de voir que nous sommes réunis sur la place une fois de plus. Nous devrions excuser ceux [les islamistes] qui l’avaient abandonnée et travailler tous ensemble jusqu’à la réalisation de toutes les demandes de la révolution », a-t-il affirmé.

Zakaria Abdel Aziz, ancien dirigeant du club des juges et l’analyste politique Ammar Aly Hassan confirmaient l’avis d’El-Helbawy. El-Helbawy a appelé à un sit-in sur toutes les places d’Egypte si les revendications n’étaient pas satisfaites vendredi prochain.

« La place n’est pas unie »

« La pire chose que j’ai vue aujourd’hui, c’est qu’il y a six scènes différentes sur la place. Chacun privilégie ses propres intérêts », déclare Youssef El-Hossieny, un présentateur de la chaîne satellite ONTV.

Tout en affirmant qu’elles sont d’accord avec les revendications des islamistes, les forces politiques laïques ont déclaré que les objectifs à long terme de ces revendications sont différents.

« Les islamistes sont revenus sur la place parce que leurs candidats ont été exclus par la Commission électorale », dit Haitham Mohamadeen, un important dirigeant des Socialistes Révolutionnaires. « Les forces laïques pensent qu’elles peuvent atteindre leurs objectifs en étant dans la rue et en convaincant le peuple de les soutenir. Alors que les islamistes croient qu’ils pourront accéder aux demandes de la révolution seulement en étant au pouvoir », a-t-il ajouté.

Les manifestants qui ont été soumis à des répressions meurtrières pendant les six derniers mois, y compris au moment des élections législatives, disent qu’ils ont été abandonnés par les islamistes, notamment par les Frères musulmans. Ils affirment que ces derniers ne sont revenus dans la rue que quand leurs intérêts politiques ont été en danger.

Cela avait été précédé par le départ des libéraux et des représentants des institutions judiciaires et religieuses de l’assemblée chargée de rédiger la nouvelle constitution. Ils protestaient contre la domination des islamistes dans la commission qui a été dissoute ultérieurement par une ordonnance du tribunal, ouvrant la porte à de nouvelles négociations sur les critères pour choisir les membres de l’assemblée.

El-Araby a déclaré que la Fraternité tolérait cette critique afin de progresser, cela dans le but d’atteindre les objectifs de la révolution au nom de tous les Égyptiens.

Mohamadeen a ajouté que bien qu’il existe des différences dans les objectifs et même dans les banderoles tenues par chaque sensibilité politique, les slogans étaient semblables. Un même slogan qui a été repris par les six scènes était « A bas le régime militaire ! »

« C’est parce que nous ne voulons pas que les vestiges de l’ancien régime puissent utiliser nos différences pour provoquer des affrontements sur la place », a indiqué Mohamadeen. Il a poursuivi der la sorte : « Tous les manifestants s’accordent sur un certain nombre de revendications essentielles, comme interdire aux vestiges du régime renversé de prétendre concourir pour la présidence, annuler l’article 28, refuser de rédiger la constitution sous le contrôle du Conseil militaire et exiger que le calendrier des élections présidentielles soit respecté. »

Des affiches représentant le candidat à la présidentielle Amr Moussa étaient brandies sur la place, identifiant l’ancien ministre des Affaires étrangères [de 1991 à 2001] et ancien dirigeant de la Ligue arabe [de 2001 à 2011] comme un vestige de l’ancien régime.

« Il n’est pas bon que certaines personnes utilisent la place [Tahrir] pour atteindre leurs objectifs électoraux étriqués et pour attaquer les autres candidats », a dit Moussa.

Les partisans des FM ont rempli la place dans les premières heures de la matinée, rejoints par un nombre croissant de vendeurs ambulants. Les manifestants non islamistes ont afflué sur la place dans l’après-midi avec l’arrivée de nombreuses marches convergeant sur la place. (Traduction de Pierre-Yves Salingue pour A l’Encontre)

Article publié dans Daily News Egypt, en date du 20 avril 2012

Heba Hesham

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