Édition du 18 juin 2019

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Canada

Nationalisons GM

« General Motors n’est pas la solution. Le problème, c’est General Motors », s’est exclamé Tony Leah chaudement applaudi lors de sa présentation devant la salle de la FIOE. Son discours faisait partie d’un événement, Nationalize General Motors : Oshawa’s Green New Deal

La soirée a servi au lancement d’une première réunion d’organisation d’une campagne populaire visant à encourager le gouvernement à prendre des mesures à GM Oshawa. Des alliés de la région de Durham sont venus y participer, y compris des personnes des secteurs de la santé, de l’éducation et d’autres services publics. Ils souhaitent faire de l’avenir de GM au Canada un enjeu pour les élections de 2019.

Nationaliser sous le contrôle des travailleurs

La principale revendication de la campagne est que GM Oshawa soit « nationalisé sans compensation et placé sous le contrôle démocratique des travailleurs et travailleuses ainsi que de la communauté ». De nombreux militants et militantes impliquéEs ont déclaré que GM avait déjà été indemnisée à plusieurs reprises par le biais de plans de sauvetage et de concessions imposées aux travailleurs et travailleuses. Leah, président du comité d’action politique d’Unifor, section locale 222, a expliqué ce que signifient réellement le contrôle des travailleurs et de la communauté lorsqu’il y a nécessité.

« À qui demande-t-on comment on réalise correctement un projet ? Aux travailleurs, ceux qui savent ce qu’ils pourraient construire et pourquoi ils pourraient utiliser cet équipement, et vous demandez à la communauté ce dont ils ont besoin », a déclaré Leah. Déterminer ce qui peut être fait à l’usine avec l’équipement, la main-d’œuvre et l’expertise présents serait une tâche centrale. L’objectif est de transformer les travailleurs de l’usine et la communauté environnante en parties prenantes actives, créant ce dont la communauté a besoin. L’idée ici est de reprendre le pouvoir des grandes entreprises pour le remettre entre les mains de la communauté. Tout cela vise à résoudre deux problèmes majeurs : Le poids décisionnel des entreprises étranger aux besoins de la communauté et la conversion nécessaire vers une transition verte.

La solidarité syndicale a été à l’honneur lors de l’événement avec la présence de la campagne « Delivering Community Power » du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP). Le fait qu’UNIFOR ait quitté le Congrès du travail du Canada en 2018 n’a pas empêché les militants et militantes de continuer leur travail de solidarité. Les militants d’Unifor, par exemple, ont donné un coup de main afin de fermer les installations de Postes Canada lorsque les membres du STTP ont subi une loi de retour au travail l’automne dernier. Le président du STTP, Mike Palecek, a déclaré que le refus de GM de se conformer au plan de l’usine à Oshawa signifie que nous faisons un pas en avant dans la perspective de propriété publique.

Une perspective verte

Postes Canada exploite actuellement la plus grande flotte de véhicules publics au pays. Une partie de leur campagne consiste à les transformer en véhicules électriques , une tâche que peut entreprendre l’usine d’Oshawa. Ce serait une énorme démonstration de gestion visionnaire , mais les idées ne s’arrêtent pas là. Les militants et militantes ont notamment lancé l’idée de fabriquer des dispositifs médicaux et des panneaux solaires à l’usine d’Oshawa.

"Il y a aussi un manque de leadership sur cette question ", a déclaré Palecek. Il accorde en partie à la députée Alexandria Ocasio-Cortez le mérite d’avoir popularisé le Green New Deal aux États-Unis. La campagne Delivering Community Power - Green New Deal vise à créer ce leadership politique, à gagner et à inspirer les travailleurs et travailleuses du sud de l’Ontario.

Cette proposition ambitieuse répond aux circonstances historiques apparemment impossibles, qui se présentaient en 2019. Il y a bien sûr l’annonce de la fermeture de l’usine de montage d’Oshawa. La plupart des discussions sur la fermeture ont porté sur l’idée que les 2 200 travailleurs et travailleuses perdent un travail bien rémunéré. On oublie souvent les 3 000 emplois de fournisseurs en dehors de l’usine, dont beaucoup sont également représentés par la section locale 222 d’Unifor. Environ 15% des emplois dans l’industrie automobile sont menacés par le départ de GM d’Oshawa. Ensuite, il existe des milliers d’emplois dans le secteur des services, de la vente au détail et des soins dans le sud de l’Ontario, qui dépendent des revenus élevés des travailleurs indépendants. Unifor affirme que pour chaque personne à l’emploi de GM Oshawa, sept emplois dérivés sont créés.

Ford et Trudeau abandonnent les travailleurs et travailleuses de l’automobile
Le fait que le gouvernement provincial ait abdiqué toute responsabilité avant même que la bataille ne commence a aggravé la situation à GM Oshawa. Le moment où le premier ministre Ford a jeté l’éponge est resté gravé dans la mémoire des travailleurs de l’automobile. Ford a décidé de croire GM : "ce navire a déjà quitté le quai" après une réunion avec la société. Il a ensuite annoncé un programme de recyclage et d’innovation de 40 millions de dollars pour le secteur de l’automobile. De nombreuses personnes impliquées dans la lutte contre la fermeture de GM à Oshawa accordent peu de poids à cette mesure, la stratégie de Ford ne prévoyant pas d’emplois lorsque ces travailleurs auront été recyclés. « Ce sont des fanfaronnades et des conneries de Ford », a déclaré Rebecca Keetch, une opératrice de production à l’usine de camions d’Oshawa. Keetch se souvient de Ford disant que rien ne pouvait être fait pour l’aider, elle et ses collègues.

Le premier ministre Trudeau, pour sa part, a clairement démontré que son gouvernement n’avait rien contre le fait de dépenser des milliards de dollars de fonds publics pour aider les nouvelles entreprises. Le gouvernement Trudeau a tristement contribué à aider Kinder Morgan l’année dernière en achetant le gazoduc TransMountain pour 4,5 milliards de dollars, dont le coût est estimé en réalité à 7,2 millions de dollars supplémentaires. Milliards . Ce sont les conservateurs fédéraux de Stephen Harper qui ont donné 10,2 milliards de dollars de fonds publics à un GM désespéré en 2008 . Les prêts restants à GM et à Chrysler ont été discrètement amortis l’année dernière, ce qui a coûté au public environ 3,7 milliards de dollars .

L’histoire a préparé le terrain politique pour un Nouveau Pacte Environnemental

L’implication de Trudeau dans le scandale de SNC-Lavalin, a essentiellement mis en évidence l’argument selon lequel certaines sociétés devraient être autorisées à agir illégalement afin de protéger des emplois - 9 000 selon plusieurs. Les conservateurs, dont la campagne fédérale est organisée par l’ancien dirigeant de Rebel Media, Hamish Marshall, pourraient encore jouer un rôle central dans cette affaire s’ils tenaient compte de l’histoire des républicains de 2016. Donald Trump avait utilisé la menace de déménagement de la compagnie Climatiseur Carrier et la promotion du « charbon propre » comme moyens politiques pour lutter contre son adversaire. Bien que malhonnêtes, ils représentaient des stratagèmes électoraux efficaces. Le NPD n’a pas non plus lancé d’appels à la nationalisation. La députée néo-démocrate d’Oshawa, Jennifer French, a déclaré qu’il était possible que le parti fédéral réponde aux exigences du Nouveau pacte environnemental élaboré lors de l’événement Nationalize GM. Mais jusqu’à présent, aucune politique n’a émergé.

S’organiser pour développer une alternative

Pratiquement tous les travailleurs et travailleuses de GM à Oshawa ont exprimé leur surprise et leur déception face au manque d’engagement du gouvernement fédéral à la fermeture de l’usine. À l’heure actuelle, aucun des partis fédéraux n’a répondu à l’appel pour nationaliser GM Oshawa.

Lynn Ross, qui travaille dans l’inspection et la peinture à l’usine, n’attend pas que le vote commence en octobre. Elle s’est jointe à Leah, aux organisateurs du STTP et à d’autres alliés après la célébration de la Journée nationale de deuil en hommage aux travailleurs décédés à Oshawa le 28 avril. Ross faisait partie de la deuxième session de démarchage autour d’Oshawa pour la campagne Nationalize GM - Green New Deal. Dans les rues de la ville, on pouvait constater un fort soutien de la population.

Les réponses aux deux séances de sollicitation de groupe ont été extrêmement positives. Cela reflète les conclusions récentes concernant les Canadiens : 61% sont en faveur d’un Nouveau pacte environnemental. Les contours de cet accord pourraient être façonnés par une crise devenue source d’inspiration à l’usine d’Oshawa. Les démarches de porte à porte sont déjà amorcées.

Traduction André Frappier
http://rankandfile.ca/nationalize-gm/

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