Tiré du blogue de l’auteur.
Le 10 août 2026, cela fera un an que Betty, de son vrai nom Ibtissame Lachgar, 51 ans, est en détention. Condamnée à 30 mois de prison ferme pour « atteinte à l’islam » à la stupeur du monde entier comme en témoignent les nombreuses mobilisations demandant sa libération sur la plateforme freebetty.org.
Son « crime » ? Avoir publié sur les réseaux sociaux une photo d’elle portant un t-shirt arborant le slogan « Allah is lesbian », acte qualifié par la justice marocaine de « blasphème », alors qu’il s’agit d’un détournement d’un slogan féministe historique : « J’ai vu Dieu. Elle est noire, communiste et lesbienne » du mouvement Les Gouines rouges en 1971 pour rendre visibles les lesbiennes et affirmer leur droit à l’amour. Ce message, devenu un symbole mondial, est aussi repris par des mouvements comme Black Lives Matter et des artistes comme Hugues Aufray, pour inclure les minorités discriminées.
Au Maroc, l’article 267-5 du Code pénal permet de condamner jusqu’à cinq ans de prison quiconque porte atteinte à la religion musulmane par voie électronique, une disposition souvent utilisée pour museler les défenseur·euses des droits humains. Dans un pays où les droits des femmes et des LGBT+ sont quasi inexistants, Ibtissame Lachgar milite depuis des années. Elle avait déjà publié une photo du t-shirt « Allah is lesbian » en 2022 pour dénoncer l’exécution de deux lesbiennes en Iran, puis en mai 2025 pour pointer du doigt l’instrumentalisation patriarcale de la religion.
Re-publiée fin juillet 2025 sur X par un internaute « patriote » et sortie de son contexte (supprimée depuis), il se félicitera par la suite de l’arrestation de Betty. Quelques heures avant son arrestation, Betty dénonçait déjà les milliers de menaces de viol et de mort qu’elle recevait, majoritairement d’hommes fondés sur un « référentiel religieux », menaces ciblant encore aujourd’hui ses soutiens : avocates, proches, mais aussi les organisations de défense des droits humains comme l’AMDH (Association Marocaine des Droits Humains).
Psychologue clinicienne et criminologue, Betty a co-fondé le Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (M.A.L.I.) en 2009 qui lutte pour les droits des femmes, et des personnes LGBT+, la liberté de conscience et de culte, notamment la dépénalisation de l’homosexualité, de l’avortement et de l’athéisme, des actes passibles de 3 à 6 ans de prison au Maroc.
Ses actions spectaculaires mais non violentes, destinées à ouvrir le débat sur des questions de société, ont marqué les esprits : un pique-nique en plein ramadan mettant un coup de projecteur sur la loi 222 du Code pénal interdisant la rupture du jeûne en public, un « kiss-in » de quarante personnes en 2013 devant le Parlement de Rabat en soutien à deux adolescents poursuivis pour « atteinte à la pudeur » pour une photo de baiser publiée sur Facebook, la coloration des fontaines en rouge à Rabat pour dénoncer les violences et la condition des femmes.
Les images du kiss-in notamment ont fait le tour du monde et conduit le collectif à lancer une pétition pour l’abrogation de l’article 489 du Code pénal, affirmant que « pénaliser les relations homosexuelles entre adultes consentants, c’est méconnaître une réalité sociale et nier la dignité humaine ».
La situation des personnes LGBT+ au Maroc reste dramatique. L’article 489 punit les relations sexuelles entre personnes de même sexe de six mois à trois ans de prison. De même, avoir des relations sexuelles hors mariage, vivre en en couple sans être marié·es, avorter, ne pas croire en Dieu…
Aucune reconnaissance légale n’existe donc pour les couples de même sexe, ni pour le changement d’état civil des personnes transgenres. L’ONU appelle régulièrement le Maroc à réformer sa législation, mais les réformes, comme celles du code de la famille fin 2024, restent largement insuffisantes. En 2016, après l’attentat d’Orlando, Betty a cofondé Shams-France pour venir en aide aux jeunes LGBT+ maghrébins en France.
Human Rights Watch avait par ailleurs dénoncé une clémence de la justice marocaine qui entretient l’impunité des agresseurs homophobes, accentuant les crimes LGBTphobes. « Au Maroc, la victime paie le prix de son agression », avait dénoncé Betty dans le journal Le Monde le 12 avril 2016.
Invitée dans le monde entier, Betty a participé à des Marches des fiertés en Europe et à des manifestations avec le mouvement FEMEN pour le mariage homosexuel. Elle a instauré au Maroc la « Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie » le 17 mai. Parfois comparée aux FEMEN ou à Sinéad O’Connor pour son crâne rasé et leur courage, elle reste une activiste non violente défendant la liberté de conscience et le féminisme.
Mais son engagement ne se limite par aux actions publiques. À Rabat, elle hébergeait des personnes LGBT+ menacées, des migrants, et fournissait des pilules abortives à des femmes en détresse malgré l’interdiction totale de l’avortement. Elle a aussi aidé des dizaines de personnes transgenres à fuir le Maroc pour l’Europe, exposant sa propre liberté et sa vie.
Face à des accusations injustes de transphobie ou de soutiens proches de l’extrême-droite, son bilan est clair : elle a été la première à porter le drapeau trans au Maroc, milite depuis des décennies pour les droits des personnes transgenres et ses combats sont incontestablement progressistes. Elle dénonce elle-même le paradoxe d’attaquer une militante migrante, racisée, de culture musulmane et en situation de handicap. Comme le rappelle le Front Féministe International, Betty est une voix essentielle pour la défense des libertés individuelles, des droits sexuels et reproductifs et de la liberté de conscience. Une pétition #freebetty a réuni plus de 386 000 signatures demandant la grâce du roi Mohammed VI.
Malgré les appels d’Amnesty International, de la FIDH, de l’AMDH, du Front Féministe International et du PCF, toutes ces demandes de libération provisoire ont été à ce jour rejetées et la grâce royale sans suite, alors que son état de santé s’est gravement détérioré en détention.
En effet, les conclusions du rapport d’expertise établi par l’International Rehabilitation Council for Torture Victims (IRCT) rendues publiques le 10 juin 2026 sur sa situation médicale sont alarmantes. Elle souffre de douleurs chroniques atroces dans le bras gauche, séquelles d’un sarcome d’Ewing (cancer des os) diagnostiqué à l’âge de 20 ans.
Faute de soins adaptés, de prise en charge de la douleur et surtout de la pose d’une nouvelle prothèse humérale, opération qui n’est possible qu’à l’étranger, son état s’aggrave et elle risque l’amputation, voire des conséquences potentiellement mortelles. Toujours selon l’IRTC, les souffrances aiguës qu’elle endure et les conditions de détention (paracétamol pour toute médication, isolement prolongé, absence de matelas, seulement trois fois dix minutes de téléphone par semaine) constituent un traitement cruel, inhumain et dégradant et surtout, une torture au sens de la Convention des Nations Unies contre la torture.
À la veille du jour anniversaire de son incarcération le 10 août 2025, nous appelons à un rassemblement dimanche 9 août à 15h à Paris au Trocadéro Parvis des Droits de l’Homme, pour demander l’examen d’une grâce royale pour la libération immédiate de Betty Ibtissame Lachgar, l’accès en urgence aux soins spécialisés externes que son état de santé exige, le respect des obligations légales en matière de conditions de détention avec notamment un contact régulier avec ses proches, soit un traitement digne et une issue humanitaire à la hauteur du courage dont elle fait preuve dans les combats qu’elle mène.
Comité de soutien FreeBetty
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Sources et liens
L’état de santé d’Ibtissame Betty Lachgar au coeur d’une alerte internationale : les conclusions du rapport de l’IRCT rendues publiques, juin 2026, conférence de presse : https://fr.news.yahoo.com/maroc-soutiens-dibtissame-lachgar-inquiets-083358926.html
Actions du Front Féministe International : https://frontfeministeinternational.com/actions/
Pétition #freebetty : https://secure.avaaz.org/campaign/en/free_betty_loc/











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