Édition du 22 novembre 2022

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Canada

Contre les mythes qui prétendent que la privatisation peut aider à l’accessibilité aux soins de santé

Mythe 2 : La propriété privée d’établissements de soins de santé à but lucratif mène à de meilleurs résultats en matière de santé.

Deuxième partie

Cette semaine et les deux semaines qui viennent nous continuerons de présenter les différents mythes qui circulent concernant l’apport que pourrait apporter le secteur privé au système de santé publique au Canada. Non seulement, nous allons décrire ces différents mythes mais nous allons les déconstruire et montrer leurs faussetés. Pour ce faire nous allons nous appuyer sur une publication de l’organisation Canadian Doctors for medicare.

Voici les quatre mythes que les Médecins canadiens pour un régime public déconstruisent dans leur texte.
• Mythe 1 : La rémunération privée réduit les temps d’attente dans le système public.Retour ligne automatique
• Mythe 2 : La propriété privée à but lucratif des établissements de soins de santé conduit à de meilleurs résultats en matière de santé.Retour ligne automatique
• Mythe 3 : Le financement privé rendra les soins de santé plus « efficaces ».Retour ligne automatique
• Mythe 4 : Nous n’avons pas les moyens de payer les soins de santé publics.

Cette semaine nous présentons une critique du deuxième mythe.

Certains croient que la sous-traitance des soins à des sociétés privées à but lucratif appartenant à des investisseurs peut entraîner de meilleurs résultats en matière de santé, car les sociétés appartenant à des investisseurs devront fournir des soins de haute qualité afin de générer une demande pour leurs services et ainsi générer des profits pour les actionnaires.

Mais ni la théorie, ni les preuves ne soutiennent cela.

Les soins de santé n’agissent pas comme un bien typique du marché. Plusieurs conditions doivent être réunies pour qu’un marché libre fonctionne correctement. Les marchés supposent que les « consommateurs » (dans ce cas, les patients) possèdent une information parfaite, mais les patients n’ont généralement pas l’expertise médicale nécessaire pour évaluer pleinement la qualité des soins qu’ils reçoivent.

Les patients comptent sur une relation de confiance avec leur fournisseur de soins de santé pour naviguer dans le système, car leur médecin suggère des médicaments, des références ou des traitements qui seraient les plus bénéfiques. Cette relation essentielle peut être minée si un patient craint que les recommandations de son médecin soient guidées par le profit plutôt que par les besoins médicaux. Les patients sont intrinsèquement dans un état vulnérable, car la demande de soins de santé est relativement « inélastique », ce qui signifie que lorsqu’une personne a besoin de soins de santé, elle est prête à payer n’importe quel montant parce qu’il existe peu de substituts proches aux services médicaux.

Vérité 2 : La recherche du profit n’encourage pas les soins de haute qualité. En fait, la prestation à but lucratif a été associée à une mortalité accrue.

Les sociétés à but lucratif sont légalement tenues de fournir des rendements à leurs actionnaires, ce qui déplace l’attention des soins aux patients vers les profits. La recherche du profit incite à couper les coins ronds et à fournir des soins de qualité inférieure et moins sûrs.
Ces forces peuvent expliquer pourquoi la mortalité dans les foyers de soins de longue durée à but lucratif appartenant à des investisseurs en Ontario était 78 % plus élevée que dans les foyers sans but lucratif pendant la pandémie de COVID-19, ou pourquoi une clinique privée à but lucratif sur sept appartenant à des investisseurs ne respectait pas les normes de sécurité de la province.

Une tendance similaire est observée à l’échelle internationale. Aux États-Unis, une revue systématique a révélé que les hôpitaux à but lucratif étaient associés à un taux de mortalité plus élevé que les hôpitaux à but non lucratif. En Angleterre, une étude portant sur les répercussions de l’externalisation des services de santé à des prestataires à but lucratif a révélé qu’elleétait significativement corrélée avec l’augmentation des taux de mortalité traitable. Malheureusement, cette pratique n’a cessé d’augmenter au cours de la dernière décennie.

Le Fonds du Commonwealth, qui publie des comparaisons des systèmes de soins de santé dans les pays à revenu élevé, a trouvéquatre caractéristiques qui conduisent à des résultats de santé de meilleure qualité :

  • Couverture universelle sans obstacles financiers
  • Investir dans les soins primaires et les soins de grande valeur
  • Réduire le fardeau administratif pour les patients et les fournisseurs
  • Investir dans les services sociaux

Alors que la quatrième caractéristique est une question de politique sociale plus large, les trois premières caractéristiques sont directement influencées par la façon dont les soins de santé sont financés et fournis. Une étude publiée en 2017 dans BMC Health Services Research a examiné 22 systèmes de soins de santé dans les pays de l’Organisation européenne de coopération et de développement économiques (OCDE) et a comparé les tendances de la « mortalité acceptable » (décès prématuré dû à des conditions qui ne devraient pas se produire en présence de soins de santé opportuns et efficaces). Alors que tous les systèmes de soins de santé ont connu une baisse des taux de mortalité acceptables au fil du temps, les systèmes appartenant à des investisseurs privés à but lucratif ont montré un ralentissement du taux de déclin par rapport aux systèmes publics.

Les auteurs de l’étude suggèrent que « les fournisseurs privés à but lucratif ne sont pas en mesure d’obtenir des gains supplémentaires dans les déterminants de l’amélioration des soins de santé... En effet, les fournisseurs privés à but lucratif peuvent avoir moins de ressources à consacrer aux soins en raison des taxes et de leur contrôle des coûts trop important, qui vise à obtenir le meilleur retour sur investissement possible. Par conséquent, cela peut entraîner une diminution du personnel qualifié et/ou moins d’investissement dans l’équipement ou la technologie et peut avoir une incidence négative sur le rendement lié aux soins de santé.

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