Par Brandon Johnston
Les enjeux géopolitiques du présent, les crises sociales et la crise écologique sont les terrains de jeux sur lesquels un futur projet pour notre société se jouent. Pour nos dirigeants, il semble que la seule solution pour résoudre ces crises est de miser davantage sur les politiques qui nous ont menés ici. L’atteinte aux droits civiques et des minorités, la militarisation de la société, la dépendance aux énergies fossiles, l’austérité et la privatisation de ce qu’il reste de nos services publics et la bouc-émisiarisation des immigrants sont les tendances qu’ils préconisent. Dans notre belle province, la CAQ, dans ces derniers mois de son mandat vise : la réduction des effectifs l’État en « skeleton crew » à la DOGE (PL.7), assurer les profits des plus grandes compagnies énergétiques et minières (PL.5), empêcher le port du voile aux employés scolaires (PL.94), d’éliminer le droit de grève pour certains (PL.14), le projet de (pseudo-) constitution par en haut et j’en passe. Cette trajectoire autoritaire et antisociale sera fort probablement continuée et augmentée par notre prochain gouvernement, car les crises ne seront pas atténuées d’ici là. Si nous nous fions aux sondages d’intentions de vote de Qc1251, le PQ formera probablement le prochain gouvernement.
Dans cette perspective d’un Québec dirigé par le PQ venu octobre 2026, leurs propositions et leurs intentions, qui sont déjà en partie élaborés depuis quelque temps, serviront d’indice pour le futur. Pour ceux qui suivent les changements idéologiques du parti, le Parti Québécois a subi ce qu’Alexandre Dumas appelle la « trumpisation ». Simplement, il s’agit de l’alignement idéologique du Parti avec celle du Parti Républicain sous Trump. Dans un projet d’indépendance, PSPP a dit clairement que « Nos intérêts au Québec sont alignés sur ceux des États-Unis »2 dans une conversation avec leDevoir sur les adhésions internationales d’un Québec indépendant. Cette admission de l’alignement avec les impérialistes en chef d’un Québec indépendant pose beaucoup de questions sur le rôle que jouera le Québec dans la vision du PQ. Comment avouer que le Québec sera « pacifique » s’il adhère au racket de protection de l’OTAN ? Comment un Québec, pénétré et asservit par le capital canado-américain, puisse réellement être souverain ? Ces questions ne sont pas abordées, c’est simplement la balance budgétaire du gouvernement qui les intéresse3.
La conjecture géopolitique du séparatisme Québécois et Albertain, l’annexion du Groenland et du Canada sont les enjeux principaux qui concernent immédiatement la question de souveraineté. Les gens comme PSPP croient que l’alignement avec les États-Unis servira de police d’assurance pour un Québec libre, mais ils ignorent que cet alignement avec les mouvements séparatistes du Canada par les États-Unis est une stratégie pour diviser (physiquement) la confédération en vue de l’annexion. De plus, ils font preuve d’une étroitesse de vision et ignorent les objectifs réels de la politique étrangère américaine. Les Américains ne respectent pas le droit de souveraineté, ils cherchent le contrôle exclusif des ressources de l’hémisphère de l’Amérique en plus de l’accès au passage du Nord-Ouest. Une indépendance du Québec et sont alignement avec les États-Unis servira directement les intérêts trumpistes.
Il devient clair que l’approche du PQ en matière de relations internationales en est un d’apaisement. Leur pari est de se rapprocher idéologiquement de Trump et de laisser la porte ouverte pour les intérêts américains dans l’économie québécoise4 afin de diminuer la « friction » qu’il aura entre le Québec et les États-Unis. C’est une approche qui ne fonctionnera pas. Présentement, l’Europe envisage cette solution avec le Groenland. Malgré les protestations de l’annexion certains gouvernements européens, les gouvernement danois et groenlandais essaient de trouver un accord pour permettre aux États-Unis d’augmenter leur présence sans annexion du territoire arctique5 (ce nouvel accord se fondera sur la modification de l’accord de 1951 et de 2004 qui permet déjà aux États-Unis l’utilisation du territoire Groenlandais). Tu ne donne pas long comme le doigt pour empêcher qu’ils prennent long comme le bras. Les Danois et Groenlandais essaient de défendre leur souveraineté en offrant un doigt : plus grand accès à leur territoire et à leurs installations militaires6, en conséquence ils se retrouveront avec une souveraineté qui manque un bras : soumission aux américains. Il n’est pas farfelu du voir un futur ou ce sera pareil pour le Québec. La stratégie du PQ est vouée à l’échec tout comme celui du Groenland. Comment est-ce que tu peux être souverain s’il y a d’une présence militaire étrangère sur ton territoire ? De la même manière, comment est-ce que le Québec peut être souverain s’il demande une adhésion à l’alliance militaire qui donne le droit aux États-Unis de brimer la souveraineté de ses membres ? Ce sont des questions légitimes qui sembles être absentes du discours souverainiste dominant.
Enfin, l’alignement avec les intérêts des États-Unis est une problématique qui nécessite plus de réflexion de la part des souverainistes du PQ. Je crains que leur vision d’indépendance nous réduise à simplement à changer la puissance à laquelle nous sommes rattachée au lieu de lutter contre l’asservissement. Loin de me prononcer sur une solution fédéraliste vs souverainiste, il faut penser à la stratégie qui permettra un futur plus libre et démocratique pour tous qui vivent sur notre territoire. Au moment présent, le futur de souveraineté du Québec ne dépend pas de son inclusion ou exclusion de la confédération7 mais des mœurs aux Sud de la Frontière. Il faut penser sérieusement de la place du Québec dans un monde de grandes puissances et comment bâtir une société sans oppression, qu’elle vient d’ailleurs ou d’ici.
Notes
1.Fournier, C. par P. J. (s. d.). Qc125 | Sondages et projections électorales. Consulté 4 février 2026, à l’adresse https://qc125.com/
2. Carabin, F. (2025, novembre 6). Le PQ ébauche la place d’un Québec souverain dans le monde. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/politique/quebec/931680/pq-ebauche-place-quebec-souverain-monde
3. Pilon-Larose, H. (2023, octobre 23). Budget de l’an 1 d’un Québec souverain : Un pays « essentiellement à coût nul » dès 2027, dit le PQ. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2023-10-23/budget-de-l-an-1-d-unquebec-souverain/un-pays-essentiellement-a-cout-nul-des-2027-dit-le-pq.php
4. Bergeron, P. (2026, janvier 25). Le PQ ne ferme pas la porte aux nouveaux gazoducs ou oléoducs. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2026-01-25/le-pq-ne-ferme-pas-la-porte-aux-nouveaux-gazoducs-ou-oleoducs.php
5. News, A. B. C. (s. d.). Rubio says technical talks with Denmark, Greenland officials over Arctic security have begun. ABC News. Consulté 4 février 2026, à l’adresse https://abcnews.go.com/US/wireStory/rubio-technical-talks-denmark-greenland-officials-arctic-security-129644099
6. U.S. Security Cooperation with Denmark. (s. d.). United States Department of State. Consulté 4 février 2026, à l’adresse https://www.state.gov/u-s-security-cooperation-with-denmark/
7.« D’après les scénarios envisagés par l’armée canadienne, en cas d’offensive depuis le sud, les forces américaines seraient en mesure de neutraliser les principales positions stratégiques canadiennes en moins d’une semaine, voire
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