Édition du 16 avril 2019

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Environnement

Notre Caisse de dépôt et placement se fossilise

Nous apprenions récemment que la Caisse de dépôt et placement du Québec se portait acquéreuse de 31,5% de TAG, principale entreprise de transport de gaz naturel au Brésil. En matière de gaz naturel, la Caisse s’y connaît déjà très bien, étant actionnaire via deux intermédiaires de 28% d’Énergir (Gaz métro)1.

La Caisse fait pourtant grand cas de ses efforts de réduction de gaz à effet de serre par dollar investi, s’étant fixé en 2017 un objectif de réduction de 25% d’ici 2025.

L’occasion est bonne pour clarifier la méthode de calcul de la Caisse à cet égard, expliquant par le fait même de quelle façon la Caisse peut augmenter sa participation dans des entreprises faisant dans le transport d’hydrocarbures et voir pourtant son taux d’émission de gaz à effet de serre par dollar investi diminuer  : selon la Coalition Sortons la Caisse du carbone, l’estimation des GES du transport des hydrocarbures ne comprend ni le moment de leur extraction, ni celui de leur combustion2.

Pour la seule année 2017, la Caisse investissait plus de trois milliards de dollars dans des entreprises dont les activités principales consistent en le transport des hydrocarbures, portant à 18,5 milliards ses actifs fossiles, tous secteurs confondus. Par exemple, elle portait ce faisant sa participation dans la pétrolière Enbridge à 1.97 milliard de dollars.

Ce grossier subterfuge, nous faisant croire en une décarbonisation de la Caisse alors que les placements fossiles de la Caisse ne vont pas en diminuant, est révoltant. La distinction théorique entre transport, extraction et combustion d’hydrocarbures, sur laquelle la Caisse mise pour claironner son prétendu bilan carbone amélioré, soulève de sérieuses interrogations sur les pratiques fossiles d’investissement de la Caisse à une époque d’urgence climatique.

C’est d’ailleurs selon ces considérations que le collectif La planète s’invite à l’université a pris position afin de clairement exiger le retrait total de la Caisse de l’industrie fossile, et non pas seulement une timide réduction de 25% des GES par dollar investi. Ainsi, l’actuel échappatoire sur lequel la Caisse se rabat, consistant à investir d’avantage dans le transport d’hydrocarbures, serait mis en échec.

Obligation fiduciaire  : l’exemple de TransCanada

Les capitaux de la Caisse appartiennent aux Québécois et Québécoises. L’obligation fiduciaire des dirigeants de la Caisse envers les réels propriétaires des fonds exige une prise en compte de leur souci grandissant pour le climat. Par exemple, en 2016, les communautés du Québec ont clairement rejeté le projet d’oléoduc Énergie est de TransCanada sur leur territoire. Un PDG de la Caisse le moindrement à l’écoute conclurait, incidemment, que les Québécois ne souhaitent pas que 1 milliard de dollars de leurs régimes de retraite soit investi dans cette entreprise spécialisée notamment dans le transport des sables bitumineux. (source pour le 1 milliard chez transcan, hyperlien vers cet article ? https://www.ledevoir.com/opinion/idees/550975/les-energies-fossiles-valent-elles-plus-que-notre-avenir )

Notes

1.Rapport annuel 2018 de Valener-véhicule financier d’Énergir, en ligne, https://www.valener.com/wp-content/uploads/2018/11/Rapport-financier-Valener-2018-09-30-FR.pdf, p.1.
2.Coalition Sortons la Caisse du carbone, Analyse des placements fossiles de la Caisse de dépôt et placement du Québec pour 2017, mai 2018.

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