Édition du 21 juin 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Économie

Parlons commerce mondial, parlons souveraineté alimentaire

Alors que se tient du 12 au 15 juin la douzième réunion ministérielle de l’OMC à Genève, la Confédération paysanne, aux côtés de La Via Campesina, d’ECVC et d’Uniterre, sera mobilisée le 11 juin à Genève pour demander l’abandon des règles du commerce international et de l’OMC pour permettre la construction de la souveraineté alimentaire partout dans le monde.

Tiré du blogue de l’auteur.

Un choc géopolitique avec la guerre en Ukraine et tout le système alimentaire mondial se met à vaciller. Encore aucune conséquence sur les disponibilités physiques immédiates et les prix des denrées alimentaires s’envolent sous l’effet de la spéculation et de la logique libérale.

D’un côté, face à l’envolée des cours mondiaux des céréales, aucun contrôle des prix n’est réalisé, aucun contrôle en vue des profits faits sur les guerres, les catastrophes climatiques, les pandémies ou les crises. Fait surprenant face au premier facteur d’insécurité alimentaire, qu’est l’inaccessibilité économique des populations, bien trop peu de voix s’élèvent pour remettre en cause le fonctionnement libéral des marchés mondialisés et la guerre commerciale généralisée qui bénéficie à quelques profiteurs et précarise des populations entières. On subit les baisses et les hausses des cours mondiaux, comme si elles étaient des fatalités qui s’abattraient sur nous. Et on crie à la famine sans s’attaquer à ses causes.

De l’autre côté, l’expression « souveraineté alimentaire » est dévoyée à toutes les sauces, de préférence productivistes et impérialistes. Or, il est urgent de rappeler que ce concept de souveraineté alimentaire a été porté comme une alternative au modèle néolibéral dominant dans les années 1990 par La Via Campesina, mouvement mondial paysan dont la Confédération paysanne est membre fondatrice. Rien à voir avec le dogme du « produire plus » qui cherche seulement à gagner des parts de marché à l’export.

Pas de souveraineté alimentaire sans remise en cause du logiciel libéral

La souveraineté alimentaire est un horizon pour tous les peuples du monde. Les pays aujourd’hui structurellement importateurs ont leur mot à dire sur l’alimentation qu’ils souhaitent produire et consommer. Pas question pour les pays riches de s’affirmer comme les sauveurs du monde et comme rempart à la faim alors qu’ils ont eux-mêmes mis en place et profitent de ce système économique inéquitable, depuis bien longtemps.

Pas question de continuer à subir des règles criminelles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) qui interdisent la constitution de stocks publics, pourtant cruciaux en situation de pénurie et utiles pour réguler les marchés en cas d’aléas climatiques, géopolitiques ou sanitaires. La libéralisation des marchés prônée par l’OMC détruit les possibilités de développement de filières locales dans les pays du Sud, d’autant plus que les productions des pays du Nord sont fortement subventionnées à l’export. Ce système productiviste et capitaliste est également dépendant de l’énergie fossile et contribue à l’aggravation du dérèglement climatique, facteur de crise supplémentaire pour les pays en développement, souvent en première ligne des conséquences du changement climatique. La dépendance des pays en développement à l’égard de leur approvisionnement alimentaire perpétue une relation néocoloniale au profit des pays du Nord, qui ne se privent d’ailleurs pas pour accaparer et exploiter les ressources naturelles de ces mêmes pays.

Le néolibéralisme construit le terreau de crises majeures dans le secteur agricole et alimentaire. A coup de règles de l’OMC et d’accords de libre-échange qui sapent les acquis sociaux et environnementaux des peuples du monde, et en première ligne les droits paysans, et instaurent une course aux prix bas délétère sur le plan économique et territorial, le système alimentaire mondial prend une direction dangereuse et suicidaire. Nous ne pouvons déléguer notre alimentation, ni ici, ni ailleurs.

Il est urgent de reconstituer des stocks stratégiques et transparents dignes de ce nom, d’interdire tous les mouvements spéculatifs sur les denrées alimentaires, de protéger économiquement les agriculteurs et agricultrices du monde entier, de réguler les marchés internationaux pour l’intérêt général et de mettre en œuvre des politiques publiques agricoles à travers le monde de soutien et de développement de l’agriculture paysanne. Les règles du commerce international et de l’OMC doivent être abandonnées immédiatement pour permettre la construction de la souveraineté alimentaire partout dans le monde.

Permettons aux peuples de construire leur souveraineté alimentaire

Face au risque d’explosion de la faim dans le monde, le contrôle des prix des céréales est une nécessité sur le plan de l’accessibilité économique, le coup d’arrêt définitif à l’artificialisation et l’accaparement des terres agricoles et l’arrêt des cultures alimentaires dédiées à la méthanisation et les agrocarburants des évidences sur le plan de la disponibilité physique de denrées alimentaires.

Améliorer l’autonomie des systèmes alimentaires locaux, partout dans le monde, s’affranchir progressivement des intrants chimiques, garantir l’accès aux moyens de production pour l’agriculture paysanne (semences, eau…) et préserver les terres agricoles sont des clés pour notre alimentation de demain.

La réussite des projets de souveraineté alimentaire passera par l’expression démocratique des peuples pour décider de son alimentation et des questions correspondantes : qui, quoi, comment et pour qui ? Des questions déjà posées fortement lors du démontage du MacDo de Millau en 1999 par la Confédération paysanne qui sont malheureusement encore d’actualité.

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