Édition du 15 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Mer Egée : urgence d’une mobilisation anti-guerre

Le poison nationaliste en Grèce

On s’en souvient : cet hiver, l’opération sordide d’Erdogan amenant des milliers de réfugié-e-s aux frontières grecques (fleuve Evros, îles du nord est) pour en pousser un certain nombre à passer en Grèce avait créé un climat de nationalisme hystérique dans la droite et l’extrême-droite grecques, qui parlaient « d’invasion » du territoire et mettaient sur pied, à côté des militaires déployés en nombre, des para-militaires ouvertement noyautés par les criminels nazis d’Aube Dorée et autres fascistes européens trop contents de venir casser de l’immigré.

photo et article tirés de NPA 29

Les médias dominants avaient alors laissé entendre un discours belliqueux sur l’intégrité territoriale contre lequel les mobilisations antiracistes avaient du mal à lutter. Aujourd’hui, ce discours nationaliste repart de plus belle, pour la défense des « frontières maritimes », mais aussi face au danger invoqué d’invasions de petites îles proches de la Turquie, et les nationalistes grecs peuvent évidemment remercier Erdogan :

Récemment, le caudillo d’Ankara a menacé d’envahir la petite île de Kastellorizo, accusant l’armée grecque d’y accumuler des forces. Dans cette situation, il va de soi qu’il faut dénoncer fermement les intentions bellicistes d’Erdogan, mais de manière générale, ce qu’il faut mettre en cause, c’est le nationalisme et le militarisme partagés par les deux régimes.

Sans oublier un autre aspect très concret : les discours patriotiques ignorent totalement la réalité concrète de ces petites îles ! Ainsi, concernant Kastellorizo, un député de Syriza, Papachristopoulos, rappelait dans une récente tribune qu’il ne s’y trouve aucune pharmacie, que le centre de santé est sous doté en personnel, que les 50 jeunes scolarisés se voient privés de la moitié des enseignant-e-s nécessaires, et que les rapports avec leurs proches voisins de la ville turque de Kas sont très bons et continuent de l’être…

De l’argent pour les besoins sociaux et l’amitié entre les peuples, pas pour les armes de guerre !

Le jeu dangereux des « alliés » impérialistes.

Face à une situation qui pourrait vite dégénérer en conflit ouvert, chacun agit selon ses préoccu-pations économiques et/ou stratégiques. Ainsi, Stoltenberg, secrétaire de l’OTAN dont sont membres les deux pays, se voit-il accuser par des responsables athéniens de laisser pourrir la situation pour ne pas embêter l’allié turc, relais important des États-Unis dans la région.

Les USA quant à eux temporisent aussi par rapport à la Turquie : ils ne voudraient pas voir le client turc multiplier les commandes d’armement auprès de la Russie… Côté UE, l’insistance grecque pour des mesures économiques contre la Turquie n’a pas convaincu pour l’heure la présidence allemande : il semble que Merkel ait comme première préoccupation de ne pas pousser Erdogan à instrumentaliser de nouveau les réfugiés pour faire pression sur l’UE.

Le seul vœu pieux commun est l’« ouverture du dialogue » entre les deux pays. Ce position-nement diplomatique cache en fait une tendance de fond au « laisser faire » libéral : l’impression donnée est que la perspective envisagée serait de laisser la situation se dégrader jusqu’à un incident militaire à partir duquel les différentes instances pousseraient à des négociations.

De toute façon, que les impérialistes pensent de manière illusoire pouvoir contrôler la situation ou que ce ne soit qu’un prétexte, sur le fond la menace est bien là, comme le souligne PRIN, le journal de NAR, Courant nouvelle gauche, membre d’Antarsya (Front anticapitaliste, révolutionnaire, communiste et écologique) :

Dans la période de crise actuelle, la concurrence entre les bourgeoisies peut trouver un débouché dans la guerre, et il est hors de question de sous-estimer la menace d’une guerre régionale.

Et cette pente militariste est fortement illustrée par la position du gouvernement français : Macron s’est dépêché d’envoyer dans la zone des bateaux militaires, des avions et bientôt le porte avions Charles de Gaulle.

Rivalisant de déclarations de matamore avec Erdogan, il cherche à s’appuyer sur un soutien de l’opinion publique française, traditionnellement hellénophile (pro grec blog), et a bien sûr immédiatement obtenu le soutien d’un ancien combattant passé avec armes et sans état d’âme à l’ultra libéralisme guerrier (Daniel Cohn-Bendit) :

Dans une tribune intitulée « Nous sommes tous des Européens grecs » (Libération, 17 août), non seulement il ose parler de réussite « des réformes structurelles aussi profondes que violentes » pour désigner le champ de ruines de la troïka en Grèce, mais en outre, il rend hommage au président français :

« En envoyant des renforts militaires en mer Égée, Emmanuel Macron a sauvé l’honneur de l’Europe ». Il est donc urgent de rappeler l’évidence : Macron agit avant tout comme VRP de Total en Méditerranée, et l’envoi d’avions et bateaux de guerre s’inscrit, au-delà de visées straté-giques, comme une démonstration commerciale, dont l’enjeu est tout simplement la vente à l’état grec de frégates, de Rafales et la modernisation de Mirages et de missiles Exocet et Scalp !

Il n’y a donc rien à attendre de la « diplomatie internationale », et on a au contraire à s’inquiéter fortement de la fuite en avant, qui pourrait ne pas être longtemps contrôlée : ainsi, Erdogan aurait fait pression pour qu’un navire grec soit coulé, ce qu’a refusé sa hiérarchie militaire, et côté grec, un comité national de soldats évoque l’envoi de centaines de feuilles de mobilisation à des réservistes.

Une mobilisation urgente et indispensable

Face à cette situation, on pourrait attendre au moins une campagne pacifiste de la gauche grecque : c’est tout l’inverse du côté des réformistes !

En effet, Syriza, marchant sur les traces nationalistes du Pasok, critique l’accord ZEE avec l’Égypte… car il enlève un peu de souveraineté maritime à la Grèce, et Tsipras se vante pour sa part d’avoir fait reculer Erdogan il y a quelques années en brandissant la menace militaire !

Seules quelques voix critiquent cette orientation, critiquant ainsi l’accord de ZEE avec l’Égypte comme une provocation empêchant l’ouverture de discussions avec la Turquie.

Du côté du KKE (PC grec), on dénonce le jeu impérialiste visant … à enlever sa souveraineté à la Grèce ! En l’occurrence, la gauche réformiste grecque se montre donc plus nationaliste que le 1er ministre Mitsotakis, dont la stratégie manque surtout de clarté :

Malgré des poses de « chef de la nation », avec comme objectif probable des négociations (Cour internationale de justice de la Haye), il refuse pour l’heure les discours va t’en guerre, tout en laissant son aile d’extrême-droite (Samaras et transfuges fascistes) et une bonne partie des médias les déverser.

Heureusement, dans cette situation tendue, la tendance pour une bonne partie de la gauche anticapitaliste grecque (citons les plus grosses organisations comme NAR, SEK, Synantisi pour une gauche anticapitaliste et internationaliste ) est de vouloir mobiliser sur un triple axe répondant clairement aux enjeux :

- Contre le nationalisme, pour la solidarité internationale et la lutte pour la défense des acquis sociaux. Il est donc décisif que le combat international revête aussi une bataille dans chaque pays contre des capitalistes locaux : pas question d’aller se faire tuer pour les intérêts de la bourgeoisie grecque ou turque.

- Contre le militarisme et la militarisation, pour la paix entre les peuples.

- Contre les forages maritimes et pour la défense de l’environnement en mer Égée.

Si ces axes sont mis en avant avec quelques nuances par les uns et les autres, déjà, on voit quelques résultats concrets : ainsi un appel commun de NAR et du Parti turc du Travail, d’autres contacts gréco-turcs étant en cours.

Et aussi des actes d’importance symbolique non négligeable , comme les habitants de Datsa, petite ville turque face à l’île grecque de Halki, déployant sur le port une immense banderole « la paix vaincra », dans les deux langues.

L’objectif maintenant devrait être d’essayer de regrouper des forces pour un large mouvement unitaire à développer en Grèce, en Turquie mais aussi partout en Europe et particulièrement en France, pour une Europe et une Égée sans frontières ! Athènes, le 6 septembre 2020

Mardi 8 septembre 2020 A. Sartzekis

https://npa2009.org/

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