2 septembre 2026
Cette réputation semble s’être maintenue en dépit du fait que les gestes, pendant longtemps n’ont pas suivi ses intrépides déclarations. C’est maintenant chose faite, bien tardivement, il faut l’admettre. Acculé par les initiatives intempestives de Trump et de ses conseillers, le premier ministre canadien n’a finalement eu d’autre choix que de réagir pour relever enfin le défi imposé par Trump et la guerre commerciale qu’il a imposé au Canada. ll a donc du riposter par des contre tarifs, bien mesurés pour essayer d’éviter une escalade dans la guerre commerciale avec les États-Unis. Il n’avait plus le choix, car il en allait carrément de l’indépendance économique du Canada, autrement dit, de son indépendance tout court.. Cela lui a valu un regain d’admiration de la part des pays européens. Leurs dirigeants voient en lui le chef de file de la résistance à l’impérialisme économique des États-Unis.
On peut affirmer que Trump et ses partisans ont fait un tort énorme, et peut-être irréparable, à la réputation américaine dans le monde. Ils auront aussi réussi l’exploit douteux d’éloigner leur plus proche allié.
Certains leaders gouvernementaux étrangers considèrent l’équipe Carney comme la garantie du maintien de la démocratie face à la poussée de l’impérialisme économique américain. En effet, Carney a adopté une attitude « chuchillienne » par rapport au leader de la puissance hégémonique de l’heure, ce qui le rend populaire non seulement à l’étranger, mais ici même. En effet, non seulement Carney ne pouvait-il plus accepter le moindre recul supplémentaire devant l’agressivité commerciale des États-Unis, mais il risquait de perdre l’appui de l’opinion canadienne et en particulier celle du Québec.
À l’étranger, on a longtemps le Canada comme une simple extension nordique des États-Unis, mais en plus mesquin. Le fait est que les motifs de désaccord entre les deux pays ne portaient le plus souvent que sur des litiges commerciaux. Rien de très grave en général. Là se révèle un Canada plus volontaire et déterminé que prévu. La réputation démocratique canadienne était bien établie (quoique la distance géographique conduisait souvent à la surfaire), mais il passait pour un pays conformiste et assez ennuyeux. Voilà que soudain, le pays qu’on voyait comme le chien de poche des États-Unis démontre un attachement plus vigoureux qu’on ne le croyait à son indépendance et à sa liberté de mouvement vis-à-vis de son immense voisin. Du jamais vu !
Cette attitude va-t-elle se maintenir ? Tout dépendra de l’évolution de la situation,en particulier de celle des rapports de force entre les parties en présence.
Les politiques trumpistes menacent la démocratie, mais les réactions dans le monde, et chez leurs alliés traditionnels en Europe montent de plus en plus, le Canada servant d’exemple, de source d’inspiration. Surtout, la guerre des tarifs américano-canadienne réveille l’opposition interne à l’administration Trump. La plus grande réussite de la réaction canadienne à l’endroit des mesures trumpistes réside peut-être là. Il faudra attendre les élections de mi-mandat en novembre pour voir si les démocrates réussiront une percée à la Chambre des représentants ou au Sénat. Si c’est le cas, on pourra peut-être entrevoir enfin la fin du cauchemar. L’opposition àTrump et à ses politiques brutales disposera de moyens concrets pour freiner la mégalomanie du président.
Le Canada aura joué un rôle majeur dans cette évolution.
Jean-François Delisle
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