Édition du 17 mai 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débats : quel soutien à la lutte du peuple ukrainien ?

Mais, de quelle « guerre défensive contre l’OTAN » parlent-ils ?

Quand Poutine réfute les « théories » de ses fans de gauche occidentaux !

« La haine de Poutine contre l’Ukraine n’a rien à voir avec la « sécurité » de la Russie et son encerclement – tout à fait réel et étouffant – par l’OTAN et les impérialistes occidentaux ! Quoi qu’il arrive, tôt ou tard, Poutine enverrait son armée en Ukraine, tout comme il l’a envoyée en Tchétchénie pour raser Grozny au début de sa présidence, sans qu’il y ait la moindre menace de l’OTAN contre la sécurité de la Russie. »

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/04/15/29-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien%c2%b7nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-29/

Voilà ce que nous écrivions seulement trois jours après le déclenchement de la guerre de Poutine contre l’Ukraine (1). Aujourd’hui, plusieurs semaines et plusieurs dizaines des milliers de morts plus tard, faisant le – très didactique – bilan de la manière dont Poutine mène cette guerre, on ne peut que s’étonner qu’une certaine gauche persiste à évoquer « les menaces de l’OTAN contre la sécurité de la Russie » pour « comprendre » sinon pour justifier l’invasion de l‘Ukraine par le rouleau compresseur militaire de Poutine…

Tout d’abord, force est de constater que ce sont non seulement les actes, mais aussi les paroles de Poutine lui-même qui plaident en faveur de cette affirmation. En effet, s’adressant longuement à ses compatriotes pour justifier l’invasion de l’Ukraine qui allait se produire trois jours plus tard, Poutine a développé en tout et pour tout un seul argument : l’inexistence historique de l’Ukraine en tant que nation et donc, son impossibilité d’exister en tant qu’État séparé de la mère patrie russe ! Et tout ça à force d’anathèmes lancés contre les bolcheviques et surtout, contre Lénine « l’auteur et l’architecte de l’Ukraine d’aujourd’hui »…

Peut être ce n’est pas un hasard que l’article que nous avons consacré (2), dès le 3 mars, à cette adresse télévisée du président Poutine à la nation russe, a été systématiquement refusé et censuré sans la moindre explication – en Grèce mais aussi dans d’autres pays de par le monde – par tous ceux qui soutiennent Poutine ou tout au moins, trouvent des justifications à sa guerre contre l’Ukraine. Et pourtant, comble du paradoxe, cet article est plein de très longs extraits du discours télévisé de Poutine à tel point que sa plus grande partie soit occupée par les dires du président Russe lui-même ! Alors, vu que le contenu de ce discours « historique » de Poutine reste soigneusement caché et donc introuvable sur l’écrasante majorité des sites de la gauche occidentale, la conclusion logique devrait être que tous ceux qui prétendent que la raison profonde de la guerre de Poutine contre l’Ukraine est l’encerclement de la Russie par l’OTAN, vont jusqu’à… censurer Poutine quand le président Russe raconte tout autre chose. C’est à dire quand il dément catégoriquement leur description de cette guerre comme affrontement armé inter-impérialiste en non pas comme agression brutale de l’impérialisme russe contre le pays indépendant qu’est l’Ukraine.

Mais, tout ce microcosme de gauche ne censure pas seulement le président Poutine. Il censure aussi systématiquement les idéologues et les conseillers présidentiels, tous ces « philosophes » ultra-réactionnaires et autres nationalistes grand-russes qui peuplent le Kremlin et professent le retour aux grandeurs de l’empire russe au temps des tsars et donc… la disparition de l’Ukraine indépendante. Comme par exemple, le véritable gourou de Poutine et de l’extrême droite internationale Alexandre Douguine qui n’hésite pas à s’afficher avec les dirigeants des néo-nazis grecs de la désormais hors la loi Aube Dorée ! Ou les membres du think tank présidentiel, le très obscurantiste et fascisant Club d’Izborsk (Изборский Клуб) qui prêche depuis bien longtemps ce que Poutine dit et fait actuellement en Ukraine. Ou enfin, ce Timofei Sergeitsev dont le texte publié il y a quelques jours par la très officielle agence de presse Novosti, explique que la fameuse « dénazification » de l’Ukraine professée par Poutine n’est que le nettoyage ethnique généralisé sinon l’extermination (!) du peuple ukrainien ! Eh bien, cette gauche bien… « bizarre » préfère passer sous silence et censurer les très éloquents textes et déclarations de ces mauvaises fréquentations du président Russe. Pourquoi faire ? Mais, pour pouvoir continuer à raconter ses bobards qui n’ont aucun rapport avec la réalité…

Alexander Douguine et l’ex-député de l’Aube Dorée Α. Matheopoulos, ancien membre du groupe antisémite… « Pogrom » qui faisait l’éloge des chambres à gaz d’ Auschwitz, condamné à dix ans d’emprisonnement comme « dirigeant d’une organisation criminelle » (Photo tirée du site officielle de l’Aube Dorée)

Toutefois, en plus des paroles, il y a les actes de Poutine qui démentent tous ceux qui évoquent « les menaces de l’OTAN contre la Russie » pour « comprendre » ou même justifier sa guerre contre l’Ukraine. Et l’historique de ses actes ne laisse aucun doute : Poutine n’a jamais eu besoin de la moindre « menace contre la sécurité de la Russie », pour agir toujours avec la même extrême brutalité qu’il exhibe actuellement dans sa guerre contre le peuple ukrainien ! En effet, quelle était la menace qui pesait sur la sécurité de la Russie quand il rasait Grozny et exterminait le quart de la population Tchétchène ? La réponse est qu’il n’y avait aucune. Comme il n’y avait aucune menace, quand il déclarait la guerre et déstabilisait la Georgie en lui arrachant l’Ossetie du Sud et l’Abkhazie ? Dans les deux cas de la Tchétchénie et de la Géorgie, et sans oublier le récent envoi des troupes russes au Kazakhstan pour aider le tyran local réprimer la révolte de sa population, Poutine n’avait qu’un seul objectif, le même qu’aujourd’hui dans sa guerre contre l’Ukraine : noyer dans le sang les aspirations démocratiques et indépendantistes de tous ceux et toutes celles qui n’acceptent pas d’être soumis aux diktats de l’impérialisme russe et du régime totalitaire et liberticide de Vladimir Poutine.

La suite est encore plus éloquente. Évidemment, Poutine ne répondait à aucune menace extérieure contre la sécurité de la Russie quand il initiait le dépeçage de l’Ukraine, en annexant de fait la partie orientale du Donbass et la Crimée. Et il répondait encore moins à des menaces extérieures quand il rasait – ensemble avec son complice le dictateur Bashar al Assad – des villes martyres de la Syrie comme Alep ou Idlib avec la même extrême brutalité qu’il emploie en rasant maintenant Marioupol. Mais, c’est sûrement parce qu’on a laissé Poutine accomplir ses crimes en série en Tchétchénie, en Georgie, et en Syrie sans être jamais inquiété, qu’il a décidé maintenant d’envahir l’Ukraine, sûr qu’il restera de nouveau impuni.

Finalement, il est vain d’attendre de cette gauche campiste qu’elle proteste contre les crimes de la politique extérieure de Poutine quand on sait combien assourdissant a été et reste son silence devant les crimes de sa politique intérieure dont la victime principale est la population russe elle-même. En réalité, inféodée ou pas à Poutine, cette gauche campiste a toujours avalé toutes les couleuvres offertes par Poutine, y compris son affirmation, répétée de façon si monotone, que ses adversaires Syriens, Ukrainiens et même Russes participent à un complot diabolique qui fait qu’ils préfèrent systématiquement…s’a uto-bombarder, s’auto-empoisonner et s’auto-massacrer afin d’attribuer leur mort à la barbarie de Poutine !

Alors, concluons ce texte comme on l’a commencé : « La haine de Poutine contre l’Ukraine n’a rien à voir avec la « sécurité » de la Russie et son encerclement tout à fait réel et étouffant – par l’OTAN et les impérialistes occidentaux ! » D’ailleurs, quand c’est Poutine lui-même qui nous l’affirme de façon aussi catégorique non seulement par ses paroles mais aussi par ses actes, on ne peut que… le croire. Tout le reste, y inclues les « théories » sur la guerre inter-impérialiste se déroulant sur le sol ukrainien ou sur les menaces qui pèsent sur la sécurité de la Russie, ne sont que des constructions artificielles sans rapport avec la réalité, poursuivant un seul objectif : brouiller les pistes, désorienter, semer le doute et finalement absoudre Poutine et ses acolytes de leurs crimes monstrueux…

Yorgos Mitralias

Notes

1. Voir l’article « Нет войне ! Non à la guerre ! Нет войне ! » : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/030322/net-voine-non-la-guerre-net-voine

2. Voir l’article « Poutine : « Lénine est l’auteur de l’Ukraine d’aujourd’hui » ou comment tout ça est la faute à … Lénine et aux bolcheviks » : https://lanticapitaliste.org/opinions/international/poutine-lenine-est-lauteur-de-lukraine-daujourdhui-ou-comment-tout-ca-est-la et aussi « Contre les ravages du campisme et pour la victoire du peuple ukrainien : Le mouvement de masse contre la guerre ! » : http://europe-solidaire.org/spip.php?article61837

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Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.

http://www.contra-xreos.gr

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