La ligne de démarcation entre les formations en présence s’observe avant tout sur le plan constitutionnel : la Coalition Avenir Québec (la CAQ), le Parti libéral et le Parti conservateur adhèrent au fédéralisme, alors que le Parti québécois (le PQ), qui mène dans les sondages, et Québec solidaire (QS) appuient le projet souverainiste. Mais cela sufit-il à les rapprocher ? Une alliance, même circonstancielle est-elle concevable entre eux ?
Québec solidaire se démarque sur bien des plans du Parti québécois. Il a été fondé en 2006 avant tout pour rompre avec le courant néolibéral, dominant chez la classe politique, y compris chez sa faction péquiste, sans qu’elle l’avoue ouvertement. Il s’agit donc là d’une importante ligne de fracture entre les deux formations. Elle risque donc de compromettre une éventuelle alliance entre les deux partis, même pour promouvoir l’indépendance. Les projets sociaux de ces deux formations diffèrent largement : en effet, Québec solidaire veut une souveraineté à gauche, pas seulement un État indépendant. Il veut construire une société différente, axée notamment sur une plus grande justice redistributive. À ce sujet. les différents gouvernements péquistes qui se sont succédé depuis le début des années 1980 à la tête de l’État québécois ont, pour l’essentiel, lamentablement failli sur ce plan et Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP) semble disposé à continuer dans cette voie.
Un rapprochement avec QS ne paraît pas le tenter. Lui et Ruba Ghazal sont aux antipodes l’un de l’autre sur les mesures socio-économiques à adopter. On peut même se demander si le chef péquiste ne tombera dans la démagogie là-dessus aux dépens de la seule autre formation indépendantiste dans le but de grappiller le plus de votes possible à celle-ci. On sait en effet, grâce à certains sondages, qu’une majorité d’électeurs et d’électrices solidaires sont susceptibles de changer d’avis d’ici le jour du scrutin. Songent-ils à rejoindre le parti de PSPP ? La question vaut d’être posée.
En tout état de cause, les relations entre le PQ et QS vont se révéler problématiques. Si le parti de gauche subit des pertes parlementaires importantes (ce qui est plausible, si on se fie aux sondages), la direction péquiste ne verra pas un grand intérêt à conclure une alliance avec le petit frère souverainiste. Ce dernier devra donc se reconstruire et se refaire une crédibilité, ce qui mobilisera une bonne partie de ses énergies. Quelle ligne de conduite adoptera-t-il alors vis-à-vis du principal porteur du projet indépendantiste ? Le problème de la discipline souverainiste se posera avec acuité pour lui et ses partisans.
En effet, la délégation parlementaire devra jongler avec deux options inconciliables : va-t-elle s’opposer aux mesures néolibérales péquistes tout en continuant à soutenir la souveraineté ou conditionnera-t-elle son soutien au renoncement par Plamondon à au moins une partie de ses politiques conservatrices ? Et comment la base électorale solidaire réagira-t-elle devant ces louvoiements ?
Quelle ligne de conduite choisiront les têtes dirigeantes solidaires ? La discipline souverainiste ou la fidélité aux principes sociaux, ou encore un mélange des deux dans des proportions variables au gré des circonstances ?
En tout état de cause, Québec solidaire ne pourra apparaître qu’à la traîne du Parti québécois sur la question nationale. Plamondon dispose de tous les atouts par rapport au petit parti de gauche.
Toutefois, ce dernier posséderait un meilleur rapport de force si son frère aîné formait un gouvernement minoritaire. Il serait alors en mesure de conditionner son appui à l’Asssemblée nationale au renoncement de certains projets controversés et peut-être, à l’adoption d’articles de son propre programme, qui sait ? Une manoeuvre légitime certes, mais qui pourrait indisposer sa frange la plus indépendantiste.
Cette hypothèse peut jouer dans les deux sens : un éventuel gouvernement Plamondon, minoritaire ou majoritaire, pour récolter le plus de votes possible en faveur du OUI, peut faire des concessions à différents groupes, mais sans renoncer pour autant à son orientation néolibérale fondamentale.
Vu la modeste audience de Québec solidaire et son orientation socialiste, l’appui qu’il accorde à la souveraineté le place dans une situation délicate, voire inconfortable. Il est trop tard à présent pour modifier sa position sur la question nationale. Mais il faudra en rediscuter après le référendum.
Jean-François Delisle
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