Édition du 1er septembre 2026

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Planète

Lutte des classes dans la fournaise

Il fait chaud. Pour certains, ce n’est qu’une question de températures. Pour les classes populaires, en revanche, c’est déjà une question de santé et de budget : moins de revenus, des prix plus élevés, une plus grande vulnérabilité. « La forte vague de chaleur qui frappe l’Europe menace la santé des personnes, leurs moyens de subsistance et leur capacité à travailler  », affirme Jessie Ruth Schleypen, économiste climatique chez Climate Analytics, à Bloomberg

Tiré d’Inprecor

Les plus pauvres sont les plus touchés

Ce qui semble être une urgence du moment constitue en réalité une tendance qui s’observe depuis des années déjà. Une étude publiée mercredi dernier dans la revue internationale Global Environmental Change montre qu’entre 2004 et 2022, les sécheresses et les vagues de chaleur ont déjà réduit de près de 3 % les revenus annuels moyens des ménages européens et ont plongé 5,6 millions de citoyen·nes supplémentaires dans la pauvreté. Et que, à l’avenir, si le plafond de 1,5 °C fixée par l’Accord de Paris n’est pas respectée, les revenus des ménages pourraient chuter de plus de 21 points de pourcentage d’ici la fin du siècle.

Le groupe le plus exposé est formé des 20 % les plus pauvres de la population. Ouvriers du bâtiment et de la logistique, journaliers, travailleurs·euses manuels qui subissent dans leur chair les effets du climat. Une question de position sociale. Celles et ceux qui travaillent dans des bureaux climatisés sont protégés, d’une certaine manière ; celles et ceux qui travaillent en plein air, non. Madrid est un cas emblématique : selon l’étude, la capitale espagnole a enregistré une baisse des revenus de près de 10 % ces dernières années, uniquement en raison de l’effet de la chaleur sur la productivité.

De graves problèmes pour l’agriculture et l’élevage.

En France et en Espagne, les cultures font les frais des températures record, de la pénurie d’eau et de la hausse des coûts de production. La situation en France est la plus critique : 72 départements sont en alerte rouge et des centaines de milliers d’animaux d’élevage, notamment de la volaille, sont morts en raison de ces conditions extrêmes.

Hausse des prix

En Espagne et au Royaume-Uni également, la chaleur réduit la productivité des élevages et de la production maraîchère et fruitière, ce qui met sous pression des chaînes d’approvisionnement entières. Parmi les cultures les plus touchées figure le maïs, pénalisé par la diminution des ressources en eau et l’incertitude quant aux rendements. Les conséquences se font déjà sentir sur les marchés : selon Euronext, les contrats à terme sur le maïs ont augmenté de 9 % depuis le milieu du mois, ce qui alimente les craintes d’une instabilité accrue des prix agricoles mondiaux, mais aussi l’appétit des spéculateurs.

Pendant ce temps, dans les villes, la demande en électricité explose. Mardi 23 juin, les prix européens de l’énergie ont atteint des niveaux records : partout, les climatiseurs tournaient à plein régime, le réseau était sous pression et l’offre était insuffisante. En Belgique, un pic vertigineux a été enregistré : 1 038 euros par mégawattheure.

La hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie se traduit par une inflation accrue. Et pour les familles à faibles revenus — qui consacrent justement la majeure partie de leur budget familial à l’alimentation et au paiement des factures, sans possibilité de réduire d’autres dépenses —, cette hausse des prix a un impact immédiat et disproportionné. Selon les économistes, le changement climatique pourrait ajouter entre 0,3 % et 1,2 % par an à l’inflation mondiale à partir de 2035.

«  On commence à voir se dessiner une situation où une nouvelle crise survient chaque année  », affirme Maximilian Kotz, chercheur au Centre de supercalcul de Barcelone. Et ces crises ne touchent plus seulement des produits spécifiques : elles affectent des chaînes d’approvisionnement entières, de l’énergie aux transports, en passant par les assurances, l’eau et l’alimentation.

Une aubaine pour les spéculateurs

Mais ce n’est pas tout. La crise climatique est également devenue un nouveau foyer d’instabilité financière. Pour une partie du monde économique, les phénomènes extrêmes prennent une importance comparable à celle des crises géopolitiques. Certains opérateurs créent déjà des instruments financiers pour spéculer sur la fréquence et l’intensité des phénomènes liés à El Niño et aux anomalies climatiques. Les Finemore, responsable des investissements chez Moreton Capital Partners, a annoncé, à cet égard, la création d’un nouveau fonds dédié à la négociation des risques climatiques : « Nous nous sommes concentrés sur la situation de guerre en Iran. Le prochain phénomène sera El Niño. »

Un paradoxe évident : alors que la chaleur extrême réduit les revenus des travailleurs, augmente le coût de la vie et rend plus vulnérables ceux qui disposent de moins de ressources, une partie du secteur financier transforme ce même phénomène en opportunité de profit.

Et l’Italie ? La situation n’est pas meilleure. Selon un scénario de crise élaboré par Allianz, entre 2026 et 2030, le pays risque de subir une perte cumulée de près de 150 milliards d’euros de PIB. Le coup le plus dur toucherait les investissements, qui pourraient chuter de 12,8 % en raison de la réduction des marges des entreprises. Une combinaison qui ouvre la voie à une spirale de stagflation : hausse des prix, baisse de la productivité et augmentation du chômage. Avec une aggravation du déficit budgétaire estimée à 1,9 point supplémentaire du PIB.

La crise climatique fonctionne ainsi également comme un impôt social. Mais ce n’est pas un impôt progressif. Elle touche ceux qui ont le moins, avec des factures élevées, des denrées alimentaires et des crédits immobiliers plus chers, des jours de travail perdus et des risques sanitaires croissants. En résumé : la température augmente pour tout le monde, mais le coût de la chaleur continue d’être réparti de manière profondément inégale.

Cet article est paru dans le quotidien Il Manifesto, le 27 juin 2026. Traduit de l’italien par Marx21.ch

https://inprecor.fr/

Luigi Pandolfi
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