Édition du 16 avril 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Négociations du secteur public 2014-2016

Négos dans le secteur public - Ce que nous avons accompli, pour l'instant

L’automne s’achève et je suis frappé par tout ce que les syndiqués des services publics ont déjà accompli. Dans les prochaines lignes, je parlerai principalement de ce que j’ai pu observer dans mon syndicat : le Syndicat des professeurs du Collège Marie-Victorin (SPCMV).

Il y a d’abord le degré de mobilisation incroyable de nos membres. Nos assemblées générales se déroulent presqu’à chaque semaine depuis le début de la session et nous avons souvent fait salle comble. Le vote en faveur du mandat de grève de six jours du Front commun était favorable à 83%. Aux jours de grève, la participation aux lignes de piquetage est très forte, plus forte que dans toute l’histoire de notre syndicat.

Il faut aussi souligner le groupe dédié et créatif de militants qui s’est constitué pour organiser nos jours de grève et leur donner un tour très original : des pancartes qui sont de véritables œuvres d’art ; un visuel qui inscrit notre lutte dans la qualité de vie des quartiers jouxtant Marie-Victorin ; des poèmes et des chansons pour crier notre colère et nos espoirs ; un service de garde enjoué ; un service de sécurité lors des manifestations... et j’en passe !

Il y a tous ceux qui ont participé à nos actions éclair : les pauses bruyantes, les visites impromptues aux bureaux de la direction des études ou de la direction générale.

À ce stade, je tiens à lever mon chapeau à nos camarades du collège qui appartiennent à d’autres unités syndicales : les professionnels et les employés de soutien. Ils sont mobilisés et forts, eux aussi. Depuis le début de l’automne, presque toutes nos actions se déroulent en intersyndicale, en union des membres des différents syndicats.

Mon syndicat a aussi joué un rôle novateur depuis un an dans le monde syndical. Localement, à l’échelle des quartiers entourant notre cégep, il a été au cœur de la création et du développement du Collectif Ahuntsic Montréal-Nord unis contre l’austérité, que l’on nomme tout simplement « le collectif ». Si nous avons pu organiser dans le quartier de si belles actions de solidarité avec nos camarades de la santé et des services sociaux, en dehors et lors des jours de grève, c’est grâce au « collectif ». Notre syndicat a aussi été au cœur de la fondation de Lutte commune, un lieu d’échanges pour tous les syndiqués du Québec afin que la base syndicale se réapproprie la grève comme moyen de faire des gains. Après 30 ans de syndicalisme de compromis et de reculs pour les travailleuses et les travailleurs, il était temps. Le mouvement est encore petit, mais il a déjà eu de l’influence et je le crois promis à un bel avenir.

Nous ne sommes évidemment pas le seul syndicat à œuvrer en ce sens, sinon nos réunions du collectif et de Lutte commune seraient désertes ! Nous avons aussi de solides alliés au Regroupement cégep de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ). D’ailleurs, reconnaissons-le : depuis quelques semaines, l’exécutif de la FNEEQ fait preuve de beaucoup de combativité.

J’arrive presque au terme de mon texte et - me direz-vous peut-être - qu’avons nous réellement accompli ? Deux choses fondamentales.

Premièrement, multiplier des liens de solidarité, entre les membres de notre syndicat, entre les syndicats du campus et avec des syndicats du quartier. Toutes les travailleuses et les travailleurs que nous représentons en sont plus forts. Je suis aussi persuadé que toutes les actions de visibilité dans le quartier ne sont pas sans effet sur la population. Nous ne sommes pas les seuls à avoir accompli ceci. Partout au Québec, des réseaux de solidarité similaires se sont tissés et les actions dans la communauté se multiplient, l’exemple de Sherbrooke en étant l’un des plus éclatants.

Deuxièmement, commencer à réinsuffler la combativité dans le mouvement syndical. Nous avons déjà fait plus de jours de grève cette fois-ci que lors deux dernières négos du secteur public (en 2005 et 2010). Et - quel hasard ! - le gouvernement a reculé dans plusieurs de ses attaques aux tables sectorielles et il n’a pas encore osé décréter nos conditions salariales globales, malgré toutes les grimaces et simagrées du président du Conseil du trésor. Je vais ajouter que les exécutifs des centrales syndicales (CSN, CSQ, FTQ) - qui ne brillent pas par leur leadership, pour dire les choses poliment - n’ont pas non plus osé nous soumettre une entente de principe de pacotille sur le plan salarial.

Je sais qu’il nous reste encore beaucoup à accomplir. D’abord, il faut obtenir des ententes sectorielles et salariales satisfaisantes pour les employés du secteur public. À mon sens, ceci passera nécessairement par une relance du mouvement de grève pour améliorer notre rapport de force. Or il semble que le Front commun soit allé au maximum de ce qu’il pouvait faire en terme d’arrêt de travail. En effet, les trois jours de grève initialement prévus en décembre ont fondu à un seul. Il faudrait donc sortir du cadre du Front commun pour relancer le mouvement de grève. On pourrait imaginer une alliance des éléments les plus combatifs du Front commun et la Fédération autonome de l’enseignement, par exemple. Ceci ne veut pas dire que nous quitterions le Front commun.

Ensuite, il faut maintenir et renforcer les réseaux de solidarité intra et intersyndicaux. Il faut aussi continuer à réinstaurer une culture de syndicalisme de combat chez les travailleuses et les travailleurs du Québec. Le pouvoir économique des salariés s’est énormément dégradé depuis quarante ans et la reconquête de ce pouvoir ne sera ni aisée ni instantanée : il passe par une nouvelle manière de pratiquer le syndicalisme.

Néanmoins, reconnaître objectivement tout le travail qu’il reste à faire ne doit pas nous empêcher de constater avec fierté celui qui a été accompli dans les douze derniers mois.

Louis-Raphaël Pelletier

Prof d’histoire au Collège Marie-Victorin.

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