Édition du 16 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Le Bilan du gouvernement de la CAQ

Nous publions ci-dessous une intervention d’Haroun Bouazzi, député de Maurice-Richard à l’Assemblée nationale qui fait le bilan du gouvernement de la CAQ pour défendre la motion suivante : « Que l’Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ pour son bilan sur les questions sociales, sociétales et climatiques. »

Texte établi par le Secrétariat de l’Assemblée nationale

M. Bouazzi : Merci, M. le Président. Très heureux de me lever devant vous pour défendre une motion qui va comme suit :

« Que l’Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ pour son bilan sur les questions sociales, sociétales et climatiques. »

Nous sommes à l’heure des bilans. Ça fait maintenant huit ans que la CAQ est au pouvoir, nous terminons le deuxième cycle de quatre ans et nous sommes invités aujourd’hui à réagir au discours de la première ministre. Et je pense qu’avant d’en arriver à l’avenir c’est le moment de faire le bilan, le bilan sur les questions sociales, sur les questions de classes, sur les services <publics, les bilans sur la question sociétale, l’égalité entre les hommes et les femmes, la lutte au racisme, la réconciliation avec les Premières Nations et le bilan sur la question climatique et la lutte aux changements climatiques. Alors, commençons et voyons à quoi ressemble ce bilan.

D’abord, une fois n’est pas coutume, M. le Président, je veux parler de pauvreté. Malheureusement, au sein de cette Assemblée, on ne parle que trop peu de pauvreté. Et les chiffres sont criants. Plus de 900 000 Québécoises et Québécois ont fait la file dans les banques alimentaires en une seule année, 900 000 personnes qui ont été atteintes dans leur dignité, qui préféreraient, bien sûr, aller ailleurs que faire la file pour des denrées alimentaires.

Les étudiants ont faim, M. le Président. 40 % des étudiants ont souffert de... au moins une fois d’insécurité alimentaire. 16 %, une personne sur six, a passé une journée au complet sans manger parce qu’elle n’avait pas d’argent. Les élèves ont faim, M. le Président. Un enfant sur cinq va dans nos écoles le ventre vide.

Les travailleuses et travailleurs qui travaillent à temps plein au salaire minimum, qui est une décision de ce gouvernement de le garder à 16,60 $, ne sont pas capables de vivre dignement. Le pacte social que nous avons est rompu avec les 200 000 personnes qui sont au salaire minimum, mais aussi avec les 800 000, si on compte toutes les personnes qui vivent en dessous de ce qui leur permettrait de vivre dignement. Imaginez des gens qui travaillent à temps plein et qui ne sont pas capables de subvenir à leurs besoins.

Une personne sur six au Québec souffre de précarité énergétique, c’est-à-dire qu’elle doit choisir entre se chauffer l’hiver, payer son loyer ou se déplacer, manger. Je ne sais pas si vous imaginez la détresse dans laquelle ces personnes-là sont. Et ça, c’est le bilan de ce gouvernement, une explosion du nombre de personnes en itinérance.

Et laissez-moi dire qu’il y a des phénomènes nouveaux qui sont apparus sous ce gouvernement. D’abord, les personnes qui font la file dans les banques alimentaires ne sont plus seulement les personnes qui sont sur l’aide sociale, mais nous voyons de plus en plus des travailleuses et travailleurs, des retraités, des étudiants qui font la file pour avoir des denrées alimentaires. Les personnes qui se retrouvent dans la rue ne sont pas seulement les personnes qui souffrent de dépendance, de toxicomanie ou de problèmes de santé mentale. C’était déjà un scandale qu’on ne soit pas capables de garder ces gens-là dans un endroit digne, mais maintenant la première raison pourquoi les gens se retrouvent dans la rue, c’est l’éviction d’un appartement. Et ça, c’est le bilan de ce gouvernement et c’est un bilan honteux, M. le Président.

Et, en parallèle, je tiens à dire qu’il n’y a pas... il n’y a jamais eu autant de milliardaires au Québec. Les 17 milliardaires au Québec accumulent 77 milliards de dollars. Ils ont augmenté leur richesse, tenez-vous bien, de 25 milliards de dollars l’année dernière seulement, alors que, pour qu’on puisse avoir, tous les Québécois et Québécoises qui ont un revenu qui leur permet de subvenir à leurs besoins minimaux, c’est-à-dire de payer... d’avoir un logement sécuritaire, décent, de pouvoir se nourrir, de pouvoir s’habiller et se déplacer... Ça ne veut même pas dire qu’on est sorti de la pauvreté, parce que la vie, c’est plus que les besoins de base. La vie, c’est plus que des besoins de base.

(...)

C’est très bien, je m’adresse à vous, ne vous inquiétez pas, M. le Président. La pauvreté... la pauvreté est un sujet important, et j’espère, effectivement, que ce n’est pas un sujet de moquerie. La situation empire année après année. Pour subvenir aux besoins essentiels des Québécois, du 20 % le moins nanti, pour qu’ils puissent se loger, se nourrir, s’habiller, se déplacer, il manque seulement 3,5 milliards de dollars. Je rappelle que la richesse de 17 milliardaires au Québec a augmenté, en une année, de 25 milliards de dollars. Mais c’est quand que commence la honte, en fait, d’accepter que nos concitoyennes et concitoyens ont du mal à se chauffer, à se loger, qu’ils se retrouvent dans la rue, qu’ils font la file dans les banques alimentaires ou que leurs enfants vont le ventre vide dans nos écoles ? C’est quand ? Et on se gargarise... Moi, j’ai déjà eu des échanges avec le ministre des Finances, qui est très heureux qu’il y ait autant de milliardaires. Il en voudrait plus. Mais il serait largement temps que, plutôt qu’accumuler l’argent tout en haut de la pyramide, on s’assure que les personnes en bas de la pyramide puissent vivre dignement, et ça, ça inclut les gens qui travaillent à temps plein.

Parlons des travailleuses, des travailleurs. Quel est le bilan de ce gouvernement ? Dans un moment où le coût de la vie augmente année après année, explose dans l’épicerie, pour se loger, bien, il affaiblit le droit de grève, il affaiblit les syndicats en affaiblissant leur prise de parole publique, quand il y a des lobbyistes, des multinationales étrangères qui n’arrêtent pas d’avoir les oreilles de nos élus, qui nous écrivent, qui viennent nous voir, qui dépensent des millions dans des exercices de communication publique. Et, dans ces moments-là, on se retrouve, donc, à avoir les boss, qui, eux, viennent lobbyer, et, de l’autre côté, les représentants des travailleuses et travailleurs qui vont prendre la parole une main derrière le dos. C’est ça, le bilan de la CAQ, c’est un gouvernement qui n’est pas là pour les travailleuses et travailleurs. Il est là du côté des boss et des milliardaires, M. le Président.

Sur la question sociale, toujours, on a parlé de pauvreté, on a parlé de travailleuses et travailleurs. Laissez-moi vous parler des services publics. Quel est le principal capital des Québécoises et Québécois ? C’est le patrimoine de ceux qui n’ont pas de patrimoine, une école, un hôpital, des routes, un transport en commun. C’est ça, notre richesse commune, M. le Président. Le bilan est désastreux, désastreux. D’abord, évidemment, ces services-là sont rendus par des fonctionnaires qui travaillent fort, qui devraient être respectés, mieux payés, dont les conditions de travail, ils doivent être capables de les garder.

Je rappelle, M. le Président, que, cette année, plus de 10 000 enseignants dans nos écoles sont légalement non qualifiés, 10 000. Et je ne parle même pas du nombre d’écoles qui ne sont pas capables d’avoir tous les enseignants dont nous avons besoin. Je rappelle aussi... je rappelle aussi qu’il y a un exode des infirmières et infirmiers, qu’en 2024, sur 100 infirmières qui ont... qui ont été diplômées, il y en a plus d’une quarantaine qui ont quitté le réseau. Et je ne parle même pas des personnes qui sont mortes dans les salles d’attente des urgences parce qu’après 10 heures on n’a jamais été capables de les voir et de leur offrir le service auquel ils ont droit. C’est ça, le bilan de la CAQ.

Les services publics, ce n’est pas juste des personnes, c’est aussi des infrastructures, et laissez-moi vous donner quelques chiffres, M. le Président. 57 % de nos écoles primaires et 61 % de nos écoles secondaires au Québec se trouvent en mauvais et en très mauvais état. 38 % de nos 594 bâtiments hospitaliers sont considérés, depuis 2026, en mauvais ou en très mauvais état. 13 % de nos routes sont jugées en mauvais état. Vous me direz, c’est rassurant. Pas du tout, parce que 31 % sont en très mauvais état. C’est ça, une maison bien gérée ? C’est ça, respecter les services publics ? C’est ça, garantir un capital commun, un bien commun, qui sont les hôpitaux, les écoles et les routes ?

Et laissez-moi vous parler du transport en commun. Au-delà du fait qu’investir dans le transport en commun, garantir un transport en commun, c’est central, central pour pouvoir... avoir lutté contre la crise climatique, c’est aussi central pour les travailleuses et travailleurs, les gens qui travaillent fort, les gens qui se réveillent tôt, les infirmières, les enseignants, les cols bleus. Eh bien, l’argent dédié au maintien des actifs en transport en commun n’a pas bougé depuis 2013. Face à l’inflation qui se retrouve dans l’explosion des coûts de maintenance, par rapport à 2018, en dollars constants, on a divisé par deux, par deux, l’argent pour le maintien des actifs du transport en commun. C’est ça, le bilan de la CAQ. C’est des stations de métro qui coulent, c’est du métro qui ne vient pas, qui s’arrête en plein milieu, c’est des bus en moins. C’est ça, le bilan de la CAQ.

Ça fait que nous avons parlé de la question sociale, des infrastructures, des employés de l’État, de la pauvreté. Avant de passer à la question sociétale, laissez-moi vous parler quelques instants de la transformation numérique. Parce que, ça aussi, c’est un sacré bilan, M. le Président. Il y a eu le scandale, SAAQclic, plus de 1 milliard de dollars. Nous avons reçu, et je le rappelle ici, des documents où on nous cachait la vérité, où la SAAQ nous a caché la vérité, des documents ici, reçus à l’Assemblée nationale, et où le chef de cabinet, et ça, c’est dans le rapport Gallant, où le chef de cabinet, la ministre, a contribué dans des échanges à dire qu’il ne fallait pas qu’on sache le juste prix de SAAQclic. Il y a eu un exercice à quelques mois, à quelques mois des élections, pour que le coût soit divisé et que la première tranche du coût soit inférieure à 10 %, ce qui a permis de ne pas rendre publiques les premières explosions du coût de SAAQclic. Il y a une compagnie privée qui est arrivée et qui s’est trompée de 500 000 heures de travail, de 100 personnes à temps plein sur quatre ans. Ça, c’était sous leur supervision. Je vous avouerai, M. le Président, qu’après 15 ans dans l’industrie informatique, je n’ai pas, jamais, entendu parler d’une chose pareille. Et ça, c’est leur bilan.

Et laissez-moi vous dire que leur bilan n’est pas mieux. Il y a seulement une semaine, nous avons appris que, dans le système de santé, pour ce qui est des prises de rendez-vous, il y a eu une explosion de 600 % du coût initial. Pas seulement ça, une fois qu’on a eu le résultat, ils sont repartis en appel d’offres pour donner le contrat à une autre compagnie privée. Sur le DSN (Dossier Santé Numérique), plus de 100 millions d’augmentation sur le prix initial, seulement pour le projet pilote, et un coût de maintien évalué à 100 millions par an sur 10 ans, juste pour les deux centres, les deux CIUSSS qui ont impliqué l’installation du pilote. Et je pourrais vous parler de tous les autres projets, sur les garderies, les autres projets sur l’infonuagique. Ils ont promis, en 2019, une économie de 100 millions par an, de 100 millions par an. Au bout de trois ans, les économies allaient apparaître. 2019 plus trois, je suis sûr que mes collègues comprennent que ce n’est pas 2026 et que, jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas une cenne, une cenne qui est revenue de ce qu’ils ont planifié comme engagement. Aïe ! Aïe ! Aïe ! C’est ça, le bilan. Et pire encore, M. le Président, les données sont stockées où ? Pour une énorme partie d’entre elles, ces données-là sont stockées sur des... sur des nuages étrangers, des nuages américains, chez AWS Amazon, chez Azure de Microsoft, ou même pour Epic dans la santé, chez celui d’Epic, que des compagnies dont le « head office » est aux États-Unis et qui sont assujetties au CLOUD Act, qui permet à un gouvernement américain de pouvoir accéder aux données on ne peut plus confidentielles des Québécoises et Québécois, et que, si cela arrivait, on ne saurait absolument rien, que ce gouvernement ne serait jamais mis au courant. Toute une transition numérique, M. le Président.

Ça fait qu’après la question sociale, les services publics, allons à la question sociétale. Sur l’égalité des genres, M. le Président, l’égalité entre les hommes et les femmes, encore aujourd’hui, on attend qu’ils rendent gratuites les méthodes de contraception car, aujourd’hui, ce coût-là ne repose presque essentiellement que sur les femmes. On attend les places de garderie. Souvenez-vous, ils nous en avaient promis 50 000. Il reste aujourd’hui 35 000 enfants sur les listes d’attente, et nous savons que, pour chacun de ces enfants qui est sur une liste d’attente, en général, c’est la femme qui va rester à la maison. Sur les droits des personnes trans, rappelez-vous, M. le Président, un jour c’est : Il va falloir dire « madame, monsieur » pour les non-binaires, un jour, on a un débat, sérieusement, dans nos écoles, sur les toilettes mixtes. On n’est même pas capables d’avoir d’enseignants.

Et là je ne vous parle pas de la ribambelle de projets de loi qu’ils ont déposés, dont les conséquences directes sont la discrimination des musulmans, et spécifiquement des femmes musulmanes qui portent un foulard, qui sont aujourd’hui exclues de leur métier en matière de CPE, en matière de garderie, en matière d’enseignement, sans jamais avoir donné la moindre explication sérieuse. Comment est-ce qu’on enlève des droits fondamentaux à des citoyennes et citoyens, alors que la laïcité devrait venir les renforcer, alors que la laïcité garantit le droit à la liberté de conscience, le droit à l’égalité, le droit à une véritable neutralité ? C’est-à-dire qu’un gouvernement ne discrimine pas les gens en fonction de leur religion, ne favorise pas ou ne défavorise pas les gens en fonction de leur religion.

Il y a aussi la question du profilage racial, M. le Président. Nous savons toutes et tous, ici, et les rapports, entre autres, de la Commission des droits de la personne et la jeunesse, mais aussi de la Ligue de droits et libertés, qu’il y a un ensemble assez impressionnant d’études qui nous expliquent qu’il y a du profilage racial fait par la police, que les pratiques de la police font en sorte qu’un Noir, un Autochtone ou un Arabe ont 400 % plus de chances de se faire arrêter sans raison valable. Eh bien, ce gouvernement, après avoir perdu devant la cour, il est allé en Cour d’appel, et, après être allé en Cour d’appel, il est allé jusqu’à la Cour suprême pour défendre des pratiques, pas pour trouver une solution qui éviterait le profilage racial, pour défendre des pratiques dont les conséquences sont documentées et font en sorte que les Noirs, les Autochtones ou les Arabes se retrouvent à être des citoyens inférieurs aux autres face aux services de l’ordre.

Il y a aussi les questions des droits des peuples autochtones, M. le Président, et avouez que la liste est assez dramatique. Leur bilan est terrible. D’abord, ils... à chaque étape, ils se retrouvent devant la justice, dans un bras de fer avec les Premières Nations, plutôt qu’à coécrire et à collaborer avec eux. Rappelez-vous, M. le Président, qu’ils ont perdu en cour sur des questions d’exploitation de mines parce que la cour a décidé qu’ils n’avaient pas... qu’ils n’avaient pas consulté les Premières Nations de manière adéquate.

Rappelez-vous le projet de loi n° 97 sur les forêts, où, essentiellement, ce gouvernement visait à donner la gestion de 30 % des forêts publiques, c’est-à-dire 30 % des forêts, car plus de 90 % des forêts sont publiques au Québec, au privé, et c’est grâce à l’engagement des Premières Nations, qui sont allées jusqu’à bloquer les routes pour garantir leurs droits ancestraux, que ce gouvernement a reculé. C’est ça, la réconciliation ? C’est ça, la vérité ? C’est des pratiques coloniales. Voilà ce que c’est. Si on ne collabore pas avec les Premières Nations, si on ne coconstruit pas, tout ce qu’on fait, c’est qu’on reproduit des pratiques coloniales. Et c’est vraiment triste, M. le Président. C’est leur bilan, et il est triste, il est triste pour le Québec.

Et, enfin, il y a la question climatique. Alors, ça, c’est quelque chose. Donc, déjà, ils avaient des objectifs terriblement maigres en arrivant. Rappelez-vous, en 2018, en arrivant, ils n’avaient pas de plan. Ils se sont dit : Ah ! c’est peut-être intéressant pour les Québécois, on va... on va se donner des objectifs. Ils se sont donné un objectif qui est bien maigre par rapport aux objectifs de... du GIEC et qui dit : En 2030, on va baisser de 37,5 % nos GES. Pendant... À chaque année, ils venaient sans rire nous dire : Ah ! cette année, on est capables de savoir ce qu’il faut faire à 50 %. L’année d’après : Bien, vous voyez, ça avance, on sait ce qu’il faut faire à 55 %, l’année d’après à 60 %. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait, c’est ce qu’ils pensent qu’il faut faire. Bien, évidemment qu’une fois que la date s’approche, ils ont dit : Ah ! bien, on n’y arrive pas, on n’y arrive pas. Je ne sais pas si vous imaginez, M. le Président, la catastrophe qui nous attend. Et nous, on n’est même pas capables d’atteindre nos maigres objectifs de GES. Ils ont repoussé de cinq ans, jusqu’à 2035. Le GIEC, il nous dit que, pour les pays riches, il faudrait viser la carboneutralité en 2040 et avoir une carboneutralité mondiale en 2050. Si un pays riche comme nous n’est pas capable, alors que c’est nous qui polluons plus que tous les autres, je ne sais pas qui est capable.

Mais ce n’est pas tout, parce que, la crise climatique, on commence à la vivre partout. Il y a l’érosion des routes vers la Gaspésie. Il y a les crevettes qui disparaissent. Il y a les feux de forêt l’été. Il y a les maraîchers qui capotent, M. le Président, qui ne sont plus capables de gérer. Un jour, c’est des inondations, tout pourrit. Un jour, c’est tout sec. Ils n’ont pas de plan, ils n’ont pas de plan pour la résilience. Pas de plan pour atteindre les GES, pas de plan pour la résilience.

Le seul plan qu’ils avaient promis, c’est le plan du PGIRE. Donc, ça, c’est un plan qui va nous dire : Voici comment on va exploiter notre énergie pour pouvoir atteindre et baisser notre dépendance aux carburants fossiles. On est huit ans plus tard, sans rire, M. le Président, il n’est toujours pas là. Ils nous ont dit : Ne vous inquiétez pas, ce sera quelque part fin juin. Fin juin. La crise des crises. L’avenir des prochaines générations est en jeu. C’est ça, leur bilan ? On n’atteint pas les GES ? On n’a pas de plan pour sortir du pétrole ? On n’a pas de plan pour... de résilience ?

Alors, cerise sur le sundae, M. le Président, il y a un projet qui s’appelle Marinvest. Alors, ça, c’est un projet fantôme. Un jour il existe, un jour il n’existe pas. Il faut faire des demandes d’accès à l’information pour savoir qu’est-ce qui se passe avec ce projet, grâce à des demandes d’accès à l’information, parce que les Québécois ne sont pas au courant, ils ne sont pas au courant. Il serait temps de leur dire la vérité, M. le Président.

Il y a de la planification pour avoir un pipeline de gaz de schiste, une pratique interdite au Québec, pour l’envoyer vers la Côte-Nord, le liquéfier et l’envoyer ailleurs. Alors, d’un côté, on nous dit : Il n’y a pas de projet. De l’autre côté, le député de René-Lévesque, un moment d’inspiration, nous a dit : Oui, bien sûr, il y a beaucoup de retombées économiques. Il nous a même donné un nombre de milliards. Il nous a informés qu’il y avait un contrat signé entre Marinvest et des ports à Rotterdam, si je ne me trompe pas.

Grâce à des demandes d’accès à l’information, on sait que tout l’entourage de l’actuel premier ministre caquiste a rencontré les lobbyistes de Marinvest, mais il n’y a pas d’information. Sur le site... Allez voir le site, M. le Président, de Marinvest, c’est un site qu’un enfant de six ans aurait pu faire. Il y a deux, trois images faites en intelligence artificielle. On n’a aucune idée qui est derrière ça.

Et, tenez-vous bien, c’est un projet qui va être exactement égal en quantité de gaz que celui de GNL Québec, le même qui a été invalidé, le même où les analyses qui ont été mises de l’avant nous ont bien expliqué que ce gaz-là n’est pas une énergie de transition, c’est une accélération de la fin du monde. D’après les analyses de Nature Québec, qui sont les mêmes, hein, pour GNL Québec ou pour ce projet de loi là. À terme, pendant 30 ans, la durée de vie de ce projet, nous allons faire passer, donc, l’équivalent de 45 millions de tonnes de GES par année. Le Québec au complet en produit 79. Plus de la moitié de notre production de GES passerait par ce pipeline. Et quand je demande au ministre de l’Énergie : Pouvez-vous dire aux Québécoises et Québécois quel deal vous avez eu avec Marinvest, alors que lui-même, à la radio, quelques semaines avant, disait que c’était un bon projet ? Ah ! il ne l’a pas dit : Je ne suis pas au courant, alors qu’ils ont besoin d’électricité pour pouvoir faire ce qu’ils ont à faire.

Ça fait que ce gouvernement est à blâmer pour son... pour son bilan d’un point de vue social, et nous l’avons vu, sur la pauvreté, les services sociaux et l’infrastructure, d’un point de vue sociétal sur le droit des minorités, sur l’égalité entre les hommes et les femmes, sur la réconciliation avec les Premières Nations. Sur la question climatique, c’est terriblement irresponsable de leur part de ne pas être capable de faire le minimum du minimum pour essayer de garantir une planète viable à nos enfants et à nos petits enfants.

Et c’est quoi, la vision ? C’est quoi, la vision d’avenir ? Qu’est-ce qui est devant nous actuellement, au-delà de tout le bilan ? Ce qui est devant nous, c’est encore aujourd’hui un troisième lien, un troisième lien qui coûterait possiblement 10 milliards de dollars, une aberration d’un point de vue climatique, économique. Ce qui est encore devant nous, c’est un investissement incroyable, délirant dans l’armement. Rappelez vous, M. le Président, qu’il y a seulement deux ans, leur vision sur 30 ans, c’étaient les batteries. Bien, le 30 ans, il a duré 18 mois. Ça a été vraiment un court 30 ans, M. le Président. Northvolt, un fiasco total, total. Et là ils nous disent : Bon, après avoir dilapidé des milliards d’argent public... alors que le communautaire meurt de faim en ce moment, leur bilan, c’est dire : Ah ! bien, à partir de maintenant, tout a changé, nous allons nous enfoncer tête baissée dans le délire mondial de l’armement, des armes létales, des bombes. C’est ça, la vision ? C’est ça, la vision d’avenir ? Après huit ans de catastrophes, bien, alors plongeons le Québec pour un 30 ans où on va rentrer dans un... dans un délire mondial. Je ne sais pas comment le dire, M. le Président.

La diplomatie internationale ressemble à une cour d’école où chacun explique que son missile est plus gros que celui du voisin. Mais c’est... c’est terrible. Et nous, on s’est dit, notre vision d’avenir, ce n’est pas d’investir dans les éoliennes, ce n’est pas d’investir dans la transition énergétique. Ce n’est pas de s’assurer que nos services publics, que nos fonctionnaires soient bien payés. Ce n’est pas d’investir dans nos maraîchers, dans la production agricole qui respecte la planète, qui assure un avenir, qui assure une véritable autosuffisance, une souveraineté. Non, c’est d’inviter les milliards américains à venir s’investir ici, ceux-là mêmes qui veulent faire de nous un État américain, et d’acheter le matériel de l’armée américaine. C’est terriblement triste pour le Québec, M. le Président.

Heureusement, il est possible de faire autrement. Il est possible d’aller chercher l’argent là où il est, plutôt que de creuser les déficits, et de s’assurer qu’on élimine la pauvreté, qu’on ait des services publics de qualité, que les personnes âgées qui ont besoin de services à domicile y aient accès, que ceux qui doivent se déplacer en métro se trouvent devant un métro fiable, avec un ascenseur pour les personnes qui ont des handicaps. Il est possible de respecter la laïcité, le respect du fait français au Québec sans avoir à écraser les droits des minorités, et parmi elles les minorités religieuses ou linguistiques et surtout, je dirais, les droits des peuples autochtones.

Ça fait que, pour toutes ces raisons, M. le Président, j’invite mes collègues, et j’espère les avoir convaincus, à voter pour la motion qui blâme ce gouvernement pour son bilan sur les questions sociales, sociétales et climatiques. Merci, M. le Président.

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Haroun Bouazzi

Coprésident de l’Association des Musulmans et des Arabes pour la Laïcité au Québec

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