Suzanne-G. Chartrand, militante écologique et pour la paix
Jean-Yves Proulx, retraité de l’éducation
Le 19 juin, avec un humour certain, ATTAC remettait son Prix du lobby de l’année à Glencore, cette puissante multinationale au chiffre d’affaires de 231 milliards $ en 2024. Pour l’Attac Québec, ce lobby a été considéré le plus efficace : il a démontré la plus grande capacité d’influence tout en défendant une firme dont les affaires sont dommageables, soit pour l’environnement, soit pour le bien commun, soit pour la justice sociale, soit pour tout cela à la fois, que l’on pense à son implication dans la mine Horne à Rouyn-Noranda ou à Montréal-Est ou à Salaberry-de-Valleyfield avec CEZinc. Plusieurs reportages révèlent que Glencore aurait réussi à faire plier l’ancien ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, afin que le Canada ne ratifie pas la Convention de Bâle qui interdit l’importation de substances toxiques. Selon le registre fédéral, au moins trois lobbyistes de Glencore travaillent sur des questions liées aux traités internationaux et au traitement/recyclage de substances, une activité de la Fonderie Horne. L’entreprise affirme vouloir continuer à faire pression pour assouplir des règles, notamment afin d’importer de nouveaux déchets dangereux provenant d’une mine en Bulgarie – des résidus refusés partout ailleurs dans le monde.
L’aspect fort inquiétant du lobbyisme est sa proximité avec les élus
L’un des moyens d’influence les plus odieux, ce sont les « portes tournantes » : les responsables politiques sont payés, mais par des postes lucratifs dans le secteur privé quand ils quitteront leurs fonctions publiques. Lorsqu’on voit les responsables du Trésor et d’autres ministères, dès qu’ils cessent de servir le pays, aller aussitôt travailler à Wall Street, on se demande s’ils ne servaient pas déjà Wall Street… Mais les portes tournantes sont partout au sein de l’État, y compris dans l’armée, dont les généraux et autres hauts responsables passent en douceur du service de leur pays à celui des entreprises sous contrat avec le Pentagone, selon Joseph E. Stiglitz dans son ouvrage Peuple, pouvoir et profits de 2019.
Qu’en est-il au Canada et au Québec de ces hommes, qui ont eu accès au pinacle du pouvoir gouvernemental ? Dans l’essai de Fred Dubé, Que sont nos premiers ministres devenus (2007), on peut lire que Jean Chrétien en 2007 approché trois ans plus tard pour faciliter les échanges entre la société Madagascar Oil et le gouvernement malgache pour l’exploitation pétrolière sur l’île, en 2009 devient devient conseiller international de la société pétrolière et gazière Ivanhoe Energy. Stephen Harper joue maintenant un rôle important dans une firme d’espionnage qui investit dans 18 compagnies israéliennes de cybersécurité. Jean Charest lobbyiste pour les pipelines TC Energie, une société active dans l’industrie pétrolière. Philippe Couillard se joint au cabinet Dentons à titre de Conseiller principal, Affaires. Et la liste n’est pas close.
Pierre-Elliott Trudeau, Brian Mulroney, Jean Chrétien, Lucien Bouchard, Pierre-Marc Johnson, tous d’ex-premiers ministres, ont été embauchés par de grands bureaux après leur carrière politique, certains avec beaucoup de succès, quelques-uns rapportant beaucoup d’argent pour eux et leur firme. Selon un texte de René Lewandowski dans Droit-Inc, journal des avocats et juristes du Québec, Jean Charest pourrait toucher un salaire de base oscillant entre 1 et 1,3 million de dollars, estime le spécialiste. Avec les bonis de performance, sa rémunération annuelle pourrait facilement grimper à 1,5 M$ voire 2 millions de dollars par année.… il ouvrira des portes et rapportera des mandats grâce à ses contacts – nombreux – et à sa notoriété.
Alors que des entreprises disposent de millions de dollars pour influencer nos gouvernements, la grande majorité des citoyens ne dispose elle, que d’un vote (parmi des millions), une fois tous les quatre ans !
Ainsi, d’ici le 20 juin le gouvernement Carney fera adopter son projet de loi sur les infrastructures, incluant des pipelines, lui permettant de contourner des obstacles environnementaux et des gouvernements provinciaux qui s’y opposeraient. Et ce, malgré l’urgence climatique que met on ne peut mieux en évidence l’intense saison de feux de forêt actuellement cours dans l’Ouest canadien !
Peut-on encore parler du fonctionnement démocratique de notre système politique ?
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :









Un message, un commentaire ?