Tiré de The conversation.
Ces institutions, dont l’empreinte carbone numérique est disproportionnée, ont invoqué la complexité réglementaire et les pressions concurrentielles pour justifier leur choix. Cette décision a suscité de nombreuses interrogations de la part des investisseurs, des décideurs politiques et du grand public quant à l’engagement des banques en faveur du développement durable.
Parallèlement, le projet de loi C-59, adopté fin 2024, a introduit de nouvelles dispositions dans la Loi sur la concurrence afin de renforcer l’imputabilité en matière d’écoblanchiment et d’allégations environnementales trompeuses.
Cette coïncidence est frappante : juste au moment où Ottawa resserre les règles de divulgation, les grandes banques qui dominent les émissions numériques se retirent des engagements climatiques volontaires. Cette tension entre les mesures volontaires et l’imputabilité exigée par le gouvernement fédéral souligne la pression croissante exercée sur les institutions financières pour qu’elles prouvent — plutôt que de simplement promouvoir — leur performance environnementale.
Emprunte carbone numérique
Pendant des décennies, les banques se sont présentées comme des chefs de file en matière de développement durable, grâce au financement d’énergies renouvelables et à des engagements ambitieux sur les plans environnementaux, sociaux et de gouvernance. Pourtant, leur récente sortie des coalitions climatiques, associée à leur empreinte carbone numérique disproportionnée, constitue un revirement alarmant.
Nous avons mené une étude sur l’impact environnemental de neuf banques canadiennes, dont les cinq plus grandes : la CIBC, la Banque TD, la Banque Scotia, la Banque Royale du Canada et la BMO. Notre recherche visait à quantifier leur impact environnemental par le calcul de leur empreinte carbone numérique.
Les banques sont des piliers de notre économie et de notre société. Elles ont le pouvoir et la responsabilité de mener la transition vers une économie plus durable. Cependant, leur récent retrait de l’alliance bancaire Net Zéro, associé aux préoccupations concernant l’écoblanchiment, soulève des questions légitimes quant à leur engagement réel en faveur du développement durable.
Notre objectif, en tant que chercheurs, est de fournir aux clients des banques et aux institutions financières des informations sur leur incidence environnementale. Il est essentiel de comprendre l’empreinte environnementale des opérations numériques des banques, car cet aspect, souvent négligé, représente une part importante de leur empreinte carbone globale.
Nous avons analysé les données publiques de 2024 afin de mesurer l’impact carbone des pratiques numériques des banques canadiennes. Notre étude s’est concentrée sur deux aspects principaux :
1) l’utilisation des sites Web (l’énergie consommée par le chargement des sites, les transferts de données et l’hébergement), et
2) l’acquisition de trafic, qui englobe l’ensemble des activités marketing visant à attirer des visiteurs sur les sites, qu’il s’agisse de courriels, de publicités payantes, d’optimisation des moteurs de recherche ou de campagnes sur les réseaux sociaux.
Notre objectif était de comparer les émissions de carbone entre les banques, d’évaluer leur efficacité par visite et de fournir des informations transparentes au public. En ciblant les opérations numériques les plus polluantes, nous formulons des recommandations d’amélioration.
Médias sociaux
Notre étude a permis de tirer des conclusions intéressantes sur l’impact environnemental numérique des banques canadiennes. La plus frappante est l’écart de performance entre la banque ayant obtenu le moins bon résultat et la meilleure : la première émet deux fois plus de carbone par visiteur que la seconde. Trois banques sont responsables à elles seules des deux tiers des émissions totales.
Afin de clarifier la suite, le terme « acquisition de trafic » désigne le processus consistant à attirer des visiteurs sur un site, que ce soit par des publicités payantes, des résultats de recherche organiques ou du contenu sur les réseaux sociaux. Le trafic organique provient des internautes qui trouvent naturellement le site d’une banque par le biais de moteurs de recherche, de réseaux sociaux ou de marketing de contenu, tandis que le trafic payant est généré par le placement de publicités.
Les données révèlent que 77 % des émissions numériques sont liées à l’acquisition de trafic, contre seulement 23 % pour l’utilisation des sites Web. Bien qu’il ne représente qu’une petite fraction du trafic total, le trafic payant engendre 95 % des émissions liées au trafic, tandis que le trafic organique n’en représente que 5 %.
Le marketing payant sur les réseaux sociaux est particulièrement problématique : il est responsable de 58 % des émissions, alors qu’il ne constitue que 1 % du trafic total.
Autrement dit, les publicités sur les réseaux sociaux manquent d’efficacité si on tient compte des émissions de carbone : un visiteur provenant d’une publicité en ligne émet 418 fois plus de dioxyde de carbone qu’un visiteur provenant de sources organiques.
Ces résultats révèlent que la publicité en ligne, en particulier les campagnes sur les réseaux sociaux, représente une source importante de pollution cachée.
Une source de pollution cachée
Nos conclusions montrent à quel point la publicité en ligne, notamment sur les réseaux sociaux, constitue une source importante de pollution numérique. La réalité est claire : chaque clic a un coût carbone.
Les banques peuvent améliorer leur marketing entrant, c’est-à-dire les stratégies qui attirent les utilisateurs de manière organique, en proposant un contenu pertinent, en optimisant les recherches et en bonifiant l’expérience utilisateur, plutôt que d’avoir recours à des publicités payantes.
La transparence et les pratiques numériques durables sont essentielles pour des services bancaires écologiques qui permettent de réduire les émissions sans sacrifier l’innovation ou la compétitivité.
Après s’être retirées de l’Alliance bancaire Net Zéro et avoir maintenu leurs engagements publics en matière de neutralité carbone, de nombreuses banques continuent de générer des émissions importantes dans le cadre de leurs activités numériques.
Cette situation soulève une question cruciale pour les autorités de réglementation, les investisseurs et les consommateurs : les banques utiliseront-elles leurs ressources considérables pour montrer l’exemple en matière de durabilité, ou retarderont-elles encore la prise de mesures significatives ?
Notre prochaine étude évaluera si ces institutions tiennent leurs engagements ou persistent dans leurs pratiques actuelles, alors que l’urgence climatique ne cesse de croître.
Victor Prouteau, qui était étudiant à la maîtrise à HEC Montréal à l’époque de cette étude, est coauteur de cet article.











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