Édition du 30 novembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Éditorial du comité de condition féminine de la FIQ

Lettre ouverte : Change de job, si t’es pas contente

Je suis une professionnelle en soins, femme et maman. Je ne sais jamais quand je peux quitter mon travail. Cela arrive plus que souvent qu’à la fin de mon quart, j’apprends qu’on m’oblige de rester en temps supplémentaire (TSO). Je dois alors trouver rapidement une personne de confiance pour prendre soin de mes enfants. Ça, c’est ma réalité et celle de mes collègues infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’avoir un réseau social de proximité qui lui permet de rester l’esprit tranquille.

Nous devons toutes être créatives, vivre avec cette charge mentale quotidienne et trouver une solution dans des délais très serrés. Que feriez-vous à notre place en tant que père de famille ? Comment croyez-vous que nous nous sentons lorsque nous devons manquer un anniversaire, l’heure du dodo ou une sortie familiale ? Je peux vous dire que c’est difficile, mais nous le faisons avec courage, détermination et force.

Comme la plupart de mes collègues, je suis épuisée, en détresse. Je crains de commettre l’irréparable envers mes patient-e-s, et ce, malgré moi. Fatiguée après 12 ou 16 heures de travail, il est inconcevable de penser que je peux toujours être à l’affût pour donner à mes patient-e-s des soins de qualité et sécuritaires. Si j’étais au volant d’un véhicule lourd malgré un manque de sommeil, me laisseriez-vous prendre la route ? J’en doute fort.

Malgré les avancements en matière de droits des femmes durant les dernières décennies, c’est comme si on nous obligeait à un retour en arrière en nous forçant à obéir sans répliquer. Toi, femme professionnelle en soins, tu dois être dévouée, silencieuse et même te sentir chanceuse de pouvoir travailler. Après tout, tu as la vocation ! Parce qu’on est 90 % de femmes, nous devons subir une violence organisationnelle, par le biais du TSO. Et vous, M. Legault, en refusant de l’abolir définitivement, vous devenez complice de cette violence.

Pourtant, vous avez la possibilité de faire le changement nécessaire pour nous permettre d’avoir une conciliation famille-travail-vie personnelle. Pour nous permettre d’être respectées. Pour évoluer dans un environnement sécuritaire où on offre des soins de qualité. Pour que je puisse, enfin, exercer la profession pour laquelle j’ai été formée dans les règles de l’art. La recette pour remédier à notre détresse est simple : « prenez soin de nous, soignez l’organisation du travail, offrez des emplois de qualité »1. Ces objectifs sont atteignables par plusieurs moyens, dont les horaires 4/33, un aménagement du temps de travail, l’autogestion des horaires, avoir l’horaire un minimum de 6 semaines à l’avance, une stabilité des quarts de travail. Cela urge surtout pour un secteur à prédominance féminine !

Tant que ces demandes, qui ont été négociées, ne seront pas respectées et que le TSO continuera d’être un mode de gestion dans le réseau de la santé, vous demeurez, M. Legault, responsable de tout cet exode de piliers et d’expertise qui nous frappe présentement.

Enfin, à mes collègues qui lisent ce texte, j’ai envie de vous dire :

« Ça fait juste dix mille ans qu’on te coupe la parole, qu’on te dompte ou t’écarte ou te traite de folle, là l’vent commence à peine à virer de bord, y en a déjà qui s’plaignent que tu parles trop fort.

[…] Ils ont bâti le monde entier sur ton dos, si tu te lèves tout va trembler, ça va être beau ! »

Amélie Barrette, comité Condition féminine

Amélie Barrette

Militante du comité de condition féminine de la FIQ.

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