Par Pierre Jasmin, Artiste pour la Paix
Après le film de Paul Thomas Anderson A battle after Another où Leonardo di Caprio combattait le mal militariste personnifié par Sean Penn, Nuremberg est certainement le film de l’année, n’en déplaise au Devoir l’ayant mal coté à cause de sa « lourde insistance sur des parallèles entre l’Allemagne d’alors et les États-Unis d’aujourd’hui », un même aveuglement politique aussi propre au critique de La Presse : « Vanderbilt conclut son film avec une allusion aussi visible que le nez au milieu du visage sur le présent. Un plaquage facile à deviner et, à notre avis, inutile. » Bref, deux intellectuels incapables de voir le nez au milieu des visages fascistes de Trump ...et de nos leaders de pays de l’OTAN, pourtant démasqués par des budgets militaristes caricaturaux comme celui du Canada.
Écrit et réalisé par James Vanderbilt, le film oppose la conception individuelle d’un psychiatre « perdant », joué par Rami Malek : pour la petite histoire, son livre n’aura aucun rayonnement, mais son suicide au cyanure amènera El-Hai à raconter son histoire avec beaucoup plus de succès. D’abord persuadé de trouver l’origine du mal personnifié par Göring et les autres nazis emprisonnés à Nuremberg, dans des traumatismes de l’enfance ayant gonflé leurs égocentrismes à toute épreuve, Kelley épousera plus tard la réponse inquiétante de l’essai de Hannah Arendt : « la banalité du mal » ou la responsabilité de l’individu s’effaçant dans l’obéissance bureaucratique aggravée en des sociétés militarisées, qui plus est enfoncées dans la fascination contagieuse de leaders tels que Hitler. Entre l’individu Rami Malek aux valeurs humanistes et l’imposant Reichsmarshall au discours politique renforcé par l’art oratoire et la présence de Russell Crowe, le combat du film aurait été inégal ...sans les scènes horrifiques de camps de concentration qui furent montrées pour la première fois au cours du procès historique. Verrons-nous un jour Nétanyahou devoir supporter des images de Gaza à son futur procès ? La victoire de Nuremberg tient aussi à la confrontation juridique de lois adoptées par les Nazis à Nuremberg, contre les Juifs devenus boucs émissaires i, contre la prétention de Göring d’en ignorer les conséquences qu’il attribuait à Himmler. N’est-il pas juste que ces lois iniques ont trouvé leur anéantissement dans une cour de justice à Nuremberg, mais n’avons-nous rien appris ?
La culture des petits pays proches de la Russie nous enseigne des vérités
Lui-même en marge des puissances anglophones d’Amérique, le Québec ne peut qu’être séduit par les œuvres marquantes de cinéastes et auteurs de pays d’Europe centrale (j’ai enseigné quatorze étés consécutifs en Tchécoslovaquie), nichés en marges de la Russie.
• La Hongrie, au chef politique très critiqué, nous a donné 90% de Nuremberg tourné
à Budapest, avec acteurs et techniciens hongrois, alors qu’elle venait de nous donner le prix Nobel de Littérature 2025 et l’œuvre cinématographique dont on ressent encore le choc heurtant nos valeurs, le Brutaliste, histoire d’un architecte hongrois joué par Adrien Brody, remportant successivement les British Award, César, Golden globe et Oscar ;
• Le suédois Stieg Larsson, mort à cinquante ans, faisant éclater un combat épique en
trois volumes contre les Nazis ou « hommes qui n’aimaient pas les femmes » ;
• Le finnois Väinö Linna à l’œuvre antimilitariste soldats inconnus (1954) ;
• Le serbe Kusturica dont la passion fait exploser nos dichotomies abusives ;
• Le polonais Penderecki à la Passion selon St-Luc rejoignant la foi de Tarkovski ;
• Le tchèque Kundera et son Insoutenable légèreté de l’être réinterprétée avec une
grâce effaçant la lourdeur machiste du roman par Juliette Binoche ;
• Les Roumains Dumitriu et Gheorghiu de nos années soixante : ont-ils fait école ?
Notes
L’encyclopédie de l’enseignement multimédia de la Shoah nous informe, comme le film, qu’en septembre 1935, deux lois distinctes furent adoptées dans l’Allemagne nazie, connues sous le nom de Lois de Nuremberg : la Loi sur la citoyenneté du Reich et la Loi sur la protection du sang et de l’honneur allemands. Symboles de nombreuses théories raciales inhérentes à l’idéologie nazie, ces lois allaient fournir un cadre juridique à la persécution systématique des juifs en Allemagne.










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