Édition du 1er septembre 2026

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Les talibans « légalisent le mariage des enfants » avec une nouvelle loi, alertent les militant·es

Lois répressives

Jusqu’à 70% des filles pourraient être victimes de mariages précoces ou forcés, mais la loi rend désormais le divorce impossible si le mari s’y oppose

Tiré de Entre les lignes et les mots

Le mariage des enfants semble avoir été légalement reconnu pour la première fois par les talibans en Afghanistan, alors que, selon des militant·es, de nouvelles lois «  honteuses  » rendent pratiquement impossible pour les filles et les jeunes femmes de demander le divorce contre la volonté de leur mari.

Il n’existe pas de statistiques officielles sur les mariages forcés et les mariages précoces en Afghanistan, mais les militant·es affirment que leur nombre a augmenté à un rythme alarmant ces dernières années, en raison de l’interdiction faite aux filles de poursuivre leur scolarité après l’âge de 11 ans.

Une estimation non officielle suggère que depuis que les talibans leur ont interdit l’accès à l’éducation, environ 70% d’entre elles ont été poussées vers un mariage précoce ou forcé, et que 66% de ces mariages concernaient des filles âgées de moins de 18 ans.

Il n’y a pas d’interdiction du mariage des enfants en Afghanistan sous le régime des talibans, mais une nouvelle loi sur le divorce approuvée la semaine dernière semble indiquer qu’une jeune fille qui déclarerait par la suite avoir été mariée contre son gré ne serait pas autorisée à divorcer si son mari s’y oppose.

La nouvelle loi semble également indiquer qu’une femme ne peut divorcer de son mari au seul motif de son absence ou de son incapacité à subvenir à ses besoins financiers.

Des manifestations contre la nouvelle loi ont été signalées cette semaine à Kaboul, la capitale afghane, plusieurs mouvements de défense des droits des femmes dénonçant cette loi comme une forme de violence systémique à l’encontre des femmes et des enfants.

Une militante, Fatima, a déclaré : «  Après avoir promulgué des centaines de décrets hostiles aux femmes, les talibans tentent désormais d’institutionnaliser le mariage des enfants au sein du système juridique officiel.  »

«  Au lieu de garantir la sécurité et la justice, les talibans s’emploient à promulguer des décrets misogynes honteux et à restreindre les libertés individuelles. »

La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a également fait part de ses inquiétudes concernant cette législation. «  Ce décret, qui codifie les principes régissant la séparation des conjoint·es, marque une nouvelle étape dans l’érosion des droits des femmes et des filles afghanes et renforce encore davantage la discrimination systémique dans la loi et dans la pratique. »

Georgette Gagnon, de la MANUA, a déclaré que la nouvelle loi s’inscrivait « dans une trajectoire plus large et profondément préoccupante où les droits des femmes et des filles afghanes sont érodés… [elle] renforce un système dans lequel les femmes et les filles afghanes se voient refuser l’autonomie, les opportunités et l’accès à la justice.  »

Un porte-parole du gouvernement taliban a rejeté les critiques visant la législation récemment publiée par le groupe. S’adressant à la Radio et Télévision nationale dirigée par les talibans, il a déclaré : « Nous ne devons prêter aucune attention aux protestations de celles et ceux qui sont hostiles, qui ont des problèmes avec l’islam, avec la religion et avec les fondements du système islamique. »

Une étude récente de l’Afghanistan Human Rights Center a révélé que la plupart des victimes de mariages précoces dans le pays ont signalé des violences domestiques et une détresse psychologique grave.

Au début du mois, une adolescente de 15 ans de la province de Daikundi, dans le centre de l’Afghanistan, est décédée après avoir subi pendant des mois des violences conjugales, notamment de violents coups infligés par son mari. Son père a déclaré que sa fille avait épousé son cousin il y a huit mois, mais que les violences avaient commencé dès le deuxième mois de leur mariage. Il a ajouté qu’après chaque agression, les anciens de la communauté afghane locale intervenaient et la persuadaient de rester mariée.

Abdul Ahad Farzam, de la Commission indépendante des droits huains en Afghanistan, a déclaré : «  Le nouveau code des talibans et l’approche qui le sous-tend légitiment le mariage des enfants, restreignent le principe du libre consentement dans le mariage et, dans certains cas, privent même les femmes de ce droit  ».

« Cela renforce les structures patriarcales et place les femmes dans une position subordonnée et juridiquement inégale », a-t-il ajouté.

Zahra Joya, 22 mai 2026
Zahra Joya est une journaliste afghane vivant à Londres ; elle est également rédactrice en cheffe et fondatrice de Rukhshana Media, une agence de presse qui rend compte de la vie des femmes et des filles en Afghanistan

https://www.theguardian.com/global-development/2026/may/22/taliban-legitimising-child-forced-early-marriage-law-women-rights
Traduction DE

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