Édition du 26 mai 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Les droits et libertés

Nous sommes vraiment un peu Raif Badawi depuis le 9 janvier

Raif Badawi a été arrêté le 17 juin 2012, pour avoir tenu le blogue « Les libéraux saoudiens » sur Internet. Il y encourageait le pluralisme religieux, les débats politiques et demandait la création d’un État laïc ou les droits des femmes et la liberté d’expression seraient respectés.

Il a été condamné le 7 mai 2014 à 1000 coups de fouet, 10 ans de prison et une amende de plus de 250 000 $. C’est le 9 janvier 2015 qu’il a reçu ses 50 premiers coups de fouet. Ses partisans ont tenu 6 janvier à Sherbrooke, ou habite sa femme et ses trois enfants, une 106e vigile pour le soutenir. Une autre manifestation était aussi tenue à cette date à Vienne dans le vieux continent. Une cinquantaine de personnes se sont de plus rassemblées le 9 janvier devant l’ambassade d’Arabie Saoudite en Belgique pour manifester contre cette détention. Ni ces actions, ni les pétitions dont certaines dépassaient les 150 000 signatures n’ont entraîné sa libération.

Cela fait plus de cinq ans que la communauté internationale demande la libération de cet homme à qui le Parlement européen a décerné en octobre 2015 le Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. Comme cela n’est pas encore fait, il faut en tirer les conclusions qui s’imposent. Bien qu’ils aient les moyens d’agir, les dirigeants des régimes politiques dans lesquels nous vivons ne sont pas prêts à les utiliser pour demander le respect des droits de l’homme en Arabie saoudite. Le non-respect du droit de parole de ceux qui défendent Raif Badawi est donc évident depuis le 9 janvier.

Les gouvernements ne peuvent d’ailleurs plus invoquer une politique des petits pas dans ce domaine. Depuis le début de 2017, l’Arabie Saoudite accentue la répression des défenseurs des droits de l’homme. Le frère de Yussuf al Mushaikhass, qui a été condamnée à mort en janvier 2016 pour avoir été dans une manifestation, Ahmed al Mushaikhass qui est un des membres fondateurs du Centre Adala pour les droits humains, a été arrêté le 5 janvier et amené au commissariat d’al Dammam. Cet homme dont le frère pourrait être exécuté dans peu de temps aidait les personnes détenues à mieux se défendre contre leurs accusations. Un autre défenseur des droits de l’homme en Arabie Saoudite, Essam Koshak, a été convoqué pour un interrogatoire par le Département de police judiciaire (CID) à La Mecque le 8 janvier et été arrêté au commissariat d’al Mansour. Selon Amnesty International, il a été interrogé au sujet du compte Twitter qu’il utilisait pour défendre les droits humains. Un autre défenseur des droits de la personne et membre fondateur de l’Association saoudienne pour les droits civils et politiques (ACPRA), Abdulaziz al Shubaily, a été condamné à une peine de huit ans d’emprisonnement le 10 janvier par le Tribunal pénal spécial. Le seul crime qu’il ait commis est d’avoir défendu les droits de la personne et d’avoir fourni des informations à Amnesty International pour deux rapports qu’il préparait. L’ ACPRA n’existe d’ailleurs plus puisque tous ses membres sont en prison ou poursuivit en justice.

Le contrôle de la population est total. Selon le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, depuis l’arrivée du roi Salman, une nouvelle loi prévoit que l’athéisme est considéré comme une forme de terrorisme. Un parfait exemple de cette situation qui touche toutes les facettes de la vie dans ce pays a été révélé le 14 janvier. La plus haute autorité religieuse de l’Arabie Saoudite, le mufti Abdel Aziz al-Cheikh, affirmait en public que le cinéma et les concerts constituaient un appel à la mixité entre les sexes et avaient le potentiel de corrompre la morale et de détruire les valeurs des Saoudiens. Ils doivent donc continuer à être interdits dans ce pays.

Amnistie internationale a beau lancer des campagnes de sensibilisation sur la liberté d’expression, elles n’auront que peu de prise sur les événements tant que les dirigeants politiques ne seront pas confrontés à leur abdication de leurs responsabilités face au respect des droits de l’homme. Dans le dossier de Raif Badawi, les politiciens se laissent acheter de la plus sordide façon par l’Arabie Saoudite et foulent au pied les valeurs les plus élémentaires.

Si quelqu’un est en mesure de comprendre le pouvoir politique du commerce, c’est bien la nouvelle ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland qui a remplacé Stéphane Dion à ce poste et qui était ministre du Commerce international. Quel que soit le côté par lequel on la prend, la décision d’Ottawa d’approuver la vente de blindés à l’Arabie saoudite est moralement indéfendable compte tenu des récents développements dans ce pays.

Michel Gourd

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