Édition du 29 novembre 2022

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Asie/Proche-Orient

Nétanyahou, l’autre perdant des “midterms” américains

Au vu des inquiétudes de Washington vis-à-vis de la majorité gouvernementale qu’il veut bâtir avec l’extrême droite israélienne, le chef du Likoud aurait sans doute préféré que Joe Biden et les démocrates ressortent défaits des élections de mi-mandat, analyse cet article du journal israélien “Ha’Aretz”.

Tiré de Courrier international.

La plupart des Israéliens ne sont pas restés éveillés pour suivre les résultats des élections de mi-mandat américaines. Après avoir voté cinq fois en trois ans et demi, les Israéliens ne se passionnent guère pour les élections. Mais s’il y a un Israélien qui a probablement veillé toute la nuit pour suivre les derniers rebondissements en Floride, en Pennsylvanie et dans le New Hampshire, c’est bien l’ancien et futur Premier ministre Benyamin Nétanyahou.

Le jour même [le 9 novembre] où Israël entame le processus officiel de formation de son prochain gouvernement, avec Nétanyahou à sa tête, les résultats des élections américaines ne sont point à la hauteur des attentes du leader du Likoud.

Nétanyahou est sur le point de former le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, en s’appuyant sur le soutien des kahanistes d’extrême droite. Quoi qu’en disent certains commentateurs israéliens et américains, il n’a pas vraiment le choix : il a besoin du soutien de l’extrême droite pour faire pression sur la justice israélienne et échapper à son procès pour corruption. Les alliés ultraorthodoxes et ultranationalistes de Nétanyahou sont parfaitement conscients que Nétanyahou est un homme aux abois et voient une occasion historique et unique de transformer Israël en un pays où la religion prendrait la place de la démocratie.

Pas de victoire des républicains, au grand dam de Nétanyahou

Tout cela aurait été beaucoup plus facile si les démocrates avaient subi une défaite écrasante lors des élections de mi-mandat. Une large majorité républicaine à la Chambre des représentants et une marge confortable au Sénat auraient irrémédiablement affaibli [le président américain Joe] Biden, et pour les médias américains le retour de Donald Trump n’aurait été qu’une question de jours.

Dans ces circonstances, Nétanyahou et ses alliés se seraient sentis pousser des ailes et n’auraient eu cure des protestations et des mises en garde de la Maison-Blanche et du Parti démocrate.

Quelle que soit la composition définitive du Congrès lorsque tous les votes seront décomptés – que les démocrates gardent le Sénat ou le perdent de justesse, et que la majorité des républicains à la Chambre se compte sur les doigts d’une main ou soit supérieure à dix –, le nouveau paysage politique américain devrait inciter Nétanyahou à la réflexion.

Les démocrates ont surpris les commentateurs et les instituts de sondage. Ils ont remporté des élections sénatoriales clés en Pennsylvanie et dans le New Hampshire. Les gouverneurs démocrates ont été réélus dans des États clés importants, et le parti a réalisé des scores historiques au niveau local dans le Michigan, le Minnesota et ailleurs.

La Floride est le seul État où les démocrates ont connu une nuit vraiment décevante, mais la montée en puissance des républicains était visible depuis une dizaine d’années. En revanche dans d’autres États, du Kansas au Maine en passant par l’Ohio et le Nouveau-Mexique, les démocrates ont bien résisté malgré des résultats parfois serrés.

Mercredi, l’Amérique s’est réveillée dans un pays certes profondément divisé, mais Biden tient toujours debout. La couleur du Congrès n’a pas changé de manière spectaculaire, rien de comparable à la perte de 40 sièges subie par Trump lors des midterms de 2018, ou à la catastrophe des 63 sièges perdus par Barack Obama en 2010. Le Parti démocrate, malgré ses défauts et ses faiblesses, est toujours efficace dans les endroits indispensables, et le contrôle des gouverneurs dans le Midwest sera essentiel pour faire dérailler les plans de réélection de Trump en 2024.

Quelle relation entre Israël et les États-Unis ?

Devant ces résultats, le nouveau gouvernement israélien peut-il raisonnablement s’opposer frontalement à Biden et à son parti ? Biden hésitera-t-il à contrarier les décisions les plus dangereuses de Nétanyahou ? Et qu’en est-il des quelques républicains modérés encore présents au Congrès, qui sortiront renforcés de ce résultat serré ? Sont-ils prêts à apporter un soutien aveugle à un gouvernement israélien raciste, extrémiste et trumpiste ?

Sans doute qu’il faudra s’attendre à de futures tensions entre Nétanyahou et ses alliés religieux d’extrême droite. Le futur Premier ministre devra faire un choix entre leurs chimères ou la relation entre les États-Unis et Israël, face à un Parti démocrate certes affaibli mais regonflé à bloc.

Et puis il y a les Juifs américains. Pour eux, le plus beau moment de la soirée électorale a été la victoire de Josh Shapiro – qui sera le prochain gouverneur de Pennsylvanie – contre Doug Mastriano, un fidèle de Trump. C’est triste à dire, mais si les nouveaux membres du gouvernement israélien avaient pu voter en Pennsylvanie, la plupart d’entre eux auraient soutenu Mastriano.

Amir Tibon

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