Édition du 30 novembre 2021

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États-Unis

Pénurie de main-d’œuvre et montée de militantisme ouvrier aux États-Unis

Le rapport sur l’emploi du vendredi dernier du Département du travail américain a suscité un barrage de titres sombres dans les médias. Le New York Times a souligné la « faible » croissance de l’emploi. Ce quotidien est préoccupé par la « faible » croissance de l’emploi et par la perspective que « les défis d’embauche qui ont traversé les employeur.e.s pendant toute l’année ne seront pas résolus rapidement », et que « l’augmentation des salaires pourrait s’ajouter aux inquiétudes concernant l’inflation. » Pour CCN, c’était « encore une déception. » Et pour Bloomberg, « le rapport de septembre sur les emplois préoccupe, un deuxième mois de suite. »

13 octobre 2021 - The Guardian | Robert Reich, ancien Secrétaire du travail des E-U

Mais les médias ont omis de rapporter la grande histoire, qui est en fait une très bonne : les travailleurs et les travailleuses américain.e.s fléchissent leurs muscles pour la première fois depuis des décennies.

On pourrait dire que les travailleurs et les travailleuses ont déclaré une sorte de grève générale nationale jusqu’à ce qu’ils et elles obtiennent de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

Personne n’appelle cela évidemment une grève générale. Mais à sa manière désorganisée, c’est lié aux grèves organisées qui éclatent à travers le pays – équipes de télévision et de cinéma d’Hollywood, travailleurs et travailleuses de John Deere, grand fabricant de machines agricoles, mineurs de charbon de l’Alabama, travailleurs et travailleuses de Nabisco, de Kellogg, infirmières en Californie, travailleurs et travailleuses de la santé à Buffalo.

Organisé.e.s ou non-organisé.e.s, les travailleurs et les travailleuses américain.e.s disposent désormais d’un levier de négociation pour faire mieux. Après un an et demi de pandémie, il y a une demande refoulée des consommateurs et des consommatrices pour toutes sortes de biens et de services.

Mais les employeur.e.s ont du mal à combler les postes.
Le rapport sur l’emploi a montré le niveau record d’offres d’emploi. La part des personnes travaillant ou recherchant activement un emploi (le taux d’activité) est tombée à 61,6 %. La participation des personnes de l’âge 25 à 54 ans, période considérée privilégiée pour le travail. est également en baisse.

Au cours de la dernière année, les offres d’emploi ont augmenté de 62 %. Pourtant, l’embauche globale a diminué.

De quoi s’agit-il en réalité ?

Voici un autre indice : les Américain.e.s quittent leur emploi à un taux le plus élevé jamais enregistré. Le ministère du Travail a rapporté mardi que quelque 4,3 millions de personnes ont quitté leur emploi en août. Cela représente environ 2,9% de la main-d’œuvre – en hausse par rapport au précédent record, établi en avril, d’environ 4 millions de personnes qui ont quitté leur emploi.

Au total, environ quatre millions de travailleurs et de travailleuses américain.e.s quittent leur emploi chaque mois depuis le printemps.

Ces chiffres n’ont rien à voir avec l’épouvantail du Parti républicain, selon lequel les allocations de chômage supplémentaires découragent les gens de travailler. Rappel : les prestations supplémentaires se sont terminées le jour de la Fête du travail.

Les craintes renouvelées de la variante Delta de Covid peuvent jouer un certain rôle. Mais cela ne peut être le facteur le plus important. Maintenant que la plupart des adultes sont vacciné.e.s, les taux d’hospitalisations et de décès sont en baisse.

Mon opinion : les travailleurs et les travailleuses hésitent à reprendre ou à conserver leurs anciens emplois principalement parce qu’ils et elles sont épuisé.e.s.

Certain.e.s ont pris une retraite anticipée. D’autres ont trouvé d’autres moyens de joindre les deux bouts, plutôt que de rester dans des emplois qu’elles et ils détestent. Beaucoup ne veulent tout simplement pas retourner à des emplois de merde à bas salaire, à des emplois éreintants ou abrutissants.

Les médias et la plupart des économistes mesurent le succès de l’économie par le nombre d’emplois qu’elle crée, tout en oubliant la qualité de ces emplois. C’est un énorme oubli.

Il y a des années, lorsque j’étais secrétaire au Travail, j’ai continué à rencontrer des travailleurs et des travailleurs à travers le pays qui travaillaient à temps plein mais qui se plaignaient que leur travail était trop peu rémunéré et offrait peu d’avantages, ou qu’il était dangereux, ou qu’il exigeait des heures longues ou imprévisibles. Beaucoup ont déclaré que leurs employeur.e.s les traitaient mal, les harcelaient, ne les respectaient pas.

Depuis ce temps ces plaintes n’ont fait que s’amplifier, selon les sondages. Pour beaucoup, la pandémie a été la goutte d’eau. Les travailleurs et les travailleuses en ont marre, épuisé.e.s et délabré.e.s. À la suite de tant de problèmes, de maladies, et de décès au cours de l’année écoulée, elles et ils n’en veulent plus.

Afin d’attirer les travailleuses et les travailleurs, les employeur.e.s augmentent les salaires et offrent d’autres incitations. Les gains moyens ont augmenté de 19 cents l’heure en septembre et ont augmenté de plus de 1 $ l’heure – ou 4,6 % – par rapport à l’année dernière.

Mais clairement, cela ne suffit pas.

Les entreprises américaines veulent présenter cela comme une « pénurie de main-d’œuvre ». Tort. Ce qui se passe réellement doit être décrit plus précisément comme une pénurie de salaire vital, une pénurie de primes de risque, une pénurie de services de garde d’enfants, une pénurie de congés de maladie payés, une pénurie de soins de santé.

À moins que ces pénuries ne soient corrigées, de nombreux et de nombreuses Américain.e.s ne retourneront pas au travail de sitôt. Et selon moi, il est bien temps

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