Édition du 16 décembre 2025

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États-Unis

« Nous devons vaincre le fascisme » : un conseiller municipal de Chicago face à la menace de Trump de déployer des troupes dans la ville

Le président Donald Trump a signé lundi un décret exécutif établissant des unités « spécialisées » de la Garde nationale, prêtes à être rapidement déployées à Washington D.C. et dans les 50 États, et a de nouveau menacé d’envoyer des troupes dans des villes dirigées par des démocrates, comme Chicago. Responsables et organisateurs de terrain ont promis de riposter.
« Nous sommes une ville ouvrière forte », déclare Byron Sigcho-Lopez, conseiller municipal socialiste démocrate du 25ᵉ district de Chicago. « Nous n’allons pas normaliser le fascisme, et nous sommes prêts à affronter le dictateur de face. » Sigcho-Lopez affirme que la ville prépare une mobilisation de masse qui aura lieu le jour de la Fête du travail.

26 août 2025 | tiré de democray now !
https://www.democracynow.org/2025/8/26/byron_sigcho_lopez_chicago_trump_takeover

AMY GOODMAN : Bienvenue à Democracy Now ! Je suis Amy Goodman à New York. Juan González est à Chicago. Le président Trump a signé lundi un décret exécutif créant des unités « spécialisées » de la Garde nationale pouvant être rapidement déployées à Washington et dans tous les États. Selon ce décret, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth supervisera la Garde nationale pour aider les forces de l’ordre locales à, je cite, « réprimer les troubles civils ». Cette décision survient quelques semaines après que Trump a déjà déployé la Garde nationale à Washington, où le taux de criminalité était pourtant à son plus bas niveau depuis des décennies. Trump a également menacé d’envoyer des troupes à New York, Baltimore, Chicago et dans d’autres villes. Voici ses propos :

DONALD TRUMP : J’ai dit que la prochaine devrait être Chicago, parce que, comme vous le savez, Chicago est actuellement un champ de bataille meurtrier. Ils refusent de l’admettre. Ils disent : « Nous n’avons pas besoin de lui. Liberté, liberté. C’est un dictateur, c’est un dictateur. » Beaucoup de gens disent : « Peut-être qu’un dictateur, ça nous plairait. » Moi, je n’aime pas les dictateurs. Je ne suis pas un dictateur.

AMY GOODMAN : De son côté, le gouverneur démocrate de l’Illinois, JB Pritzker, a répondu lundi à Trump lors d’une conférence de presse, entouré d’élu-es, de responsables économiques et de leaders communautaires.

GOUVERNEUR JB PRITZKER  : Plus tôt aujourd’hui, dans le Bureau ovale, Donald Trump a regardé les caméras et a demandé que je dise personnellement : « Monsieur le Président, pouvez-vous avoir l’honneur de protéger notre ville ? » À la place, je lui dis : Monsieur le Président, ne venez pas à Chicago. Vous n’y êtes ni désiré, ni nécessaire. Vos propos de ces dernières semaines révèlent une dégradation inquiétante de vos facultés mentales et sont indignes de la haute fonction que vous occupez. Plus inquiétant encore, vous semblez dépourvu de toute préoccupation pour les membres de l’armée que vous déployez sans scrupule comme de simples pions dans votre quête toujours plus alarmante de pouvoir.

AMY GOODMAN : C’était le gouverneur JB Pritzker. Pour en parler, nous rejoignons Chicago avec le conseiller municipal Byron Sigcho-Lopez, élu pour représenter le 25ᵉ district. Immigré d’Équateur, il a été élu en 2019 comme socialiste démocrate, avec l’appui des Democratic Socialists of America (DSA).

AMY GOODMAN : Nous vous souhaitons la bienvenue, conseiller municipal, à Democracy Now ! Vous avez tenu une réunion ce week-end, rassemblant des gens de partout. Vous êtes président du comité du logement et de l’immobilier. Pouvez-vous nous parler de votre réaction à la menace du président Trump ?

BYRON SIGCHO-LOPEZ : Merci, c’est un honneur d’être avec vous en ce moment critique.

Quand Trump parle comme un dictateur, beaucoup de gens réagissent : personne n’aime un dictateur. Et personne ne veut voir la normalisation de la présence de troupes militaires dans les villes américaines. Nous avons rejoint les nombreux appels de nos communautés pour défendre notre ville. Nous ne pouvons pas normaliser la militarisation, la disparition de nos voisin-es, l’enlèvement de nos voisin-es, comme nous l’avons vu le 4 juin ici dans notre ville, lorsque des hommes masqués ont tendu un véritable piège humain et kidnappé principalement des femmes de notre communauté.

Nous ne normalisons pas ; nous organisons. Nous ne désespérons pas. Nous n’avons pas peur. Nous ne nous soumettons pas aux dictateurs. Et ici, à Chicago, nous avons fait ce que nous avons toujours fait, dès que furent annoncées les déportations massives : nous nous organisons, à la grande frustration de l’administration Trump, qui a vu une communauté informée, bien organisée, et c’est ce qu’elle continuera de voir. Nous avons appris — en tant qu’ancien organisateur syndical — que le patron est souvent notre meilleur organisateur. Il est en train d’unifier notre ville. Il a uni notre communauté immigrante. Il est en train d’organiser et d’unifier notre ville plus que jamais. Désormais, nous avons des dirigeants syndicaux et religieux prêts à s’assurer que nos écoles, nos églises, nos hôpitaux soient des refuges sûrs, comme ils devraient l’être.

Et nous voulons qu’il sache que, pour la fête du Travail, alors que Trump se prépare à faire de cette fête du Travail la dernière dans notre ville, nous voulons qu’il sache que ce sera une fête du Travail historique, avec des leaders religieux et des habitant-es de toute la ville qui se rassembleront pour défendre chaque voisin-e. Non seulement des parlementaires texans fuient actuellement la violence politique de l’administration Trump, mais nous avons aussi de nombreux voisin-es qui ont été kidnappé-es, des familles entières. Nous avons encore des milliers d’enfants séparés de leurs familles depuis la première administration Trump, qui ne sont toujours pas retrouvés. Alors, ici à Chicago, nous nous organisons. Nous mobilisons des syndicalistes, des leaders religieux et communautaires pour défendre notre ville. Nous n’allons pas normaliser un dictateur. Nous n’allons pas normaliser des zones militarisées. En un temps comme celui-ci, nous nous levons et nous organisons.

JUAN GONZÁLEZ : Et, conseiller municipal, je voulais vous demander : vous représentez le 25e district, où se trouve le quartier de Pilsen, avec sa communauté mexicaine et latino historique. Quelle est la situation sur le terrain en ce moment en ce qui concerne les descentes à Chicago ? En juin, au moins une douzaine de personnes ont été arrêtées par les services fédéraux d’immigration après s’être présentées à un rendez-vous administratif de routine dans un bureau du South Loop. Quelle est la situation actuelle concernant ces descentes ?

BYRON SIGCHO-LOPEZ : Eh bien, nous avons été l’une des premières communautés ciblées par l’administration Trump. Nous avons eu, très tôt, un père arrêté après avoir déposé ses enfants à l’école. À la fin de la dernière année scolaire, l’ICE s’était installée juste à côté de l’une de nos écoles primaires, dans une laverie automatique, attendant les parents à la sortie des classes. Tout cela vise à créer la terreur, à effrayer les gens, à semer la peur, à pousser les gens à se déporter eux-mêmes. Nous voyons bien que maintenant, non seulement ils ne respectent pas les droits, mais ils utilisent la violence comme outil du fascisme. Ils n’ont pas respecté les droits constitutionnels lorsqu’ils sont entrés dans une de nos entreprises il y a quelques mois et ont arrêté deux travailleurs.

Dans notre communauté, il y a actuellement une profonde inquiétude et une peur réelle que l’administration Trump vienne arracher des familles. Ils rôdent autour des écoles, des hôpitaux, des églises. Alors, dans notre communauté, nous nous organisons. Nous dénonçons l’administration Trump qui s’attaque aux églises, aux hôpitaux, aux écoles. Nous nous préparons. Nous travaillons main dans la main avec tous les leaders communautaires, comme nous l’avons fait quand l’administration avait menacé de déportations massives. Nous nous sommes organisés.

Et maintenant, nous nous organisons avec les syndicats pour que nos leaders syndicaux, nos élus, nos leaders religieux et notre communauté en première ligne, protègent les quartiers populaires et les transforment en espaces sûrs. Et nous préparons une mobilisation massive pour le 1er septembre, jour de la fête du Travail, dirigée par le Chicago Teachers Union et bien d’autres organisations, afin que l’administration Trump voie notre dignité, notre solidarité avec Los Angeles, notre solidarité avec Washington. Nous voyons ce qui se passe. Nous devons nous assurer que cela reçoive plus de couverture médiatique. Nous invitons tous les médias à venir à Chicago.

Nous nous organisons pour protéger nos communautés. Nous sommes prêts à nous mobiliser, pas seulement à informer les gens de leurs droits. Il est clair que l’administration Trump ne respecte pas nos droits constitutionnels. Alors nous allons nous organiser pour protéger notre peuple et passer à l’offensive. Nous devons les tenir responsables des morts dans les centres de détention de l’ICE, des camps de concentration construits illégalement, et aussi des enfants séparés, des multiples atrocités. Nous sommes prêts ici à Chicago. Nous sommes une ville ouvrière forte. Nous n’allons pas normaliser le fascisme, et nous sommes prêts à affronter le dictateur de front. Et nous savons que nous pouvons vaincre le Project 2025 et le dictateur qui veut consolider son pouvoir.

JUAN GONZÁLEZ : Et, conseiller municipal, je voulais aussi vous demander : vous êtes un proche allié du maire Brandon Johnson. Quelles discussions avez-vous eues avec lui sur la manière dont il compte réagir si Trump envoie la Garde nationale, notamment concernant la réaction de la police de Chicago ?

BYRON SIGCHO-LOPEZ  : Oui, nous avons été en communication étroite avec le maire Johnson, comme nous l’avions fait quand nous avons lancé une grande campagne « Connaissez vos droits », pour nous assurer que le maire sache qu’il est crucial que la ville de Chicago reste ferme. Et aujourd’hui, il se joindra à nous pour annoncer une mobilisation majeure pour la fête du Travail.

Nous avons aussi parlé de l’importance de garantir qu’il n’y ait aucune collaboration entre le département de police de Chicago et l’administration Trump. Nous avons vu ce qui s’est passé le 4 juin. Une enquête a été ouverte, de nombreux dirigeants et élus ont condamné les actions de l’ICE et toute forme de collaboration ce jour-là. Et le maire a montré son soutien à notre communauté. Il reste ferme. Il est allé à Washington défendre notre Constitution, nos lois de l’État et de la ville. Et nous sommes prêt-es à nous mobiliser pour la fête du Travail, avec le maire Johnson à nos côtés. Il n’y aura pas de collaboration entre la police de Chicago et les agents de l’ICE. Et c’est bien pour cela, selon nous, que l’administration Trump veut déployer l’armée : parce qu’elle sait qu’elle ne peut plus mener de telles opérations sans la collaboration de la police de Chicago. Cette fois-ci, il veut envoyer l’armée. Nous allons continuer à résister. Nous allons continuer à faire en sorte qu’il n’y ait aucune collaboration avec la police de Chicago.

Mais plus que tout, nous voulons assurer une mobilisation massive dans notre ville pour nous protéger mutuellement, protéger nos voisin-es. Je me réjouis que le maire Johnson se joigne aujourd’hui au lancement du mouvement de la fête du Travail pour défendre notre ville. Chicago est une ville ouvrière, une ville syndicale. Et nous allons rejoindre Los Angeles et Washington dans la lutte contre le fascisme. Et nous savons que nous allons vaincre le Project 2025 ici à Chicago. Nous sommes prêt-es, comme l’a dit ma sœur, Stacy Davis Gates, à un véritable effort pour reconstruire notre pays. Les Américain-es sont courageux. Les Américain-es ne se laisseront pas gouverner par des rois ou des dictateurs. Et ici, à Chicago, nous montrons et nous allons montrer la force du mouvement ouvrier, aux côtés des leaders religieux et de nos communautés immigrantes. Le dictateur a uni notre ville, et nous sommes prêt-es à relever le défi, car nous devons vaincre le fascisme. Le président Fred Hampton l’a dit clairement : si nous ne vainquons pas le fascisme, le fascisme finira par nous écraser tous et toutes. Alors, ici à Chicago, la terre de Fred Hampton, la terre du mouvement ouvrier, nous disons à Trump : nous n’avons pas peur. Nous ne serons pas intimidé-es. Et nous ne nous soumettrons pas à un dictateur.

AMY GOODMAN : Nous parlons avec Byron Sigcho-Lopez, conseiller municipal de Chicago.

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