Nous l’avons entendu parler de laïcité en dénigrant de manière sélective les religions diabolisées à chaque époque — hier les Juifs, aujourd’hui les musulmans. Nous l’avons entendu parler de l’indépendance du Québec tout en exprimant sa volonté d’établir des relations avec l’administration Trump, avec laquelle le Québec serait tout sauf indépendant. Nous l’avons entendu parler de l’immigration en la présentant comme une menace qu’il faudrait contenir, sans reconnaître que si la population du Québec peut aujourd’hui être qualifiée d’« autochtone », c’est parce qu’elle a été imposée par la force aux véritables habitants de cette terre, dans le sang et le feu. Et, il y a quelques jours à peine, nous l’avons vu comparer l’esclavage et la colonisation à ce que, selon lui, cette province aurait vécu — ou vivrait encore.
Si l’on se fie aux sondages au Québec, le discours de M. Plamondon semble bénéficier d’un accueil majoritaire auprès d’une partie de l’électorat. Cela devrait susciter de l’inquiétude, mais aussi de la détermination : la détermination de remettre cet homme à sa place.
Je viens d’un pays impérialiste et colonisateur, l’Espagne, et je dois dire que ce n’est que depuis relativement peu d’années que l’Amérique latine a commencé à nous demander des comptes pour nos exactions historiques, présentées pendant des générations, au sein même de notre pays, comme des « actions civilisatrices ». L’histoire, lorsqu’on l’examine avec honnêteté, dérange. Et les vérités doivent être reconnues afin de pouvoir établir des équilibres et des réparations. Ne pas le faire fait perdre toute légitimité, vide les sociétés de leur morale et nourrit une arrogance dont nous sommes déjà largement pourvus.
Dans mon pays d’origine existent des nations historiques qui ont suivi leur propre trajectoire depuis des temps immémoriaux, avec leurs langues propres et des cultures pleinement développées : la Catalogne, la Galice, l’Andalousie ou le Pays basque. Et non, M. Plamondon : le Québec peut être considéré comme une nation historique — je ne contesterai pas ce point — mais il ne ressemble en rien à ces nations européennes. Il ne possède ni une histoire millénaire ni même une reconnaissance internationaliste aux côtés des peuples qui luttent aujourd’hui pour leur libération.
Le Québec, comme le reste du Canada, est une construction politique édifiée sur la domination et le génocide des Premières Nations, traitées comme des obstacles sacrifiables dans un projet colonial qui n’a toujours pas été assumé ni réparé.
S’il y a eu et s’il existe encore de l’esclavage au Québec, ce n’est pas la société québécoise blanche qui en a été victime, malgré les exactions du colonialisme britannique. Des Blancs contre des Blancs. Hier, ce furent les Premières Nations, les citoyens chinois ou les citoyens noirs qui furent violentés de mille façons ; aujourd’hui, s’y ajoute la population migrante — celle-là même que vous dénigrez pour son culte et que vous stigmatisez pour ses langues.
Car, Paul St-Pierre Plamondon <https://www.facebook.com/pspp.quebe...K*F]> , il existe de profondes différences entre le Québec que vous proclamez et le Québec réel. Et les livres d’histoire — plus tôt que tard — commenceront à refléter cette réalité avec davantage d’honnêteté.
Je considère parfaitement légitime la défense du français comme langue véhiculaire. Mais il est profondément incohérent de soutenir cette défense tout en ignorant — hier, aujourd’hui et vraisemblablement demain — les immenses difficultés réelles liées à l’intégration de nouveaux citoyens : ceux-là mêmes que vous ne voulez pas, mais qui sont déjà ici.
La réalité est qu’au Québec, comme dans le reste du monde globalisé, chaque nouvelle famille parle trois ou quatre langues sous un même toit. Aller à l’encontre de cette réalité, aller à l’encontre de la nature sociale elle-même façonnée par le capitalisme global, en tentant d’imposer de manière impériale une culture dominante — artificielle mais omniprésente — sur les autres, ne peut produire qu’une seule chose : un rejet profond et croissant, qui finira par s’organiser contre tout ce que vous représentez aujourd’hui.
Ce rejet naturel, M. Plamondon, ne vient pas des minorités. Il naît de la peur érigée en programme politique et de discours xénophobes qui placent des centaines de milliers de personnes vivant au Québec dans la ligne de mire de la discrimination et de l’infamie. Heureusement, une nouvelle société — dont vous et ceux qui se reconnaissent dans vos paroles êtes déjà exclus — avance sans demander la permission. Une société qui parle espagnol, anglais, français, hindi, tagalog, arabe, hébreu, grec, italien, persan et bien d’autres langues, et qui comprend que l’État québécois et l’État canadien, loin d’être des alliés naturels, ont historiquement agi comme des structures d’exclusion et de domination.
Manuel Tapial est un militant social et chercheur sur les mouvements populaires et la justice internationale. Il vit à Montréal et collabore avec des plateformes d’analyse politique et de défense des droits humains, avec un accent particulier sur la solidarité internationale et les droits des peuples marginalisés.
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