Édition du 1er septembre 2026

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Passer du capitalisme au partage

La cause de l’actuelle crise écologique, s’il fallait la réduire à sa plus simple expression, serait sans doute l’absence de partage ; de partage des ressources, des connaissances et des savoirs, mais surtout du pouvoir. Aborder les questions environnementales sans considérer cette importante réalité nous oblige à demeurer à la surface des choses, nous empêchant de nous attaquer en profondeur aux graves problèmes auxquels nous devons faire face de façon pressante.

(Ce texte a d’abord été publié dans l’édition du mois d’août du journal Ski-se-Dit.)

Des incendies détruiront encore cette année une vaste partie des forêts canadiennes ; de nombreux pays européens étouffaient sous la chaleur le mois dernier ; la qualité de l’air, de l’eau et des sols continuent de se dégrader à l’échelle de la planète ; et la biodiversité diminue à un rythme alarmant. Ces régressions ne sont pas sans causes. Elles sont liées au système économique mondial sans partage de production et de consommation, dont la croissance est mesurée par le produit intérieur brut (PIB) des nations, comme nous l’expliquait bien Yves Trudel dans le numéro de juillet. Elles sont liées, pour le dire crûment, au système capitaliste en place !

Vouloir réduire la consommation et le gaspillage de biens et d’énergies responsables de la destruction de notre environnement nous oblige à jeter un œil sur ce qu’est le capitalisme, sur son mode de fonctionnement et surtout sur ce qui lui permet de se maintenir en place.

Le capitalisme est un système basé sur l’individualisme et la concurrence, un système de luttes, de conflits et de guerres en vue du profit individuel. Il est fait de gagnants et de perdants, de gaspillages et de destructions de nos efforts et de nos ressources et ne sert les intérêts que d’une faible minorité de citoyens au détriment du grand nombre. Il se maintient en place en détruisant les solidarités et en empêchant l’émergence d’une véritable démocratie. (Toute autre définition du capitalisme relève, en mon sens, de la novlangue, du charabia ou du mensonge !)

Le capitalisme, en détruisant les solidarités et en empêchant l’émergence de véritables démocraties, détruit la possibilité même du partage, du partage des ressources, des connaissances et des savoirs.

Partage des ressources

Il serait malhonnête de parler de partage des ressources à l’échelle mondiale. Il s’agit bien plutôt de spoliation que de partage, les pays les plus puissants et les plus riches, en commençant par les États-Unis, utilisant tous les moyens disponibles et les institutions internationales sous leur contrôle pour accaparer des richesses des autres, à commencer par leurs richesses naturelles. Quand les mesures économiques et politiques ne suffisent plus, on a bien sûr recours aux mesures et interventions militaires directes ou indirectes. Cette réalité se vérifie aussi pour une bonne part aux niveaux national et local, avec les disparités économiques et la présence des lobbys.

Un plus juste partage des ressources à l’échelle internationale, nationale et locale entraînement vraisemblablement une diminution du gaspillage, tant par l’effet de solidarité qu’il nécessiterait que par la réduction du grand nombre de produits et gadgets inutiles, de l’obsolescence programmée d’une foule de produits et d’appareils, de la publicité, de la production et de la vente d’armes, de produits de luxe, etc.

Partage des connaissances

L’un des principaux freins en matière de lutte aux changements climatiques et atteintes à l’environnement est sans aucun doute le peu de place qu’on accorde à ces questions – pourtant existentielles – dans les médias d’information en général et dans les médias sociaux.

Cela tient à plusieurs facteurs dans le cas des médias d’information, de facteurs qui tiennent presque tous de l’emprise du capitalisme sur nos vies. Les médias d’information appartiennent d’abord presque tous à des intérêts privés et à des personnes riches et très riches, qui défendent bien sûr leurs intérêts individuels et pécuniaires dans d’autres secteurs d’activités – dans le domaine de l’extraction minière et pétrolière, dans les nouvelles technologies, etc. Puis ils dépendent en grande partie, pour leurs revenus, de la publicité, ce qui les amène aussi, c’est le moins qu’on puisse dire, à atténuer leurs propos ou à modifier le choix des nouvelles proposées à leurs lecteurs et auditeurs. La concentration des pouvoirs inhérents à nos systèmes de représentation rend également les journalistes dépendants de leurs sources limitées d’information officielles.

À cela s’ajoute bien sûr les médias sociaux, où la désinformation pure et simple, la mésinformation qui en découle et le rôle pervers des algorithmes et de l’intelligence artificielle (qui n’a rien d’intelligente et tout d’artificielle) viennent ajouter de la confusion et reléguer encore davantage aux oubliettes les questions environnementales.

Partage des savoirs

J’inclus dans cette forme de partage à la fois l’accès général à l’éducation et à une éducation poussée et de qualité ; et la diffusion, libre de brevets, des technologies et inventions nécessaires au bien-être de tous les citoyens de la planète (non en termes de produits de consommation, mais de connaissances).

D’une part, nos richesses les plus importantes – certaines sociétés nous l’ont démontré – demeurent l’instruction, les connaissances culturelles et sociales, et la solidarité et l’entraide. D’autre part, comme en ce qui concerne les richesses naturelles, nous devons mettre un terme à la spoliation des connaissances et du patrimoine des nombreuses collectivités de la planète par des multinationales de l’alimentation, pharmaceutiques et autres à l’aide de brevets.

Partage du pouvoir

Nous arrivons enfin au nœud du problème.

Le non-partage des ressources, des connaissances et des savoirs nous vient de ce qui nourrit le capitalisme, soit de l’absence de démocratie véritable, de ce que l’on appelle la démocratie directe, mais qui représente en fait tout simplement la démocratie. C’est à cette démocratie que nous devons aspirer de toutes nos forces, parce que c’est elle seule, contrairement à notre pseudo-démocratie « représentative  », qui est garante du partage le plus fondamental, celui qui détermine tous les autres, le partage du pouvoir.

La beauté de cette démocratie-là, la vraie, voyez-vous, c’est qu’en mettant tous les citoyens et citoyennes sur le même pied, en les regroupant tous, disons-le de façon figurative, autour d’une même table, pour débattre, décider, proposer et voter des lois qui les concernent, en partageant le pouvoir en somme, jusqu’à sa dissolution, ils développent de l’empathie et finissent par mettre en place une société égalitaire et pacifiste, fondée sur de meilleures relations humaines où l’être s’impose sur l’avoir, et en mesure de faire enfin face aux graves défis environnementaux et sociaux auxquels nous sommes actuellement confrontés.

Que faire ?

D’abord, prendre pleinement conscience de ces réalités pour agir en amont. Puis s’informer, lire, créer des liens, rencontrer d’autres gens qui luttent aussi en vue d’un monde plus écologique, plus juste, et unir nos forces aux leurs, partager avec eux et avec elles nos joies, nos triomphes, nos combats en vue de quelque chose d’aussi édifiant, en fin de compte, que notre bien-être collectif, et notre survie et la survie d’une foule d’autres êtres vivants sur la planète.

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Bruno Marquis

Bruno Marquis est un lecteur qui s’est impliqué dans plusieurs organismes voués à la protection de l’environnement, à la paix et à l’élimination de la pauvreté chez les enfants au cours des vingt dernières années. Il publie actuellement une chronique sur l’environnement dans le mensuel Ski-se-Dit. Il a aussi tenu régulièrement une chronique dans le webzine tolerance.ca.

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