On ne passait pas par quatre chemins à l’époque pour se débarrasser de ses adversaires politiques. Heureusement, il apparait que nous sommes rendus à un stade plus évolué de société – ou moins sanglant, disons. Il y a bien eu quelques ingestions non consensuelles de polonium ces dernières années que nous pourrions mettre sur le compte d’admirateurs du KGB de la défunte URSS. En revanche, dans les séries historiques, il y a toujours un mobile clair. Si parfois les intrigues sont complexes, on finit toujours par savoir quel est le maître et qui est son serviteur. Pour ses services, on recevra une nomination comme cardinal, une dot considérable, une union princière ou même une couronne et un empire. Comment conquérir le pouvoir et s’y maintenir, telle était la pensée machiavélienne.
Nous ne vivons pas exactement ni dans une République ni dans une monarchie et notre système économique s’est complexifié notablement, cependant, il demeure que de se demander à quoi sert une manœuvre politique permet souvent d’apercevoir qui sont les protagonistes. Ou pour le dire plus simplement : qui sert la CAQ ?
Cette semaine, le Premier ministre a officiellement quitté sa fonction. Il s’est permis de faire un bilan de ses accomplissements. En très peu de temps, plusieurs commentateurs y sont allés de leur liste des méfaits de Legault. Quand on y ajoute des chiffres, ces listes deviennent un peu affolantes, par exemple la filière Norvolt et tous les projets qui y sont associés qui dépassent le milliard. Au même moment, trois lois antisyndicales ont été adoptées, soit les projets 3, 7 et 9. Ce sont des attaques au droit d’association des travailleurs et des travailleuses, aux groupes communautaires qui défendent des droits collectifs et à la liberté de conscience et d’expression. Pendant que l’on honorait l’ancien Premier ministre sur toutes les tribunes, voilà ce dont les médias n’ont que peu parlé : le recul de nos droits. À la question, qui servent les journalistes, dans le cas de Quebecor, il n’y a pas de mystère.
Nous connaissons notre Borgia
Toute cette campagne de lois qui vont hypothéquer nos droits et libertés ne semble pas avoir de mobile : on ne saisit pas bien quelles seront les retombées immédiates pour le Premier ministre sortant, pas plus que pour ses successeurs. L’élection de Drainville pourrait finir de rachever la Coalition Avenir Québec et la faire disparaitre du paysage. Ils ne font pas de gains dans les sondages grâce à leur législature. Quel est donc le motif ? On dit souvent que les politiciens, surtout de droite, qu’ils servent le capital. Mais, c’est un peu une formule de marxiste qui a mal vieillie. Non, les politiciens servent leurs intérêts immédiats, ce ne sont pas des philosophes, encore moins des religieux. En l’occurrence, la raison principale, c’est généralement leur réélection. Pourtant, Legault quitte et plusieurs caquistes aussi. Est-on devant de la fixation idéologique : à bas les Wokes, à bas les progressistes ? Une vengeance personnelle contre quelque dirigeant syndical ? Mystère.
Paradoxalement, ce qui est en train de se voter va servir les compétiteurs du parti de Legault, soit le PQ, les conservateurs, ou, possiblement, les Libéraux. La CAQ construit les bases d’un système plus autoritaire pour céder le pouvoir à quelque d’autre. Il y a quelque chose là-dedans qui est profondément troublant. Machiavel, lui-même, en serait bouche bée, ou alors son verdict serait peut-être que la CAQ est une bande de poules sans tête. Le corps, bien que sans cerveau, continue sur sa lancée. J’imagine que l’on aura une partie de solution quand nous connaîtrons le prochain employeur de monsieur Legault. Pour l’instant, je pourrais jurer que le rêve de notre ancien PM est de se faire inviter sur le yacht de Bezos et qu’il fait des pieds et des mains pour montrer qu’il casse du syndicat, encore mieux qu’Amazon.
J’hésite maintenant à continuer parce que la question que je vais poser m’apparait plus cruelle, mais elle est nécessaire : quels maîtres sert la gauche ? Les groupes communautaires ont mené exemplairement la charge cette semaine avec leur campagne Le communautaire à boutte. QS les a appuyés et les a accueillis à l’Assemblée nationale. Le conseil central du Montréal métropolitain de la CSN s’active. Quelques cégeps ont des mandats de grève sociale. Alors, où en sont les étapes pour lancer une grève sociale, voire une grève générale illimitée ? Quelles sont les actions pour stopper l’érosion de nos droits ? Dans un moment de découragement, je peux avoir l’impression que nous nous sommes pris un coup de dague dans le côté, car où sont les mots d’ordre mobilisateurs venant de la bouche des directions des grandes centrales ? Puis je me rappelle : ces derniers ne sont pas nos maîtres et nous ne les servons pas. Nous sommes nos propres maîtres et c’est pourquoi la base doit, elle-même, se mobiliser et renforcer les rangs de ceux qui se battent sur le terrain. Ce combat n’est pas fini.
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