Édition du 7 avril 2020

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Afrique

Nigéria : de Goodluck à Badluck

Pour de nombreux habitant-e-s du Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, le nom de leur président Goodluck Jonathan (littéralement « Bonne chance Jonathan ») ne rime décidément plus avec bonheur, mais plutôt avec malheur. Ainsi, la semaine dernière à Lagos, la capitale économique du pays, de milliers de manifestaient scandaient son nom transformé en « Badluck Jonathan ».

Au 1er janvier, par surprise, le président en exercice de ce pays de 160 millions d’habitants qui est le premier producteur pétrolier d’Afrique (devant l’Angola, avec 2, 4 millions de barils par jour) annonça la suppression pure et simple des subventions sur le prix du carburant. Jusqu’ici, l’essence était lourdement subventionnée par l’État, pour environ huit milliards de dollars par an. Le président annonça la fin de cette subvention, « afin d’investir dans l’amélioration des infrastructures du pays ». Par ailleurs il compte poursuivre « une dérégulation complète du secteur », afin de le laisser à l’initiative du capital privé.

Ce n’est pas la suppression de la subvention sur l’essence en soi, qui est scandaleuse. Puisqu’elle soutient la consommation de carburant sans aucune proportionnalité avec le revenu des consommateurs/consommatrices, elle bénéficiait aussi aux revenus supérieurs. Les classes moyennes et supérieures du Nigeria aiment rouler en voiture de grosse cylindrée, gaspillant énormément d’essence. Cela est contreproductif sur le plan social tout en contribuant aux catastrophes écologiques, même si la pollution pétrolière causée par les grandes entreprises du secteur - à défaut de protections adéquates - dans le sud du pays (et surtout dans le delta du Niger) est encore bien pire à cet égard. Arrêter de faciliter le gaspillage de carburant et d’encourager la pollution n’est donc pas un problème en soi. Mais aucune compensation pour les populations pauvres n’étant prévue, alors que 70 % des habitants du Nigeria vivent avec moins de deux dollars par jour, c’est surtout celles-ci qui vont être pénalisées.

Alors qu’elles ne roulent pas en grosses voitures rutilantes, elles, une partie non négligeable de leur budget était déjà consacrée aux frais liés aux produits pétroliers. Que ce soit pour payer les transports collectifs (bus, minibus) ou encore le carburant qui alimente les générateurs électriques, dans un pays où les coupures d’électricité sont fréquentes - comme dans tous les États de la région -, les pauvres étaient déjà aux limites de leurs capacités financières. Désormais, ces frais vont doubler, avec la fin brusque des subventions.

A partir du lundi 09 janvier, les syndicats les plus importants du pays, réunis en deux confédérations (Congrès des travailleurs du Nigeria - Nigeria Labour Congress/NLC et Congrès des syndicats - Trade Union Congress/TUC), entamèrent une grève générale contre cette décision du gouvernement. Celle-ci affectaient de nombreux secteurs, les transports collectifs étant en bonne partie paralysés et beaucoup de commerces fermés, mais dans un premier temps pas encore la production pétrolière elle-même, concentrée dans le delta du Niger et sur des plateformes off-shore. Au début de la grève, les deux principaux syndicats du secteurs restaient réticents à cette option, car il faut plusieurs jours pour conduire une installation pétrolière à l’arrêt, et encore plusieurs jours pour la faire redémarrer.

* Paru dans Afriques en lutte.

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