Édition du 24 novembre 2020

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Négociation dans les secteurs public et parapublic

La position du premier ministre du Québec sur la manifestation de la FIQ et de la contre-proposition de la FTQ aux offres gouvernementales

Il a été question à plusieurs reprises, lors du point de presse du premier ministre du Québec, tenu le 19 mai 2020, de la négociation dans les secteurs public et parapublic. D’abord au sujet d’une manifestation organisée par la FIQ et ensuite de la contre-proposition de la FTQ aux offres gouvernementales. En filigrane, il semble se dessiner, en ce moment, les grandes lignes d’un règlement dans les secteurs public et parapublic et possiblement le remplacement des postes à temps partiel par des postes à temps plein dans le réseau de la santé.

Sur la manifestation de la FIQ

Un certain nombre des membres de la FIQ ont manifesté, aujourd’hui le 19 mai 2020, devant le bureau du premier ministre du Québec. Lors de son point de presse, monsieur Legault n’a d’ailleurs pas tardé à y faire allusion. Il n’a pas caché, devant ce geste de protestation de l’organisation syndicale qui regroupe principalement des professionnelles de la santé, sa déception :

« Bien, je veux dire quelques mots sur le syndicat de la FIQ, là. Tantôt, devant nos bureaux, le syndicat des infirmières, la FIQ, a fait une manifestation. Bon, évidemment, ça me déçoit. »

De manière perceptible, cette manifestation de la FIQ, en pleine période de la COVID-19 et en plein dernier droit de la négociation des secteurs public et parapublic, n’a pas plu au premier ministre. Les manifestantes demandent l’annulation de la disposition du décret adopté le 21 mars dernier (arrêté ministériel 2020-007) qui a pour effet d’accroître le pouvoir des gestionnaires du réseau de la santé et de suspendre les conventions collectives en raison de la crise sanitaire qui sévit présentement au Québec. Les membres de la FIQ manifestaient aujourd’hui en vue de récupérer le droit à leurs vacances annuelles.

Dans son point de presse du 19 mai 2020, monsieur Legault n’a jamais fait allusion à cette question des vacances annuelles qui sont présentement suspendues. Il a plutôt préféré parler d’une autre demande des infirmières dans le cadre de la présente négociation : la révision à la baisse des ratios professionnelLEs en soins patients. Une telle proposition, suppose l’embauche d’un plus grand nombre d’infirmières à temps plein. Ce qui ne semble pas aller de soi selon le premier ministre.

« La principale revendication de la FIQ, c’est d’augmenter les ratios, donc, augmenter le nombre d’infirmières. Ce qu’il faut comprendre, c’est que depuis qu’on est au gouvernement, depuis un an et demi, on a beaucoup augmenté le nombre de postes, à peu près à tous les niveaux, infirmières, préposés et autres, mais malheureusement, beaucoup de postes sont restés non comblés. Donc, c’est un peu théorique de dire : Il faudrait augmenter encore plus le nombre de postes, alors que les postes qui sont déjà affichés ne sont pas comblés. Donc, je comprends, là, que cette revendication-là est une revendication qui date d’il y a longtemps, mais il faut d’abord reconnaître qu’on a beaucoup augmenté les postes, puis les postes ne sont pas comblés. »

Les nouveaux postes créés à temps plein ne trouvent toujours pas preneurs. Ces postes restent par conséquent non comblés. Pour remédier à la situation de pénurie d’employéEs dans le réseau de la santé et des services sociaux, le gouvernement croit qu’il est nécessaire d’augmenter la rémunération des préposéEs aux bénéficiaires et qu’il doit également créer, pour cette catégorie de salariéEs, un plus grand nombre de postes à « temps plein ».

« […] Quand on pense à ça, il n’y a pas une organisation, là, publique ou privée, qui pourrait fonctionner comme on le fait actuellement, avec la moitié de ses effectifs qui sont à temps partiel. Donc, il faut vraiment trouver des incitatifs financiers pour que les postes à temps plein, incluant les postes de nuit, de soir, de fin de semaine, soient comblés. »

Monsieur Legault semble se démarquer d’une pratique de gestion des ressources humaines qui a eu cours dans le réseau de la santé et des services sociaux depuis le début des années quatre-vingt, à savoir : le fractionnement des postes à temps plein en postes à temps partiel. Le premier ministre nous annonce-t-il la fin de l’ère du travail précaire dans ce réseau qui emploie environ 270 000 salariéEs ? Si tel est le cas, il reste une question incontournable à répondre ici : pourquoi est-ce si difficile de combler des postes à temps plein chez les infirmières et les infirmiers ? Se pourrait-il, à titre hypothétique, que le « Temps supplémentaire obligatoire » (TSO) y soit pour quelque chose dans cette pénurie de la main-d’œuvre professionnelle dans le réseau de la santé et des services sociaux ? C’est à suivre…

Sur la contre-proposition de la FTQ aux offres gouvernementales

La FTQ a annoncé aujourd’hui le 19 mai 2020 sa contre-proposition aux offres gouvernementales. La centrale syndicale demande un contrat de travail d’une durée de trois ans ; une bonification des rangements pour les préposéEs aux bénéficiaires de l’ordre de 12% et une augmentation salariale de 2% par année (pour un total de 6% à terme). Elle revendique également 0,87% d’augmentation en vue d’améliorer la rémunération des bas salariéEs.

Le premier ministre du Québec, monsieur François Legault a très bien réagi à cette annonce de la FTQ. Il voit « un pas dans la bonne direction ».

« M. Legault : Bon, d’abord, bonne nouvelle, puis c’est un pas dans la bonne direction, vous avez probablement vu comme moi que la FTQ accepte l’augmentation de 12 % pour les préposés aux bénéficiaires. Ça, c’est le bon côté de la nouvelle. Le mauvais côté de la nouvelle, c’est qu’on continue d’exiger qu’il y ait un effet de domino sur d’autres postes, et c’est là qu’il y a le problème. C’est que, dans le fond, nous, ce qu’on veut, c’est des offres différenciées. Donc, on veut être capable qu’il n’y ait pas... en tout cas, autant d’impact sur les autres postes que ce que demandent les syndicats. Donc, on parle vraiment d’offres différenciées.

Mais je suis content au moins que la FTQ dit : On est d’accord avec le 12 % pour les préposés aux bénéficiaires. Mais, pour signer avec la FTQ, bien, il faut être capable aussi... toute la question des rangements, bien, que ça soit dans l’entente. »

M. Bergeron (Patrice) : Maintenant, si vous me permettez, je me réserve une question pour moi, Patrice Bergeron, LaPresse canadienne.

Pour revenir sur la question, donc, des négociations dans le secteur public, la FTQ a donc déposé une offre, on en a parlé tout à l’heure, 2 % par an pendant trois ans avec le 12 % d’augmentation pour les préposés. On réalise que ce n’est vraiment pas loin de l’offre que vous avez vous-même déposée : 1,75 %, 1,75 %, 1,5 %, je crois. Qu’est-ce qui vous manque pour signer, pour dire oui à cette offre-là, M. Legault ?

M. Legault : Bien, je le disais tantôt, là, c’est l’impact de l’augmentation de 12 % des préposés aux bénéficiaires sur le rangement des autres postes. Donc, c’est là qu’il y a encore des discussions à avoir entre autres.

[…]

Mme Porter (Isabelle) : Merci. Une question pour M. Legault concernant les négociations avec les syndicats sur la rémunération des préposés. Ça fait des semaines, dans le fond, que vous nous dites que les syndicats refusent de faire une entente à part sur les salaires des préposés. Or, bien, tous les signes laissent croire que c’est plutôt le président du Conseil du trésor qui... Bien, j’ai un... Il y a un tweet du 8 mai... 9 mai dans le lequel le président du Conseil du trésor écrit noir sur blanc qu’il n’y aura pas de rémunération... d’entente sur la rémunération des préposés sans une entente globale avec tous les employés du secteur public. Donc là, qu’est-ce qu’on doit comprendre de ça, puis comment est-ce que vous le justifiez ?

M. Legault : Bon, d’abord, bonne nouvelle, puis c’est un pas dans la bonne direction, vous avez probablement vu comme moi que la FTQ accepte l’augmentation de 12 % pour les préposés aux bénéficiaires. Ça, c’est le bon côté de la nouvelle. Le mauvais côté de la nouvelle, c’est qu’on continue d’exiger qu’il y ait un effet de domino sur d’autres postes, et c’est là qu’il y a le problème. C’est que, dans le fond, nous, ce qu’on veut, c’est des offres différenciées. Donc, on veut être capable qu’il n’y ait pas... en tout cas, autant d’impact sur les autres postes que ce que demandent les syndicats. Donc, on parle vraiment d’offres différenciées.

Mais je suis content au moins que la FTQ dit : On est d’accord avec le 12 % pour les préposés aux bénéficiaires. Mais, pour signer avec la FTQ, bien, il faut être capable aussi... toute la question des rangements, bien, que ça soit dans l’entente. »

Conclusion

Si la FIQ, en manifestant aujourd’hui le 19 mai 2020 devant le bureau du premier ministre, a déçu monsieur Legault, la contre-proposition de la FTQ l’a plutôt réjoui, il s’est même dit « content » quand il a appris la nouvelle. Autrement dit, si nous en croyons monsieur Legault, nous sommes peut-être à la veille d’un règlement dans les secteurs public et parapublic. Un seul obstacle semble toujours présent entre les parties négociantes, celui de l’impact, pour l’ensemble des salariéEs syndiquées de ces secteurs, du redressement salarial qui sera finalement accordé aux préposéEs aux bénéficiaires. Monsieur Legault tient mordicus à ce qui sera négocié en faveur des préposéEs aux bénéficiaires ne se répercute d’aucune façon sur les autres salariées syndiquéEs. Et si une telle chose se produisait, nous serions en droit de nous poser la question suivante : que reste-t-il de l’équité salariale dans les secteurs public et parapublic ? Réponse : un sujet qui a peu ou prou d’importance pour le premier ministre du Québec.

https://www.pressegauche.org/Negociation-dans-les-secteurs-public-et-parapublic-43665 . Consulté le 19 mai 2020.

http://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-60593.html . Consulté le 19 mai 2020.

Yvan Perrier

19 mai 2020

18h30

yvan_perrier@hotmail.com

Ajout
20 mai 2020
6h25
Pour une version différente de celle de François Legault au sujet des revendications de la FIQ à l’occasion de la manifestation du 19 mai 2020, je porte à votre connaissance le communiqué suivant :
https://www.newswire.ca/fr/news-releases/action-symbolique-de-la-fiq-et-reponse-du-gouvernement-cessez-les-arretes-et-agissez--873582972.html

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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