Édition du 29 septembre 2026

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Le mouvement des femmes dans le monde

En Serbie

Les violences commises à l’encontre d’une étudiante soulèvent à nouveau des questions sur la sécurité des femmes et la confiance dans les institutions

Violence-viol

Cinq jours après qu’une étudiante en médecine de l’université de Novi Sad a été brutalement agressée par un homme qu’elle avait auparavant laissé entrer dans son immeuble, l’agresseur n’a toujours pas été retrouvé et l’affaire est traitée comme un vol.

Les étudiantes dénoncent les lacunes dans la réaction des institutions, et le Centre autonome des femmes (AŽC) met en garde contre le fait que cette affaire soulève la question plus large de la sécurité des femmes et de la confiance dans les institutions. Biljana Janjić, de FemPlatz, voit dans cette affaire un problème récurrent : l’incapacité à réagir rapidement face à la violence.

«  Ils sont entrés ensemble dans l’ascenseur, où il s’est glissé derrière elle et a commencé à l’étrangler violemment. Lana a failli perdre connaissance, mais elle a continué à se défendre. L’agression a duré tout le trajet de six étages dans l’ascenseur. «  Lorsqu’il s’est arrêté, l’agresseur lui a arraché son téléphone et s’est enfui  », déclarent les étudiant·es qui bloquent l’accès à plusieurs facultés. L’agresseur a été identifié dans un immeuble équipé de vidéosurveillance, et la localisation du téléphone a été déterminée grâce à l’application «  Localiser mon iPhone », mais l’agresseur reste introuvable depuis quatre jours.

Les étudiant·es affirment que la police n’est pas entrée dans l’appartement indiqué par le téléphone, au motif qu’«  elle ne peut pas pénétrer dans un logement au hasard en pleine nuit ». Elles et ils soulignent que la diffusion des images de vidéosurveillance est retardée, que le gérant de l’immeuble ne répond pas et que les responsabilités sont renvoyées d’un service à l’autre.

Maja Milošević, du Centre autonome des femmes (AŽC), a déclaré à Mašina que la sécurité des femmes est une question de second ordre dans ce pays.

« Même si nous ne pouvons pas savoir pour l’instant s’il s’agissait d’une agression à caractère sexiste, la situation vécue par cette étudiante de Novi Sad est le genre de chose qui sert depuis des années à intimider les femmes. »

Selon Milošević, la sécurité des femmes n’a jamais été une priorité, mais l’escalade de plus en plus fréquente et intense de la violence brutale dans cette société indique qu’il s’agit de graves défaillances systémiques dont la correction demandera beaucoup de temps et d’énergie.

Lorsque l’on évoque la violence à l’égard des femmes, on dit le plus souvent que la violence subie par les femmes est le fait d’un proche. Cependant, même si ce n’est pas le cas ici, cela ne doit pas pour autant être considéré comme moins grave. « On apprend plus souvent aux femmes à craindre ce genre de situations, et l’explication selon laquelle il s’agissait d’un agresseur qui « voulait la tuer ou la violer » suscite une peur supplémentaire et peut faire redouter que ces craintes ne se concrétisent », souligne Milošević.

FemPlatz précise que, comme toujours, l’organisation condamne toutes les formes de violence à l’égard des femmes, mais que, bien que nous ne disposions pas actuellement d’informations suffisantes sur ce cas précis, il apparaît clairement que l’étudiante n’a pas reçu le soutien nécessaire à ce moment-là.

Selon les données de FemPlatz, l’organisation a recensé cette année 50 cas de violences à l’encontre d’étudiantes, de professeures et de militantes, dans le cadre de la liberté de réunion.

Janjić affirme que lorsqu’elles signalent des actes de violence, les femmes sont également confrontées à des remarques déplacées, mais que la raison pour laquelle elles ne portent pas plainte ne tient pas seulement au traitement individuel qui leur est réservé, mais aussi à une méfiance plus générale envers les institutions, à savoir la crainte de ne pas bénéficier d’un soutien et d’une protection adéquats et que l’auteur des violences ne soit pas poursuivi :

« La violence en Serbie n’est pas aussi banalisée que l’absence de réponse adéquate de la part des institutions, ce qui conduit à une banalisation générale de la violence au sein du système. »

« En ce sens, le fait que la violence ne fasse pas l’objet d’une réponse rapide constitue un problème récurrent en Serbie ; lorsqu’un cas de violence est signalé, un temps considérable s’écoule et les mesures ne sont pas prises conformément à l’ensemble des procédures, ce qui affecte en réalité les femmes, non seulement parce qu’elles n’obtiennent pas justice, mais aussi parce qu’elles ne portent pas plainte faute de confiance », déclare Biljana Janjić, de FemPlatz.

Les étudiant·es se demandent pourquoi cette affaire est traitée comme un vol, alors qu’un inspecteur a déclaré à la victime qu’il ne s’agissait pas d’un vol, mais que l’agresseur avait tenté de la tuer ou de la violer. Elles et ils soulignent qu’elles et ils ne resteront pas silencieux alors que des femmes sont étouffées dans des ascenseurs et que les institutions trouvent des excuses, et qu’elles et ils n’accepteront pas une situation où les victimes sont laissées à elles-mêmes et où les auteurs de ces crimes circulent librement dans les rues.

Au cours de l’année écoulée, nous avons assisté à une normalisation croissante de la violence, les discours de haine et les stigmatisations [tiketiranje] étant de plus en plus présentes dans la sphère publique, tandis que les poursuites judiciaires contre les actes de violence commis à l’encontre de citoyen·nes lors de manifestations sont reportées ou que les agresseurs sont graciés.

Le traitement réservé aux femmes victimes de violences est particulièrement préoccupant. Dans leurs interventions, les institutions négligent le plus souvent la dimension de genre de l’affaire, comme dans le cas de cette étudiante en médecine. Non seulement elle a subi des violences, mais malgré les déclarations d’un policier selon lesquelles elle avait été victime d’une tentative de meurtre ou de viol, son affaire est actuellement traitée comme un vol.

La violence à l’égard des femmes laisse des séquelles physiques et psychologiques, et lorsqu’une personne ne peut pas compter sur les institutions pour se protéger, il est impossible de créer dans la société un espace sûr pour les victimes de violence.

Milošević, du WRC, aborde également ce problème, affirmant que nous ne savons toujours pas exactement ce qui se cache derrière cet incident, ni pourquoi l’agresseur n’a pas encore été arrêté : «  On a parfois l’impression que, dans les différentes procédures et règles, l’essentiel est perdu de vue, à savoir la protection contre toutes les formes de violence.  »

https://www.masina.rs/nasilje-nad-studentkinjom-iznova-otvara-pitanje-bezbednosti-zena-i-poverenja-u-institucije/
Traduit par DE

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