Carney l’a dit « le monde a changé et ça ne reviendra jamais en arrière ». Trump a ouvert une nouvelle ère politique mondiale. Tous les partis politiques canadiens et québécois proposent de se serrer les coudes pour répondre aux menaces de l’augmentation des tarifs douaniers. Québec solidaire face à cette crise se rallie à l’ensemble des forces politiques et avance l’idée d’une « alliance entre l’État, les entreprises et les travailleurs ».
En période électorale quoi de mieux que d’appeler à un consensus et d’en être le porteur. La population se serre les coudes dans les périodes de crise et elle voit d’un bon œil ceux et celles qui avancent le partenariat au lieu de la chicane et ça permet d’engranger des votes… C’est une fausse piste. S’y aventurer ne permettra en aucune façon d’améliorer le sort de la majorité populaire.
Les solutions proposées ne sont pas à la hauteur des défis actuels.
Soutenir les entreprises à coups de milliards d’argent public pour les prochaines années, hausser les tarifs d’Hydro-Québec ou se contenter d’une politique d’achat public : voilà qui ne constitue en rien de réelles solutions. Face à la multiplication des crises et aux défis qu’elle pose à la majorité populaire, on ne peut se limiter à répondre aux demandes d’argent public des entreprises. C’est plutôt des mesures d’une tout autre nature, et d’une tout autre ampleur, que la situation exige.
Ce qui n’est pas dit
Ce qui n’est pas dit dans l’alliance proposée c’est que nous ne nous battons pas contre Trump, un élément imprévisible qui dirige le plus puissant pays au monde. Nous nous battons contre un système écocidaire, féminicidaire, fasciste et raciste. Nous nous battons contre le système capitaliste mondial. Trump est soutenu par les multimilliardaires de la Silicon Valley. Carney est appuyé par les compagnies pétrolières de l’Alberta. Le capital financier veut promouvoir l’industrie de l’armement au Canada. L’équipe Fréchette, la CAQ en fait, défend depuis le début de ses mandats et à l’instar de tous ses prédécesseurs : les entrepreneurs capitalistes québécois en particulier dans les secteurs de l’aluminium, de l’acier et du bois d’œuvre.
Et que font ces multinationales ? Prenons Amazon qui ferme son entrepôt au lieu de permettre la syndicalisation imitant ainsi Walmart. Netflix ne se soucie pas de nos artistes. Northvolt soutire des subventions mais sans remplir aucune condition. Les pétrolières continuent à engranger les profits sans baisser le coût de l’essence. Ce sont ces malfrats avec qui nous allons faire alliance ?
Nous devrions soutenir, riposter, bâtir avec les travailleuses des États-Unis qui se battent pour le droit à l’avortement, avec les syndicalistes de Minneapolis qui résistent physiquement à ICE, avec les travailleurs migrants qui luttent contre l’esclavage dans les champs de l’Estrie ou de la Californie.
Seulement faire alliance avec les entreprises québécoises y compris les petites et moyennes entreprises ? Parlons de Renaud-Bray qui ferme ses magasins pour éviter une syndicalisation. Métro qui fait des millions sur le ventre du monde et qui refuse de négocier avec les travailleurs et travailleuses en grève. Couche-Tard qui achète pour des milliards les dépanneurs et épiceries en Pologne, quant aux petites et moyennes entreprises : la restauration, le secteur du petit hébergement etc...ce sont les secteurs les moins bien payés, et les moins syndiqués.
Et Québec solidaire propose de faire alliance avec ces profiteurs en pensant pouvoir changer le monde et améliorer la situation du monde ordinaire ?
Nous devons faire alliance oui mais avec les groupes communautaires et le mouvement « le communautaire est à boutte », avec le mouvement des femmes et la Marche Mondiale des Femmes, avec les groupes écologistes qui se questionnent sur la généralisation des éoliennes privées sur les terres agricoles, avec les luttes des Autochtones contre les forestières et les entreprises minières qui envahissent leur territoire, avec les revendications des personnes âgées contre les fermetures des Résidences pour personnes âgées (RPA) et celles qui luttent contre les promoteurs immobiliers qui construisent des logements de luxe et participent aux augmentations de loyer, avec les mobilisations des jeunes et avec les syndicats qui se battent pour protéger les salaires et les conditions de travail des travailleurs et travailleuses, et également avec les personnes discriminées, itinérantes, handicapées et souffrantes.
Les centrales syndicales choisiront-elles de lutter contre ce système écocidaire et féminicidaire pratiqué tant par les grandes multinationales que par les entreprises ici même au Québec ?
Québec solidaire doit choisir de lutter contre ce système prédateur, écocidaire et patriarcal qui est au fondement de la détérioration des conditions de travail et de vie de la majorité populaire.
Il faut développer le prendre soin au lieu des profits, protéger nos acquis sociaux, nos garderies, nos écoles, nos hôpitaux publics, nos artistes pour créer un vrai monde meilleur pour toutes et tous. Prendre les milliards où ils sont et les partager socialement pour l’ensemble de la société.
Une alliance oui... mais avec toutes les organisations du camp populaire, pour défendre nos intérêts et notre avenir. QS doit retrouver son rôle de catalyseur.
Comité de rédaction de Presse-toi à gauche !
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