Édition du 16 juin 2026

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Canada

Mark Carney, militaire certes et révolutionnaire ? Non !

Ai-je besoin d’attendre le verdict de l’histoire, pour comprendre que le discours de Carney à Davos n’avait rien d’historique, et encore moins d’un moment de rupture.

Depuis le retour de Trump au pouvoir, les grands médias nous ont habitués, jour et nuit, à le présenter comme le fou dangereux qu’il faudrait combattre à tout prix, et sans doute à juste titre. Personne ne verserait une larme si Trump devait tomber malade, et quitter la scène politique. Cette angoisse diffuse, le premier ministre canadien Mark Carney, l’a parfaitement comprise. Comme tout politicien populiste, il a su capter la peur, pour la transformer en promesse. Il nous a servi, ce 20 janvier en Suisse, une pilule rassurante, un discours bien dosé, poli, élégant, rempli de mots choisis avec soin, pour apaiser celles et ceux qui tremblent devant le monstre américain.

Quand il affirme « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu » il nous invite à une union défensive, qui ressemble étrangement à une escalade. La traduction est limpide, « Unissons-nous contre la force brute, en devenant plus forts, plus armés, plus prêts à imposer notre ordre ». Le tout est dit calmement, avec une voix posée, un sang-froid presque olympien, et un vocabulaire que la gauche affectionne, responsabilité, unité, souveraineté. Beaucoup y ont vu un souffle révolutionnaire. Moi, je n’y ai vu qu’un discours habile. Je suis de gauche, et je ne suis pas impressionné. Les mots ne me suffisent pas. Je regarde les actes.

Le propre du populisme est souvent de dire une chose, et faire son contraire. À Davos, Carney parlait de responsabilité historique, de valeurs universelles, de nouvel ordre mondial, alors que son gouvernement annonçait, en novembre dernier, un budget qui raconte une tout autre histoire. Le budget fédéral de 2025 prévoit près de 84,8 milliards de dollars de nouvelles dépenses militaires, sur cinq ans. Il prévoit des investissements lourds dans l’industrie de défense, la création d’une agence dédiée, des fonds spécifiques pour l’Arctique, et même un programme d’un milliard de dollars, pour soutenir les entreprises de sécurité, par des prêts, et du capital-risque. Voilà le réel. Voilà la matière brute, derrière le vernis.

En suivant le modèle européen, Carney organise méthodiquement la militarisation de l’économie canadienne. Il invoque la souveraineté, tout en liant l’avenir industriel du pays à l’armement. Il prétend répondre à Trump, en refusant sa brutalité, mais dans les faits, il adopte exactement la logique qu’il incarne, celle de la puissance, comme valeur centrale. Ce n’est pas une rupture, c’est une continuité maquillée.

Les conséquences économiques sont lourdes. Chaque dollar investi dans l’armement est un dollar qui ne va pas aux hôpitaux, aux écoles, au logement social. On nous dira que ces dépenses créent des emplois. C’est vrai, mais à quel prix, et pour quel type de société. Une économie tirée par la défense est une économie dépendante de la peur de la guerre. Elle a besoin de tensions permanentes, pour se justifier. Elle détourne l’innovation des besoins humains, vers les besoins militaires. Elle organise la rareté ailleurs, pour financer l’abondance des armes.

Les conséquences environnementales sont tout aussi claires. L’industrie militaire est l’une des plus polluantes au monde. Extraction de métaux rares, production d’armements, consommation énergétique massive, tests, destruction de territoires. Comment parler de transition écologique sérieusement, tout en injectant des dizaines de milliards, dans un secteur qui repose sur la destruction, et la préparation de la destruction. Là encore, le discours de Davos, sur la responsabilité globale, se dissout au contact du réel.

Quant aux programmes sociaux, ils deviennent la variable d’ajustement. On nous expliquera qu’il faut faire des choix, que le contexte international l’exige. C’est toujours le même récit. La sécurité avant tout, même si cette sécurité se construit au détriment de la cohésion sociale. Même si elle fragilise les plus précaires. Même si elle transforme la solidarité en luxe.

C’est ici que le discours de Davos révèle sa vacuité. Carney parle d’un monde nouveau, mais il en reproduit les réflexes les plus anciens. Il hiérarchise les priorités, en plaçant la force armée au sommet. Il appelle à l’unité, mais cette unité se construit contre un ennemi désigné, et jamais autour de la justice sociale, ou de la paix réelle. Il parle d’universalisme, tout en acceptant que certaines vies, certaines souffrances, certains territoires, comptent moins que d’autres.

Je n’ai pas besoin d’attendre que l’histoire tranche. Le contraste est déjà là, éclatant. D’un côté, un discours lisse, qui rassure les élites inquiètes. De l’autre, un budget qui prépare le pays à une logique de confrontation durable. Ce n’est pas une révolution. C’est une mise en scène. Une manière élégante de faire accepter l’inacceptable. Et c’est précisément pour cela, que je refuse d’applaudir.

Mohamed Lotfi
22 Janvier 2026

https://www.facebook.com/mohamed.lotfi.90410/posts/pfbid034x4T82gfBR5aLL36PSFxJrG1za8jwUcU34bWwvr8YyTNLaPMvKDMr11JYGDHkeZGl

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