Outaouais, 10 juillet 2026
En s’alliant publiquement avec Danielle Smith pour propulser un nouveau mégaprojet de pipeline vers la côte Ouest — visant à acheminer plus d’un million de barils de pétrole brut par jour supplémentaires vers l’Asie —, Ottawa choisit délibérément de lier notre économie, et nos fonds publics, à l’agonie des énergies fossiles.
Le masque est tombé. L’ancien envoyé spécial de l’ONU pour le climat, devenu premier ministre, sacrifie l’avenir de la planète sur l’autel de la realpolitik et des visées électorales. Sous prétexte de « déconfliction » politique, de diversification des marchés face aux menaces douanières américaines et d’apaisement des tensions séparatistes albertaines, les Libéraux canadiens reconduisent la pire des dépendances. On nous promet des retombées économiques et le mirage technologique de la capture de carbone à grande échelle, alors que la science indépendante et le GIEC répètent inlassablement que la seule voie viable pour l’humanité est le démantèlement rapide et planifié de l’industrie des hydrocarbures.
Ce projet, dont le coût est estimé entre 35 et 43 milliards de dollars, est une trahison environnementale majeure, mais aussi un scandale financier. Sa structure de partenariat public-privé est indécente : l’industrie fossile n’y prend qu’une maigre participation de 10 %, laissant 90 % de la facture et des risques financiers sur les épaules des contribuables via nos sociétés d’État. C’est une insulte à l’intelligence de la population. Si ce pipeline était un investissement d’avenir viable, le secteur privé n’exigerait pas que la collectivité en finance la quasi-totalité. Comment prétendre atteindre la carboneutralité tout en verrouillant, à nos frais, l’expansion massive de la production de brut des sables bitumineux — reconnus mondialement comme l’un des pétroles les plus sales et les plus énergivores à extraire ?
Ce constat dresse aussi un miroir peu flatteur devant l’électorat canadien. À tous·tes nos concitoyen·nes qui continuent de voter, par habitude, cynisme ou résignation, pour des partis qui soutiennent ce statu quo destructeur : réalisez-vous que votre bulletin de vote finance directement la destruction de l’avenir de nos enfants ? En reconduisant cette classe politique libérale ou conservatrice inféodée aux lobbys énergétiques, nous acceptons collectivement de subventionner à coups de milliards de dollars des infrastructures vouées à une obsolescence rapide qui scellent notre perte.
Le véritable courage politique n’est pas de pactiser avec le lobby pétrolier pour s’acheter une paix sociale temporaire. Le courage, c’est d’amorcer dès maintenant une transition juste, humaine et radicale vers un modèle économique respectueux des limites de la biosphère et axé sur le bien commun. Un courage radical qui existe déjà ailleurs : des nations comme l’Espagne ou le Danemark ont prouvé qu’il est possible de rompre avec le passé en interdisant légalement l’exploration de nouveaux gisements d’hydrocarbures pour orchestrer une sortie planifiée des énergies fossiles. Il est grand temps que les citoyen·nes canadien·nes se réveillent et exigent des comptes : refusons d’être les banquiers de notre propre extinction !
Claire Charron et Marc Bégin, La Pêche, Qc
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