Édition du 9 juin 2026

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Québec

Un PQ au pouvoir perdrait le référendum

Le Parti québécois de Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP) va sans doute accéder au pouvoir le 5 octobre prochain, à moins d’un retournement des intentions de vote de dernière minute, fort improbable.

Il sera suivi de près par le Parti libéral de Charles Milliard. On ne peut exclure l’hypothèse d’un gouvernement péquiste minoritaire, surtout si l’on tient compte de la force actuelle du parti conservateur du Québec (14% d’intentions de vote, selon le dernier sondage Léger), ce qui devrait se traduire par un certain nombre de députés à l’Assemblée nationale. Dans ce tableau, Québec solidaire fait piètre figure avec ses 8%.

Par contre, lors du référendum promis par PSPP, une majorité d’électeurs et d’électrices va sans doute voter NON à l’indépendance. Depuis l’introduction de la stratégie référendaire par René Lévesque en 1974, laquelle consiste à séparer l’accès au pouvoir du Parti québécois de sa raison d’être, la souveraineté, le parti a perdu son pari de gagner une majorité d’électeurs à sa cause lors des référendums de mai 1980 et d’octobre 1995, quoique dans ce dernier cas, de peu. Une troisième défaite de l’option souverainiste en 2028 ou 2029 paraît probable, vu le déclin au moins apparent de « l’Option ». Bref, PSPP a toutes les chances de gagner ses élections mais aussi de perdre son référendum.

En dépit de la polémique parfois très vive et qui a entraîné bien des soubresauts politiques entre fédéralistes et indépendantistes depuis 1968, ces défaites paraissent indiquer, en dépit de l’adhésion d’une importante minorité de la population à l’idéal souverainiste, la persistance d’un vieux fond majoritaire canadien-français au sein de l’électorat. Le qualificatif de Québécois aujourd’hui couramment utilisé par les gens du Québec pour se désigner n’implique pas pourtant que ces derniers se voient comme exclusivement québécois au sens de citoyens et citoyennes du Québec. On discerne encore la vieille mentalité canadienne-française qui se profile sous ce terme.

Évidemment, dans le refus majoritaire d’appuyer l’indépendance entrent bien des appréhensions sociales et économiques causées par la crainte d’un conflit majeur et prolongé avec Ottawa en cas de victoire indépendantiste ; et ce d’autant plus que depuis 1981, le Parti québécois, comme la plupart des autres formations politiques représentées à l’Assemblée nationale, adhère au néolibéralisme et donc aux politiques qui en découlent : équilibre budgétaire à tout prix, même au prix de compressions douloureuses et lutte forcenée contre la dette, toujours présentée comme une menace majeure pour l’avenir du Québec. On note une nette coupure entre les attentes des gens sur le plan social et économique d’un côté, et l’orientation budgétaire restrictive, à divers degrés, de la classe politique de l’autre.

Mais conserver l’identité canadienne-française ne signifie toutefois pas adhérer au trudeauisme, avec son nationalisme canadien exalté et sa vision d’un Canada formé d’une mosaïque de minorités, dont les francophones. Il faudrait apporter bien des nuances à l’identité canadienne-française, qui vont d’un nationalisme proche de l’indépendance, à un nationalisme presque canadien. Donc, parmi les adhérents au nationalisme canadien-français il existe bien des divergences qui vont d’une augmentation marquée de l’autonomie du Québec au sein de la fédération au statu quoi constitutionnel. Les indépendantistes n’ont pas le monopole des divisions profondes, il y en a aussi chez les fédéralistes.

Mais les deux options n’en demeurent pas moins incompatibles. Lors du prochain et sans doute dernier référendum sur la question, le résultat sera décisif. La souveraineté-association ne se relèvera pas d’une éventuelle troisième défaite, en tout cas pas dans un avenir prévisible. Toutefois, le long débat indépendantisme-fédéralisme aura marqué l’histoire du Québec et s’incrustera dans la mémoire collective pour longtemps. Et puis, sait-on jamais, il ressurgira peut-être beaucoup plus tard, à un moment inattendu. Les retournements de l’histoire...

Jean-François Delisle
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