Mais imaginez-vous que j’ai commencé par hésiter à accepter. Il y a tellement de personnes méritantes à Verdun. Quand Marc Donati, l’attaché de la députée Alejandra Zaga Mendez m’a parlé de la médaille, je croyais qu’il me demandait de suggérer des noms.
Enfin, je me suis dit qu’on ne refuse pas un tel cadeau ni un tel honneur. Et que, peut-être à travers moi, notre députée souhaitait mettre en évidence le milieu auquel j’appartiens, celui des personnes qu’on désigne maintenant comme des citoyennes et citoyens engagés. De fait, il m’arrive de dire : imaginons que toutes les personnes engagées bénévolement dans des organismes et des causes, le mouvement communautaire, la culture, l’environnement, la politique, etc., décidaient de s’en retirer d’un seul coup… Que deviendrait notre société ? Je sais, nous vivons des heures moroses. Et j’entends parfois dire : « À quoi ça sert de s’impliquer ? Regardons où nous sommes rendus. » Et des personnes sont parfois tentées de baisser les bras. Il ne le faut pas !
Alors, pour continuer à nous motiver, j’ai préparé une petite liste de progrès, de gains sociaux et politiques que nous avons obtenus grâce à l’action collective.
Je commence en 1940. Qu’avons-nous obtenu en 1940 ? Le droit de vote pour les femmes. Mais les Autochtones, elles et eux, ont dû attendre jusqu’en 1969, ce qui n’est pas très glorieux. Et les locataires jusqu’en 1970 aux élections municipales à Montréal.
Je saute aux années 1970 et 1980, des années turbulentes, à l’époque où les autorités municipales voulaient faire de Montréal une « ville moderne ». Pour cela, il fallait démolir le vieux pour le remplacer par du neuf. C’est ainsi qu’on a démoli des milliers de logements dans les quartiers ouvriers. Mais la bonne nouvelle, c’est que les locataires ne se sont pas laissé faire. Ils se sont organisés pour conserver et rénover leurs logements. C’est ce qui a entraîné l’émergence des coopératives d’habitation.
Un quartier se démarque, c’est Milton Parc où les résidant.e.s ont résisté pendant dix ans, alors qu’il était prévu de raser complètement le quartier. Malgré la démolition de 250 maisons pour faire place à La Cité, ils ont quand même réussi à conserver une grande partie de leurs logements. Aujourd’hui, le quartier compte 616 logements répartis entre 15 coopératives et six OBNL qui logent quelque 1 000 personnes. On a empêché des démolitions. Mais on a aussi empêché des constructions nuisibles. En mars, on a souligné le vingtième anniversaire de l’annulation du déménagement du casino au bassin Peel, aux portes de Pointe St-Charles, un projet de 1,2 MM $, dont 1 MM $ de fonds publics. Et quelques années plus tard, on a empêché la construction d’un stade sportif au même endroit. Il est maintenant prévu d’y construire 13 500 logements, dont un premier volet de 395 logements sans but lucratif à l’automne. D’autres logements sociaux et communautaires vont suivre. Qu’avons-nous obtenu encore ? La création de l’Office de consultation publique de Montréal.
Le réseau des CPE.
Rappelons-nous en outre l’hiver 2003 où, à l’initiative du Collectif Échec à la guerre, plus de200 000 personnes ont marché dans les rues de Montréal, à – 25 o , pour s’opposer à la participation du Canada à la guerre en Irak.
Quoi d’autre ? Les grèves étudiantes en 2012 qui ont mené à un changement de gouvernement et à l’abolition de la hausse de 75 % des frais de scolarité de 1 625 $ qui avait été annoncée. Et des pistes cyclables ! Montréal est fière aujourd’hui de se classer au premier rang en Amérique du Nord, oui au premier rang, pour ses infrastructures cyclables. Mais est-ce que celles-ci nous ont été offertes sur un plateau d’argent ? NON ! Il a fallu que Bob Silverman, le fondateur du Monde à bicyclette, et des centaines de cyclistes organisent un die in en 1976 en se couchant au milieu des rues pour réclamer plus de sécurité pour les cyclistes.
Et Montréal s’enorgueillit aussi d’être un chef de file en matière d’agriculture urbaine. Elle occupe le premier rang (encore !) parmi dix villes occidentales pour le nombre d’entreprises agricoles dans son territoire. Mais pensez-vous que celles-ci nous ont été offertes sur un plateau d’argent ? NON ! Il a fallu se servir du droit d’initiative pour organiser, en 2011, une pétition quia recueilli le plus grand nombre de signatures dans l’histoire, soit plus de 29 000 ! Celle-ci a conduit la Ville à structurer et à encadrer l’essor des pratiques agricoles dans la métropole.
Je pourrais continuer, par exemple avec l’implantation du recyclage et du compostage, encore une initiative citoyenne au début. Et j’ai dû oublier d’autres évènements, par exemple dans le domaine syndical.
Parfois, on me demande quel est mon fil conducteur, qu’est-ce qui m’anime ? C’est simple. Il y a peu de certitudes dans la vie, mais il y en a au moins une : quand on ne fait rien, il n’arrive rien. Quand on fait quelque chose, parfois on réussit !
En terminant, j’ajouterais que l’action citoyenne est une condition nécessaire, mais non suffisante pour obtenir les progrès que nous souhaitons. Pour cela, il faut aussi qu’il y ait des élu.e.s à notre écoute, et donc il faut voter. J’ai parlé de l’obtention du droit de vote au début. Mais aujourd’hui, le taux de participation aux élections diminue constamment, surtout chez la jeune génération. C’est un recul démocratique inquiétant. Alors, allons tous et toutes voter le 5 octobre !
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