Édition du 27 septembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débats : quel soutien à la lutte du peuple ukrainien ?

Russie et Ukraine : L’internationalisme socialiste et la guerre en Ukraine

Si nous identifions les caractéristiques essentielles du fascisme comme étant le suprémacisme ethnique, l’autoritarisme extrême (rejet de la démocratie), l’hostilité au socialisme et au communisme, le conservatisme social (hostilité au féminisme et aux droits des LGBT+), le culte du chef et la propagation constante de mensonges, Poutine coche toutes les cases.

Inprecor no 697-698 mai-juillet 2022

Par Rohini Hensman

Comment les travailleurs du monde entier peuvent-ils se transformer d’une pléthore de groupes menant une multitude de luttes éparses pour leur survie et leur dignité en une force révolutionnaire capable de mettre fin au capitalisme, de gouverner la terre et de prendre en charge la production ? Ils ont d’innombrables tâches à accomplir, mais l’une des plus importantes est de surmonter les divisions entre eux résultant du suprémacisme ethnique et du nationalisme. Depuis les origines, les marxistes ont débattu de cette question, mais elle nous tourmente encore aujourd’hui. La guerre en Ukraine offre une bonne occasion de l’examiner de plus près.

Question nationale et coloniale

Le discours prononcé par Vladimir Poutine le 21 février 2022 n’était en aucun cas son premier maudissant V.I. Lénine, mais il s’agissait peut-être de son attaque la plus soutenue contre Lénine et les bolcheviks qui, selon lui, avaient créé l’État ukrainien « par la sécession, en arrachant des parties des territoires historiques » de la Russie. Il a poursuivi : «  Ce sont les idées de Lénine sur une structure étatique essentiellement confédérative et sur le droit des nations à l’autodétermination jusqu’à la sécession qui ont constitué les fondements de l’État soviétique : d’abord en 1922, elles ont été consacrées dans la Déclaration sur l’Union des républiques socialistes soviétiques, puis, après la mort de Lénine, dans la Constitution de l’URSS de 1924. (…)

« Pour en revenir à l’histoire de la question, je répéterai qu’en 1922, l’URSS a été formée sur le territoire de l’ancien Empire russe. Mais la vie elle-même a immédiatement montré qu’il était tout simplement impossible de maintenir un territoire aussi vaste et complexe, ni de le gouverner en se basant sur les principes amorphes, de facto confédéraux, proposés. Ils étaient complètement déconnectés de la réalité et de la tradition historique.

« Il est logique que la Terreur rouge et une transition rapide vers une dictature stalinienne, la domination de l’idéologie communiste et le monopole du parti communiste sur le pouvoir, les nationalisations et la planification de l’économie nationale – tout cela a transformé en pratique les principes déclarés mais inapplicables de l’État en une simple déclaration vide de sens, une formalité. En réalité, les Républiques de l’Union n’avaient aucun droit souverain, ils n’existaient tout simplement pas. Dans la pratique, un État strictement centralisé et totalement unitaire a été créé.

«  En fait, Staline a pleinement réalisé dans la pratique non pas les idées de Lénine, mais ses propres idées sur l’État. Mais il n’a pas apporté de modifications pertinentes dans les documents fondamentaux, dans la Constitution du pays, il n’a pas révisé formellement les principes léninistes proclamés lors de la construction de l’URSS. Oui, en apparence, cela ne semblait pas nécessaire – sous un régime totalitaire tout a fonctionné comme avant, et extérieurement, cela semblait beau, attrayant et même super-démocratique.

«  Et pourtant, il est dommage que les fantaisies odieuses et utopiques inspirées par la révolution, mais absolument destructrices pour tout pays normal, n’aient pas été rapidement expurgées des bases fondamentales, formellement légales, sur lesquelles tout notre État a été construit. Personne n’a pensé à l’avenir, comme cela a souvent été le cas dans notre pays auparavant. » (1)

La connaissance de Poutine de l’histoire de l’empire tsariste n’est pas parfaite : il semble ignorer que le premier État stable en Ukraine a été la Rus’ de Kyiv, établie par les Varègues scandinaves, qui se sont installés à Kiev à la fin du IXe siècle, l’apogée de sa prospérité se situant sous Volodymyr le Grand (980-1015), qui s’est converti au christianisme byzantin, et son fils Iaroslav le Sage. Son existence en tant qu’État est donc antérieure à la création de la grande principauté de Moscou, qui deviendra plus tard l’empire russe. Mais la Rus’ de Kyiv a été détruite par l’invasion des Hordes d’or de Gengis Batu Khan (petit-fils de Gengis Khan) au XIIIe siècle, et a ensuite été contestée, divisée et dominée par la Lituanie, la Pologne, l’Autriche et la Russie, jusqu’à ce que la majeure partie du territoire soit colonisée par la Russie en 1654. Néanmoins, la culture ukrainienne a connu un renouveau au XIXe siècle, au cours duquel les partis nationalistes et socialistes se sont développés à mesure que l’Ukraine était plus intégrée à l’empire tsariste en tant que fournisseur de blé et de matières premières telles que le charbon et le fer, et en tant que marché pour les produits manufacturés russes (2). La Crimée a été incorporée à l’empire encore plus tard, en 1783. Les Tatars de Crimée constituaient alors la majorité écrasante de la population.

Cependant, sa récapitulation de l’histoire post-révolutionnaire est relativement précise : l’Union soviétique a effectivement été établie sur le territoire de l’Empire russe ; après la guerre civile, Lénine voulait qu’elle soit une union volontaire entre des républiques socialistes soviétiques égales ; Staline a organisé une contre-révolution que Poutine approuve, mais il n’a pas réussi à nettoyer les fondements juridiques de l’État des « fantaisies odieuses et utopiques inspirées par la révolution ». Si Staline n’a pas réussi à le faire, c’est peut-être en partie, comme le commente Poutine, parce que « sous un régime totalitaire tout a fonctionné comme avant » ; mais une autre raison est qu’il se présentait comme le plus proche camarade de Lénine et son successeur légitime, et ne pouvait donc pas se permettre de contredire Lénine ouvertement.

Poutine nous a rendu service en soulevant la question nationale et coloniale de manière aussi intransigeante, et il vaut la peine d’y revenir pour l’examiner à nouveau. Mais, avant de le faire, un mot d’avertissement. Le débat marxiste sur la question nationale est confus et déroutant, et ce pour deux raisons principales :

• Alors que les colonies des puissances impérialistes d’Europe occidentale étaient principalement situées outre-mer, les empires mongol, est-européen et ottoman colonisaient des pays attenants, de sorte qu’il était facile de commettre l’erreur de brouiller la distinction entre l’empire et l’État. Si personne ne penserait que l’Inde fait partie de l’État britannique, lorsque Poutine considère l’Ukraine comme faisant partie de l’État russe, il n’est pas le seul, et ce n’est pas la première fois qu’il le fait. Déjà en avril 2005 il déplorait la désagrégation de l’Union soviétique, qu’il considérait comme la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle, car «  des dizaines de millions de nos concitoyens et compatriotes se sont retrouvés au-delà des frontières du territoire russe  » (3).

• Les termes « nation » et « nationalité » étaient utilisés pour désigner à la fois un pays entier colonisé par une puissance impériale et ce que nous appellerions aujourd’hui un groupe ethnique, ce dernier pouvant à son tour être fondé sur une communauté religieuse – par exemple les Juifs, qu’ils soient croyants ou non – ou sur une langue et une origine nationale, comme dans le cas des Tchèques, des Hongrois etc. Aujourd’hui encore, des termes tels que « ethnie » et « minorité ethnique » sont utilisés de manière confuse, car des personnes qui appartiennent au même groupe ethnique pour une raison (par exemple la religion) peuvent appartenir à des groupes ethniques différents pour une autre raison (par exemple la langue ou l’origine nationale). Pour mettre fin à cette confusion, je propose d’utiliser le terme « ethnicité » pour désigner toutes ces différences : les caractéristiques physiques telles que la couleur de la peau, l’origine nationale, la communauté linguistique, la communauté/secte religieuse (qu’il s’agisse de croyants ou non), la caste et la tribu. Je qualifierai la discrimination et la violence à l’encontre des personnes en raison de l’une de ces caractéristiques de « suprémacisme ethnique », dont le racisme est une sous-catégorie. Il devrait être évident que l’impérialisme présuppose le suprémacisme ethnique : la croyance que le peuple du pays subordonné est en quelque sorte inférieur au peuple de l’État étranger qui le domine.

Il y avait trois positions principales dans le débat. La première a été formulée par ceux qu’Éric Blanc qualifie de « socialistes frontaliers » de la périphérie de l’empire : notamment de Pologne, de la Lituanie, de la Lettonie, du Caucase et de l’Ukraine, ainsi que le Bund juif fermement antisioniste. Tous ces groupes visaient à lier la libération nationale et la lutte contre le suprémacisme ethnique à une orientation de lutte des classes. Par exemple, dans un environnement où de nombreux socialistes adoptaient une attitude ambivalente vis-à-vis de l’antisémitisme, le Bund appelait à une lutte commune des travailleurs juifs et chrétiens contre les pogroms antisémites et s’opposait aux efforts sionistes visant à utiliser les pogroms comme prétexte pour les diviser.

En 1900, Lénine a dénoncé les commentaires racistes de Plekhanov sur les Juifs, mais après un pogrom en 1902, Lénine lui-même a dénoncé l’affirmation du Bund selon laquelle l’antisémitisme avait pénétré la classe ouvrière, malgré le fait que les sociaux-démocrates d’Odessa avaient interdit l’adhésion des Juifs afin d’éviter de s’aliéner les travailleurs russes antisémites. Ce n’est qu’en 1903 que le parti ouvrier social-démocrate russe (POSDR) a adopté une résolution appelant à une lutte résolue contre les pogroms antisémites. Les socialistes frontaliers se sont également opposés au postulat selon lequel, après la révolution, l’État resterait centralisé et le russe continuerait d’être la langue officielle, comme dans l’empire tsariste (4).

Les Juifs ne sont pas le seul groupe ethnique à être confronté au racisme avant et après la révolution. Dans sa monographie sur Engels et les peuples « non-historiques », Roman Rosdolsky – principal théoricien du Parti communiste d’Ukraine occidentale (KPZU) et survivant du camp de concentration d’Auschwitz, où il a été incarcéré pour avoir aidé des Juifs (5) – développe une critique de la manière dont cette catégorie a été utilisée par Engels pendant les révolutions de 1848-49 pour désigner certains peuples d’Europe de l’Est comme contre-révolutionnaires par nature et voués à l’extinction. Rosdolsky cite un exemple similaire tiré de la révolution russe, lorsque, dans les villes d’Ukraine en 1918-1919, il n’était pas rare que les gardes rouges abattent les habitants qui parlaient ukrainien en public ou admettaient être Ukrainiens, parce que les membres russes ou russifiés du parti considéraient l’ukrainien comme une langue « contre-révolutionnaire ». Seule l’opposition énergique des dirigeants du parti, Lénine et Léon Trotsky, à une telle conduite a permis à la gauche ukrainienne de former une alliance avec les bolcheviks (6). Marko Bojcun décrit lui aussi les interactions complexes entre classe et ethnicité dans son livre The Workers’ Movement and the National Question in Ukraine 1897-1918 (7).

La position opposée a été défendue par Rosa Luxemburg, qui a fait partie d’une faction minoritaire de socialistes polonais opposés à l’indépendance. Elle critique le neuvième point du programme du POSDR – stipulant que le parti réclame une république démocratique dont la constitution garantirait, entre autres, «  que toutes les nationalités formant l’État ont le droit à l’autodétermination » – considérant que cela est « étranger à la position du socialisme marxiste ».Elle était d’accord avec le troisième point du programme (exigeant une large autonomie au niveau local et provincial dans les régions où sont concentrées les communautés ethniques minoritaires), avec le septième point (exigeant l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, de religion, de race ou de nationalité) et avec le huitième point (affirmant que les groupes ethniques minoritaires auraient le droit d’utiliser leur langue sur un pied d’égalité avec la langue de l’État dans le cadre des assemblées et dans toutes les fonctions étatiques et publiques). Mais après une longue exégèse historique, elle aborde son principal argument : «  Dans la société de classes, il n’y a pas de “nation” en tant qu’entité socio-politique homogène, en revanche, dans chaque nation, il y a des classes aux intérêts et aux “droits” antagonistes. (...)

«  Dans une société ainsi constituée il ne saurait être question d’une volonté collective et unitaire, de l’autodétermination de la “nation”. Les mouvements “nationaux” et les luttes pour des “intérêts nationaux” qu’on rencontre dans l’histoire des sociétés modernes sont en règle générale des mouvements de classe de la couche bourgeoise dirigeante qui, le cas échéant et jusqu’à un certain point, peut aussi représenter les intérêts d’autres couches populaires et ce, dans la mesure où elle protège en tant que “intérêts nationaux” des formes progressistes de développement historique et où la classe laborieuse n’est pas encore détachée de la masse du “peuple” conduite par la bourgeoisie, pour devenir une classe politique consciente et indépendante. (...)

«  La social-démocratie est le parti de classe du prolétariat. Sa tâche historique consiste à exprimer les intérêts de classe du prolétariat en même temps que les intérêts du développement révolutionnaires de la société capitaliste qui tendent vers la réalisation du socialisme. La social-démocratie a donc vocation, non pas à réaliser le droit des nations à l’autodétermination mais seulement le droit à l’autodétermination de la classe ouvrière exploitée et opprimée  » (8).

En d’autres termes, Luxemburg ne considérait pas que l’autodétermination nationale contribue de quelque manière que ce soit à l’autodétermination du prolétariat ou à la réalisation du socialisme. Ce n’est pas parce qu’elle soutenait l’oppression impérialiste ou qu’elle sous-estimait l’importance de la démocratie pour la classe ouvrière ; au contraire, déjà en 1900, dans son pamphlet Réforme ou Révolution, elle écrivait : « La démocratie est peut-être inutile, ou même gênante pour la bourgeoisie aujourd’hui ; pour la classe ouvrière, elle est nécessaire, voire indispensable.

« Elle est nécessaire, parce qu’elle crée les formes politiques (auto-administration, droit de vote, etc.) qui serviront au prolétariat de tremplin et de soutien dans sa lutte pour la transformation révolutionnaire de la société bourgeoise. Mais elle est aussi indispensable, parce que c’est seulement en luttant pour la démocratie et en exerçant ses droits que le prolétariat prendra conscience de ses intérêts de classe et de ses tâches historiques. » (9)

Lénine a commencé avec une position très similaire à celle de Luxemburg, mais, après 1905, il a commencé à se rapprocher de la position des socialistes frontaliers. Dans sa réponse à l’objection de Luxemburg au point 9 du programme, publiée en avril-juin 1914, il précise que le soutien à l’autodétermination nationale ne se fera que dans les cas où il existe des mouvements nationaux démocratiques bourgeois, et souligne qu’en «  Europe orientale et en Asie, l’époque des révolutions démocratiques bourgeoises n’a commencé qu’en 1905. Les révolutions en Russie, en Perse, en Turquie et en Chine, les guerres dans les Balkans, telle est la chaîne des événements mondiaux de notre époque, dans notre “Orient”. Et il faut être aveugle pour ne pas voir dans cette chaîne d’événements l’éveil de toute une série de mouvements nationaux démocratiques bourgeois ; de tendances à la formation d’États nationaux, homogènes et indépendants. C’est parce que la Russie et les pays voisins traversent cette époque, et uniquement pour cela, qu’il nous faut dans notre programme un paragraphe relatif au droit des nations à disposer d’elles-mêmes. » (10)

En octobre 1914, dans un discours prononcé à Zurich, il déclarait : « Ce que fut l’Irlande pour l’Angleterre, l’Ukraine l’est devenu pour la Russie : exploitée à l’extrême, sans rien recevoir en retour. Ainsi, autant les intérêts du prolétariat international en général que ceux du prolétariat russe en particulier, exigent que l’Ukraine reconquière son indépendance étatique qui seule lui permettra d’atteindre le développement culturel indispensable au prolétariat. » (11) Cependant, les bolcheviks n’ont pas développé ces idées en une stratégie cohérente pour les peuples opprimés de l’empire russe, ce qui a entraîné des problèmes évitables pendant la guerre civile, mais Lénine et Trotsky ont appris de leurs erreurs et, à la fin de 1919, se sont engagés en faveur d’une Ukraine soviétique libre et indépendante. Lénine était également influencé par le jeune bolchevik tatar Mirsaid Sultan-Galiev, qui soutenait que la révolution dans les pays impérialistes occidentaux ne pouvait réussir que si elle était liée aux révolutions dans leurs colonies à l’Est (12).

Par contraste avec la centralisation complète du pouvoir dans l’empire tsariste et la russification de ses colonies, une série de traités en 1920-21 a reconnu l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Finlande et la Pologne comme des États indépendants. La Biélorussie, l’Ukraine, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan devinrent des républiques socialistes soviétiques indépendantes. Dans les petites enclaves ethniques minoritaires, l’autonomie locale et régionale et le développement linguistique et culturel ont été encouragés.

Le 30 décembre 1922, le premier congrès des soviets de l’Union des républiques socialistes soviétiques a approuvé le traité sur la formation de l’Union des républiques socialistes soviétiques, qui incluait le droit à l’autodétermination jusqu’au droit de faire sécession (13).

Avant d’évaluer les positions dans ce débat, une autre clarification est nécessaire. Dans la deuxième partie sur « l’impérialisme » de son ouvrage Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt se lamente : « Que ce fut sous la forme nouvelle d’une nouvelle république ou sous celle d’une monarchie réformée, l’État avait hérité comme sa fonction suprême la protection de tous les habitants de son territoire sans considération de nationalité, et il était supposé fonctionner comme institution juridique la plus haute. Le drame de l’État-nation fut que la conscience nationale naissante du peuple vint interférer avec ces fonctions. Au nom de la volonté du peuple, l’État a été contraint de ne reconnaître pour citoyens que les “nationaux”, de ne garantir la pleine jouissance des droits civiques et politiques qu’à ceux qui appartenaient à la communauté nationale par droit d’origine et fait de naissance. Ce qui signifiait que l’État se transformait partiellement d’instrument de la loi en instrument de la nation. » (14)

« Nation » et « nationalité » signifient ici « groupe ethnique » et « ethnicité », et la distinction qu’Arendt établit est entre l’État en tant que garant de l’égalité devant la loi et l’État en tant qu’instrument du groupe ethnique dominant, qui peut refuser les pleins droits civiques et politiques aux autres groupes. C’est en effet inévitable si l’État est lié à une communauté ethnique particulière. Au mieux, les personnes issues d’ethnies subalternes deviennent des citoyens de seconde zone souffrant de discrimination et d’exclusion, au pire, elles peuvent être soumises au nettoyage ethnique ou au génocide. Il s’agirait, par définition, d’un État sans droits égaux pour tous, et par conséquent pas d’une république démocratique. L’union des travailleurs dans les luttes anticapitalistes se heurterait au même genre de problèmes que ceux rencontrés en Afrique du Sud sous l’apartheid. Bien sûr, le suprémacisme ethnique peut être endémique même dans une république démocratique, mais le fait de lui donner force de loi dans l’État le rend exponentiellement plus difficile à combattre.

Pour en revenir au débat, il est important de commencer par les positions que tous les participants partagent. Tous sont des marxistes internationalistes, qui savent que le capitalisme est mondial et ne peut être vaincu que par les travailleurs du monde entier. Ils sont également d’accord sur le fait que la classe ouvrière a besoin de la démocratie pour développer la capacité de mener à bien une transformation socialiste de la société, une position partagée par Marx et Engels si l’on procède à une analyse attentive de leurs écrits sur le sujet (15). Il est tout à fait clair que Luxemburg s’oppose à ce que l’État des nations opprimées soit lié à un groupe ethnique, mais, si nous lisons attentivement, il est clair que les socialistes des régions frontalières et Lénine aussi soutiennent que « l’autodétermination nationale » n’a de sens que lorsque le peuple d’un pays entier, dans toute sa diversité, lutte pour se libérer de l’oppression d’un État impérialiste. Ils sont tous d’accord pour dire que là où il y a des enclaves de communautés minoritaires, celles-ci devraient avoir une égalité juridique totale avec la communauté majoritaire, jouir de droits linguistiques et culturels, et des droits à l’autonomie locale et régionale conformément aux autres points du programme social-démocrate. Il y a donc une grande zone de chevauchement entre les trois partis.

Luxembourg a bien entendu raison de considérer le nationalisme comme une idéologie bourgeoise, qui affirme que tous les membres de la nation ont des intérêts communs – définis par la bourgeoisie – qui prédominent les intérêts des travailleurs de la nation communs avec les travailleurs d’autres pays. Ce qui distingue sa position des deux autres est son hypothèse selon laquelle les classes ouvrières des États impérialistes et des États colonisés peuvent s’unir dans la lutte contre le capitalisme sans déraciner l’impérialisme et établir l’indépendance des colonies. Elle ne se rend pas compte que le suprémacisme ethnique dans les pays impérialistes est trop souvent partagé non seulement par des sections de la classe ouvrière, mais même par des socialistes ou des communistes autoproclamés, et qu’il ne peut être remplacé par le respect du protagonisme et du potentiel révolutionnaire des peuples coloniaux que lorsqu’ils ont gagné leur liberté. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’indépendance nationale est donc une étape nécessaire sur la voie de l’internationalisme socialiste.

Ce débat révèle que le dépassement du nationalisme et du suprémacisme ethnique dans la classe ouvrière en vue de réaliser l’internationalisme socialiste n’est pas un simple procédé, en aucun cas. L’opposition à tous les impérialismes et le soutien aux luttes de libération nationale en sont une partie essentielle. La lutte contre le suprémacisme ethnique dans tous les pays impérialistes en est un corollaire évident. Mais qu’en est-il du nationalisme des peuples opprimés ? Il convient ici de tracer une ligne de démarcation entre les luttes visant à établir des démocraties inclusives dans les anciennes colonies, que les socialistes devraient soutenir parce qu’elles offrent les conditions dans lesquelles les travailleurs peuvent développer la capacité de mener à bien une transformation socialiste de la société, et les tentatives de certaines élites coloniales de monopoliser l’État au nom de leurs propres groupes ethniques après l’indépendance, que les socialistes ne devraient pas soutenir parce qu’elles créent d’énormes obstacles à la solidarité de la classe ouvrière, non seulement avec les travailleurs d’autres pays, mais même avec les travailleurs d’autres groupes ethniques dans leur propre pays. Ce qui rend les choses encore plus compliquées, c’est le fait que le nationalisme inclusif et le nationalisme ethnique sont souvent enchevêtrés (16). Rosdolsky a certainement raison lorsqu’il écrit que «  de même que le mouvement ouvrier ne peut être socialiste ou révolutionnaire de prime abord, de même il n’est pas internationaliste de naissance. (…) Bien loin “d’être par nature exempt de préjugés nationaux”, le prolétariat de chaque pays est obligé de mener une bataille harassante pour faire sienne l’attitude internationaliste que les intérêts généraux, historiques de sa classe exigent.  » (17) Ce qui rendait cette question particulièrement importante pour Rosdolsky – et qui reste tout aussi important pour nous aujourd’hui – c’est le potentiel du suprémacisme ethnique de devenir un fascisme lorsqu’il est combiné à l’autoritarisme.

De Staline à Poutine

Il y a eu un vaste débat marxiste sur la caractérisation de l’État et des relations de production en URSS sous Staline, mais beaucoup moins sur l’impérialisme et le racisme. Pourtant, c’était l’une des plus grandes préoccupations de Lénine lorsqu’il a écrit La question des nationalités ou de « l’autonomie », qui faisait partie de ce qu’on a appelé son Dernier testament. Après avoir exprimé son angoisse à l’idée qu’Orjonikidze, l’un des proches collaborateurs de Staline, ait frappé un communiste géorgien qui n’était pas d’accord avec les plans visant à mettre fin au statut indépendant de la Géorgie, il poursuit, «  il est tout à fait naturel que “la liberté de sortir de l’union” qui nous sert de justification, apparaisse comme une formule bureaucratique incapable de défendre les allogènes de Russie contre l’invasion du Russe authentique, du Grand-Russe, du chauvin, de ce gredin et de cet oppresseur (…). Je pense qu’un rôle fatal a été joué ici par la hâte de Staline et son goût pour l’administration, ainsi que par son irritation contre le fameux “social-nationalisme”. L’irritation joue généralement en politique un rôle des plus désastreux. (…)

«  Ici se pose une importante question de principe : Comment concevoir l’internationalisme ?

«  J’ai déjà écrit dans mes ouvrages sur la question nationale qu’il est tout à fait vain de poser dans l’abstrait la question du nationalisme en général. Il faut distinguer entre le nationalisme de la nation qui opprime et celui de la nation opprimée, entre le nationalisme d’une grande nation et celui d’une petite nation.

«  Par rapport au second nationalisme, nous, les nationaux d’une grande nation, nous nous rendons presque toujours coupables, à travers l’histoire, d’une infinité de violences, et même plus, nous commettons une infinité d’injustices et d’exactions sans nous en apercevoir. » [Il poursuit en citant les épithètes racistes par lesquelles on insulte les Ukrainiens, les Géorgiens et les non-Russes en général].

«  Et je crois qu’ici nous avons, en ce qui concerne la nation géorgienne, l’exemple typique du fait qu’une attitude vraiment prolétarienne exige que nous redoublions de prudence, de prévenance et d’accommodement. Le Géorgien [Staline] qui considère avec dédain ce côté de l’affaire, qui lance dédaigneusement des accusations de “social-nationalisme”, (alors qu’il est lui-même non seulement un vrai, un authentique “social-national”, mais encore un brutal argousin grand-russe), ce Géorgien-là porte en réalité atteinte à la solidarité prolétarienne de classe, car il n’est rien qui en retarde le développement et la consolidation comme l’injustice nationale  » (18)

La nécessité de se mobiliser contre les impérialistes de l’Ouest, qui défendent le monde capitaliste, est une chose. Il n’y a aucun doute à ce sujet et il serait superflu pour moi de dire que je l’approuve inconditionnellement. C’en est une autre lorsque nous tombons nous-mêmes… dans des attitudes impérialistes à l’égard des nationalités opprimées, sapant ainsi toute sincérité de nos principes, toute notre défense principielle de la lutte contre l’impérialisme. Mais le futur de l’histoire du monde verra le jour lorsque les peuples opprimés par l’impérialisme se réveilleront enfin et quand commencera la longue et dure lutte décisive pour leur libération.

Le dernier testament de Lénine, dicté alors qu’il souffrait des séquelles de deux attaques cérébrales, a été étouffé par Staline, ce qui n’est pas surprenant puisque, entre autres choses, il recommande la révocation de Staline comme secrétaire général. Ce qui en ressort, c’est (a) le souci de Lénine qu’il n’y ait aucune base pour des allégations de deux poids deux mesures dans la domination de l’Union soviétique sur ses propres colonies tout en préconisant la libération des colonies occidentales, et (b) sa véritable horreur du comportement impérialiste et raciste des Russes et des coloniaux russifiés comme Staline et Orjonikidze envers les non-Russes. Il utilise un terme mémorable – « chauvinisme grand-russe », qui, d’après le contexte, ressemble à la version russe du suprémacisme blanc – et renvoie à Staline l’étiquette qu’il utilise pour persécuter les socialistes des régions frontalières – « socialiste nationaliste », c’est-à-dire un nationaliste prétendant être socialiste – et l’accuse d’être une brute raciste (Grand-Russe).

Les appréhensions de Lénine étaient fondées. Après sa mort en janvier 1924 et un bref interrègne, Staline concentre le pouvoir absolu entre ses mains, extermine le reste de la direction bolchevique, écrase toute dissidence et lance des assauts génocidaires contre les peuples coloniaux de l’empire russe, russifiant une fois de plus leurs pays et les plaçant sous la domination de Moscou.

Les protocoles secrets du pacte Hitler-Staline, signés par Ribbentrop et Molotov le 23 août 1939, font effectivement de Staline un collaborateur des nazis, qui fournit aux nazis de la nourriture et des matières premières en échange du feu vert pour recoloniser la Finlande, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et une partie de la Pologne. Il n’a pris fin que lorsque Hitler l’a abrogé en envahissant l’Union soviétique le 22 juin 1941.

Les accords de Yalta d’après-guerre lui ont permis d’instaurer des régimes dominés par Moscou en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Roumanie, en Bulgarie, en Albanie et, plus tard, en Allemagne de l’Est. L’État totalitaire de Staline, qui dirigeait la Russie et ses colonies, se distinguait non seulement par son extrême brutalité, mais aussi par une guerre systématique contre la vérité, analogue à l’utilisation par les nazis du gros mensonge répété à l’infini (19).

Il y a dans tout cela une convergence indéniable avec le fascisme, comme le souligne Hannah Arendt dans Les origines du totalitarisme. En effet, Staline a commencé à collaborer avec les nazis avant même la signature du pacte Molotov-Ribbentrop, envoyant des centaines de communistes se faire incarcérer et tuer par les nazis tout en tuant lui-même des milliers d’entre eux (20). Snyder décrit comment Staline a couvert sa collaboration avec Hitler en prétendant que la « Grande guerre patriotique », comme il l’appelait, avait commencé en 1941, et a dissimulé le fait que les civils juifs – moins de 2 % de la population soviétique alors que les Russes en représentaient plus de la moitié – ont été tués en plus grand nombre que les civils russes, donnant ainsi l’impression que les Russes étaient les principales victimes des nazis. À partir de 1948, les Juifs soviétiques ont été dénoncés comme des « nationalistes juifs » et des « cosmopolites sans racines », rétrogradés, arrêtés, envoyés au Goulag, torturés et exécutés (21). En fait, les nazis parlaient des Ukrainiens en termes racistes, disant qu’ils devaient être traités comme des « Afrikaners » ou des « Nègres », par analogie avec les États-Unis ; pendant leur occupation, «  quelque 3,5 millions d’habitants de l’Ukraine soviétique – civils – ont été victimes de la politique d’extermination allemande entre 1941 et 1945. En plus de ces 3,5 millions, environ 3 millions d’Ukrainiens, habitants de l’Ukraine soviétique, sont morts en tant que soldats de l’Armée rouge ou indirectement à cause de la guerre  » (22). Ces chiffres ne comprennent pas les Ukrainiens – y compris les Juifs ukrainiens comme le grand-père de Volodymyr Zelensky – qui ont combattu les nazis et survécu à la guerre. En d’autres termes, les Ukrainiens soviétiques étaient la cible de l’extermination nazie et ont également joué un rôle disproportionné dans la lutte contre les nazis, mais ces faits ont été dissimulés par le préjugé selon lequel « Soviétique » signifiait « Russe ».

Cependant, l’idéologie que Staline arborait en public était le léninisme. Il s’agissait d’une version déformée – par exemple, il a déclaré que l’Union soviétique était un État socialiste, alors que Lénine pensait que le socialisme ne pouvait être établi qu’au niveau international – mais, comme Poutine s’en est plaint, il a conservé dans la Constitution quelques éléments de la politique léniniste, comme le droit à l’autodétermination. Cela était nécessaire pour établir sa prétention à être l’héritier légitime de Lénine. En outre, si Staline et ses successeurs ont conservé une mainmise sur les colonies russes et ont même envahi et occupé l’Afghanistan en 1979, ils ont pu se faire passer pour des anti-impérialistes en soutenant les luttes de libération dans les pays colonisés par l’impérialisme occidental, gagnant ainsi en influence dans ces pays. Il serait donc inexact de qualifier le régime stalinien de fasciste, même s’il partageait de nombreuses caractéristiques avec le fascisme.

Khrouchtchev et Brejnev se sont eux aussi servis de Lénine pour renforcer leurs prétentions au leadership, mais contrairement à eux, Mikhaïl Gorbatchev était un bon connaisseur de Lénine, tentant d’aligner ses propres politiques de démocratisation par la glasnost (ouverture) et la perestroïka (restructuration) de la société soviétique sur le Lénine révolutionnaire, le Lénine qui recherchait la vérité, l’internationaliste qui encourageait le développement des langues et des cultures des peuples soviétiques, et le Lénine qui était prêt à tirer les leçons de ses erreurs passées et à les corriger (23). Gorbatchev a retiré les forces soviétiques d’Afghanistan et n’est pas intervenu lors de la chute du mur de Berlin. Il a élaboré un traité pour une Union soviétique plus égalitaire et démocratique, mais deux jours avant sa signature, des partisans de la ligne dure ont organisé un coup d’État contre lui, l’ont assigné à résidence et ont coupé ses communications. Il y a eu une opposition populaire massive au coup d’État et Boris Eltsine s’est placé à la tête de celle-ci. Le coup d’État a échoué et Gorbatchev a été libéré, mais mis à l’écart par Eltsine, qui a présidé à la désintégration de l’Union soviétique en quinze républiques indépendantes, dont la Fédération de Russie (24).

Eltsine a choisi Poutine pour lui succéder en 1999, à une époque où sa propre popularité était très faible et où Poutine était le puissant mais inconnu directeur du FSB. La façon dont Poutine a gagné en popularité est toujours actuelle. La Fédération de Russie compte encore des colonies en son sein ; l’une d’elles est la Tchétchénie, qui a déclaré son indépendance en novembre 1991. Les troupes russes l’ont envahie en 1994 et, lors d’une opération dirigée par le FSB, ont bombardé la capitale Grozny et tué le président élu, mais la résistance de la guérilla s’est poursuivie. Le nouveau président élu a signé un accord de paix avec Eltsine, reportant la détermination du statut de la Tchétchénie. En 1999, une série d’attentats à la bombe dans des appartements de Moscou a été attribuée à des terroristes tchétchènes, mais il s’est avéré par la suite qu’ils ont été orchestrés par le FSB ; ils ont servi de prétexte à une « guerre contre le terrorisme » impitoyable contre les civils tchétchènes, comprenant la torture, le viol systématique et le meurtre de masse, l’assassinat du deuxième président élu et l’instauration d’une dictature fantoche brutale alliée à Poutine. Cette action s’est accompagnée d’une répression contre les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes d’investigation en Russie même, tandis que les témoins et les enquêteurs des attentats à la bombe dans les appartements étaient assassinés un par un (25). Poutine a rapidement entrepris de reconstruire un État autoritaire, nommant d’anciens alliés du KGB et de l’armée aux services de sécurité et élargissant leurs attributions, réécrivant les règles pour se donner le pouvoir de nommer et de révoquer les juges, et obtenant de nouveaux pouvoirs pour révoquer et nommer les gouverneurs et dissoudre les assemblées législatives régionales, jusqu’à ce que « les services de sécurité répondent uniquement au Kremlin. Et au sommet de ce nouveau pouvoir vertical se trouvait Vladimir Poutine » (26).

Le scénario tchétchène a été répété en Syrie après que Poutine eut rejoint la guerre dans ce pays en septembre 2015, la seule différence étant que l’allié brutal de Poutine – Bachar el-Assad – était déjà au pouvoir mais risquait d’être renversé par un soulèvement démocratique (27). Et cela nous donne un indice de ce à quoi Poutine faisait référence lorsqu’il a cité les paroles d’une chanson punk-rock, « La Belle au bois dormant dans un cercueil », pour dire aux Ukrainiens : « Que tu le veuilles ou non, supporte-le, ma beauté » (28). Le sort de la Tchétchénie est ce qu’il a prévu pour l’Ukraine lorsque ses forces armées l’ont envahie et se sont dirigées directement vers Kiev en 2022.

Outre Assad, Poutine soutient également le dictateur de droite Daniel Ortega au Nicaragua, en échange de l’accueil par son régime d’un système de surveillance par satellite pour la collecte de renseignements, ainsi que de la libre utilisation de ses ports (29). Ses paramilitaires Wagner ont travaillé et commis des crimes de guerre aux côtés du dictateur en puissance Khalifa Hafter en Libye (30) et se sont implantés en Afrique subsaharienne de manière importante, soutenant des dictateurs autoritaires et des coups d’État militaires et commettant d’horribles violations des droits de l’homme en échange de concessions d’extraction d’or et de diamants à une société russe liée (31). Lorsqu’elles sont mises en œuvre par l’Occident, la gauche a qualifié à juste titre de telles pratiques d’impérialisme.

Contrairement à Staline, qui dissimulait sa contre-révolution derrière la rhétorique du léninisme, Poutine veut se débarrasser de tout l’héritage de la révolution russe et des « fantasmes odieux et utopiques qu’elle a inspirés ». Staline se reconnaissait dans Ivan le Terrible, le tsar qui a étendu l’empire russe et concentré le pouvoir absolu entre ses mains, et a ordonné à Sergei Eisenstein de réaliser un film sur lui ; mais il était furieux qu’Eisenstein dépeigne les oprichniks d’Ivan – que Staline considérait comme l’équivalent de sa propre police secrète – comme ressemblant au Ku Klux Klan, l’incarnation du fascisme américain (32). En revanche, Poutine, qui se reconnaît dans Ivan le Terrible et lui a construit une statue (33), n’a aucun problème à se lier au Ku Klux Klan et à d’autres néofascistes aux États-Unis (34) ; en effet, comme le documente Anton Shekhovtsov, il a des liens avec des néofascistes dans toute l’Europe (35). Shekhovtsov décrit cela comme un de convenance », mais l’alignement est bien plus profond. Rafia Zakaria souligne que « la nation russe de Poutine est… centrée sur la supériorité de l’ethnie russe blanche et slave » et approuve la discrimination, les discours de haine et la violence contre les minorités ethniques et les immigrants. Elle conclut qu’il «  existe des parallèles directs entre les efforts déployés par Poutine pendant des décennies pour élever les Russes blancs au rang de leaders de son ordre mondial et la poursuite par Hitler d’idées similaires de pureté raciale pour réaliser sa propre “grande nation” » (36). La différence est que Poutine ne cherche à exterminer les minorités ethniques que si elles résistent à la soumission.

La ressemblance avec l’idéologie d’Hitler n’est pas accidentelle : Poutine est un admirateur du philosophe fasciste russe antibolchevique Ivan Ilyin, qui décrivait la « qualité spirituelle » des Russes comme résidant dans leur amour pour « Dieu, la patrie et le vozhd [chef suprême] national », et qui, en 1933, écrivait que « l’esprit » du « national-socialisme allemand » l’alignait « sur le fascisme italien » et sur « l’esprit du mouvement blanc russe également » (37). Le conseiller de Poutine, Alexandre Douguine, a élaboré la stratégie d’Ilyine pour l’État russe post-soviétique dans son livre de 1997 intitulé Fondamentaux de géopolitique : l’avenir géopolitique de la Russie, qui est devenu une lecture obligatoire à l’Académie d’état-major général et dans d’autres établissements d’enseignement. Il y préconise la recréation d’un vaste empire eurasien [l’Empire tsariste/URSS] dans lequel les Russes ethniques chrétiens orthodoxes occuperaient une position privilégiée, et expose un plan pour surmonter « l’atlantisme » et établir une domination mondiale, dont certaines parties ont connu un succès surprenant. Il s’agit notamment de déstabiliser les États-Unis en soutenant les « groupes extrémistes, racistes et sectaires » en leur sein et en soutenant simultanément les « tendances isolationnistes » [Trump] ; l’expansion eurasienne en Amérique latine ; l’absorption des Balkans, en particulier la Serbie et la « Bosnie serbe » ; séparer la Grande-Bretagne du reste de l’Europe [Brexit] et « finlandiser » le reste avec une utilisation stratégique des ressources en matières premières de la Russie [pétrole, gaz] ; former une « Grande Alliance » avec l’Arménie, l’« Empire d’Iran » et la Libye pour contrer l’Arabie saoudite et surtout la Turquie, qui devrait être déstabilisée en encourageant les minorités comme les Kurdes (qu’il qualifie d’« aryens » comme les Arméniens et les Iraniens) à se rebeller [liens avec le PKK]. L’Inde et le Japon sont considérés comme des alliés dans les efforts de la Russie pour contenir la Chine : la moins réussie des recommandations de Douguine (38).

Dans sa quête de « Dieu », Poutine a choisi le patriarche fondamentaliste Kirill de l’Église orthodoxe russe, adoptant une législation misogyne et anti-LGBT+ conforme à ses vues. Il est évident que de telles idées ont fait de Poutine une icône pour les suprématistes blancs et les fondamentalistes chrétiens aux États-Unis et en Europe : il partage le rejet par l’extrême droite de la démocratie, du socialisme et du féminisme (39). Dans une présentation en ligne, le socialiste russe Ilya Budraitskis a affirmé que les fascistes du XXe siècle avaient besoin d’un mouvement de masse pour écraser un mouvement ouvrier fort et des partis sociaux-démocrates populaires avant de pouvoir s’emparer du pouvoir d’État, et qu’ils pouvaient donc être qualifiés de « fascisme par le bas ». En revanche, Poutine a pu accéder au pouvoir par le biais d’élections, puis transformer l’État en sapant les institutions démocratiques (par exemple des élections libres et équitables) et en supprimant les droits démocratiques (comme la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique) – un processus qui s’est plus ou moins achevé après l’invasion de l’Ukraine – que l’on pourrait qualifier de « fascisme par le haut » (40). Comme le fascisme du XXe siècle, il fait appel à l’armée, à la police, à la police secrète et aux stormtroopers néonazis (que Poutine libère stratégiquement puis contrôle, avant de les laisser devenir trop puissants et de les massacrer ensuite comme Hitler) et aux paramilitaires, tant en Russie qu’à l’étranger ; il utilise la censure et les médias de masse contrôlés par l’État pour propager le « grand mensonge » (par exemple : « il n’y a pas de guerre en Ukraine, seulement une opération militaire spéciale pour la dénazifier »), mais aussi des méthodes qui n’étaient pas à la portée d’Hitler et de Mussolini, comme les sites web pro-Kremlin, la cyberguerre et les usines à trolls (41). Si nous identifions les caractéristiques essentielles du fascisme comme étant le suprémacisme ethnique, l’autoritarisme extrême (rejet de la démocratie), l’hostilité au socialisme et au communisme, le conservatisme social (hostilité au féminisme et aux droits des LGBT+), le culte du chef et la propagation constante de mensonges, Poutine coche toutes les cases.

Cela signifie que la situation en 2022 n’est pas un retour à la guerre froide comme tant de commentateurs l’ont supposé, mais ressemble davantage à la Seconde Guerre mondiale. Peut-être devrions-nous la reconnaître comme la troisième guerre mondiale, une guerre entre l’autoritarisme suprématiste ethnique et la démocratie, qui a englouti tous les pays du monde, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et les pays de l’UE. Les Ukrainiens, qui ont commencé à lutter pour leur indépendance nationale en tant que République démocratique, ont eu le malheur d’être propulsés en première ligne d’une guerre contre le fascisme génocidaire pour la deuxième fois de mémoire d’homme. Il est vrai qu’il y a des fascistes ukrainiens, mais ils sont très minoritaires par rapport à l’ensemble de la population qui mène une guerre populaire, alors que les fascistes dominent du côté russe.

Pour les internationalistes socialistes, il est donc impératif de soutenir une victoire ukrainienne et une défaite russe, sans lesquelles il n’y aura pas de paix. Cela implique de réclamer des armes pour que les Ukrainiens puissent se défendre et des sanctions pour obliger la Russie à mettre fin à son agression, car une victoire de la libération nationale et de la démocratie créerait les conditions nécessaires à l’avancée de la lutte de la classe ouvrière, tandis que la victoire de l’expansionnisme impérialiste et du fascisme constituerait un énorme revers pour les travailleurs du monde entier. Dans ce contexte, quiconque ne soutient pas la lutte héroïque du peuple ukrainien contre le néofascisme de Poutine ne peut prétendre être socialiste ou de gauche, car il soutient l’impérialisme contre la libération nationale, l’autoritarisme contre la démocratie, la barbarie contre le socialisme.

Réactions à la guerre en Ukraine

Alors que les forces militaires russes et biélorusses étaient massées autour de l’Ukraine, un grand nombre de commentateurs occidentaux ont imputé la crise à l’entrée de l’Otan dans les pays d’Europe de l’Est, empiétant ainsi sur la « sphère d’influence » de la Russie. Dans leur vision du monde, seules les puissances impérialistes comptent. Comme l’ont expliqué les socialistes lituaniens, la volonté d’adhérer à l’Otan est en fait venue de petits pays qui craignent d’être recolonisés par la Russie (42), mais ces commentateurs ne se soucient pas que ces pays soient avalés par l’impérialisme. Leurs suggestions en faveur d’un retour de l’Otan à sa position d’avant 1997 sont reprises par des pseudo-anti-impérialistes qui soutiennent leur impérialiste préféré et ses alliés brutaux et lancent des slogans tels que « Bas les pattes devant la Russie », certains allant jusqu’à demander le blocage des livraisons d’armes à l’Ukraine (43). (Selon la même logique, la gauche aurait dû demander aux travailleurs russes de bloquer les livraisons d’armes soviétiques au Vietnam). De telles demandes, si elles étaient mises en œuvre, permettraient au régime fasciste de Poutine de conquérir et de gouverner d’autres pays d’Europe de l’Est après avoir violé, torturé et tué des milliers de civils en Ukraine, balayé la démocratie et fait reculer la lutte des classes de plusieurs décennies. Ils sont donc, sans ambiguïté, contre-révolutionnaires et équivalent à une collaboration avec l’impérialisme et le fascisme.

Quant à l’argument selon lequel « nous devons nous opposer uniquement à notre propre impérialisme », il n’a aucun sens pour les internationalistes qui comprennent que le capitalisme ne peut être vaincu que par les travailleurs du monde entier. Il n’y a peut-être pas grand-chose que nous puissions faire pour soutenir les luttes anti-autoritaires des peuples qui ne sont pas opprimés par notre propre État, mais, au minimum, nous pouvons chercher et dire la vérité à leur sujet, et éviter les cadres conceptuels basés sur des doubles standards. L’indifférence de ces personnes à l’égard des bombardements de Palestiniens en Syrie (44) et maintenant à l’égard des bombardements de Palestiniens en Ukraine (45) permet de douter qu’elles se soucient réellement de la libération palestinienne, contrairement aux activistes palestiniens qui ont souligné les similitudes entre les luttes des Palestiniens, des Syriens et des Ukrainiens (46). Cette position est, avant tout, une trahison envers les incroyablement courageux antifascistes, socialistes, féministes, anti-impérialistes et militants anti-guerre russes, dont l’un a déclaré : « Je comprends maintenant ce que les antifascistes ressentaient pendant le Troisième Reich » (47). Les socialistes ont l’obligation de s’opposer à toute oppression, quel qu’en soit l’auteur et quelle qu’en soit la victime.

Malheureusement, ils ne sont pas les seuls à prendre des positions rétrogrades sur ces deux luttes (Syrie, Ukraine). Artem Chapaï (Chapeye dans les pays anglophones), un socialiste qui avait traduit les travaux de Noam Chomsky en ukrainien, était effaré par la répétition par Chomsky des mensonges du Kremlin selon lesquels le soulèvement de Maidan en 2014 « s’apparentait à un coup d’État avec le soutien des États-Unis qui… a conduit la Russie à annexer la Crimée, principalement pour protéger son seul port d’eau chaude et sa base navale » (48). Le marxiste syrien Yassin al-Haj Saleh, qui avait traduit l’œuvre de Chomsky en arabe, a également critiqué la déclaration de Chomsky selon laquelle l’intervention de Poutine en Syrie n’était pas impérialiste parce que « soutenir un gouvernement n’est pas de l’impérialisme » – même si ce « gouvernement » est une dictature sur le point de tomber face à un soulèvement démocratique, et que le soutenir implique de tuer 23.000 civils en six ans et d’obtenir un port et des bases militaires en retour ! (49) (Selon cette logique, l’intervention américaine au Vietnam n’était pas de l’impérialisme, car elle soutenait le gouvernement du Sud-Vietnam). Non pas que Chomsky ait de bons mots à dire pour Poutine ou Assad, mais son approbation des mensonges du régime de Poutine est aussi une forme de soutien. Et l’érudition de piètre qualité de cet éminent chercheur lorsqu’il s’appuie sur la propagande du Kremlin et sur des commentateurs occidentaux mal informés pour parvenir à ses conclusions plutôt que sur le travail de Syriens, d’Ukrainiens et de Russes bien mieux informés est effectivement décevante, tout comme son incapacité à comprendre que Poutine et Assad peuvent fabriquer un consentement pour leurs crimes monstrueux en déversant un flux constant de mensonges sur leurs médias captifs et leurs médias sociaux tout en incarcérant et en tuant quiconque dit la vérité. Le plus déprimant est son portrait orientaliste des peuples non occidentaux qui luttent contre Poutine et ses alliés, présentés comme des dupes de l’Occident dépourvus de tout protagonisme.

Nous avons maintenant quelques réponses à la question par laquelle nous avons commencé : comment surmonter les divisions entre les travailleurs résultant du suprémacisme ethnique et du nationalisme ? Premièrement, il faut s’opposer à tous les impérialismes, parce qu’en plus de leurs racines dans le suprémacisme ethnique, ils impliquent l’oppression nationale. Deuxièmement, soutenir les luttes pour l’indépendance nationale qui sont majoritairement démocratiques ; les luttes plus autoritaires ne devraient recevoir qu’un soutien critique à condition qu’elles représentent des personnes de toutes les ethnies. Les définitions ethniques de la nation ne devraient jamais être soutenues. D’autre part, un programme socialiste doit inclure les droits des minorités ethniques à la pleine égalité devant la loi et leur droit d’avoir leur propre langue et culture, ainsi que l’autonomie locale et régionale, ce qui est important dans toute démocratie mais encore plus pour les enclaves où les minorités prédominent. Si les socialistes prennent au sérieux les intérêts des travailleurs partout dans le monde, ils doivent mettre en avant les luttes pour la démocratie, qui sont aussi des luttes contre diverses formes de discrimination et de persécution, et ce non seulement dans leur propre pays, mais en termes de solidarité avec la lutte de classe des travailleurs de tous les pays. Enfin, dans un monde où l’hostilité à l’égard des réfugiés, des immigrants et des « étrangers » est endémique, les internationalistes défendent l’ouverture des frontières.

*Rohini Hensman est une écrivaine, chercheuse indépendante et militante qui a écrit sur les droits des travailleurs, le féminisme, les droits des minorités et la mondialisation. Ses livres les plus récents sont Workers, Unions, and Global Capitalism : Lessons from India (Columbia University Press, 2011) et Indefensible : Democracy, Counterrevolution, and the Rhetoric of Anti-Imperialism (Haymarket Books, 2018). Cet article a été publié en anglais le 2 juin 2022 par Historical Materialism : https://www.historicalmaterialism.org/blog/socialist-internationalism-and-ukraine-war

NOTES

1. L’original en russe de l’intervention de Vladimir Poutine du 21 février 2022, dont nous avons traduit ces extraits, peut être consulté sur le site web du Kremlin (http://kremlin.ru/events/president/news/67828). Une traduction complète, un peu différente de la nôtre, a été publiée le 22 février 2022 par la Revue politique et parlementaire : (https://www.revuepolitique.fr/intervention-du-president-de-la-federation-de-russie/).

2. Orest Subtelny, Ukraine : A History (University of Toronto Press, 1988) pp. 25 ; 32–41 ; 75–77 ; 134–35 ; 227–35 ; 268–69. Traduction ukrainienne : Україна : Історія (1991, Либідь).

3. « Putin : Soviet collapse a “genuine tragedy” », NBC News du 26 avril 2005 : https://www.nbcnews.com/id/wbna7632057

4. Eric Blanc, « Anti-imperial Marxism : Borderland socialists and the evolution of Bolshevism on national liberation », International Socialist Review n° 100 (2016) : https://isreview.org/issue/100/anti-imperial-marxism/index.html

5. « Auschwitz 75th Anniversary : A memoir by Roman Rosdolsky » : https://ukrainesolidaritycampaign.org/2020/01/27/auschwitz-70th-anniversary-a-memoir-by-roman-rosdolsky/ (l’original de cet article a été publié en 1956 dans le journal des socialistes ukrainiens émigrés Oberona et reproduit dans la revue trotskiste ukrainienne de Toronto, Діялог, en 1984 : https://vpered.wordpress.com/2009/12/24/rosdolsky-auschwitz-birkenau/

6. Roman Rosdolsky, « Friedrich Engels et le problème des peuples “sans histoire” (La question des nationalités dans la Révolution de 1848-1849 à la lumière de la Nouvelle Gazette Rhénane) », https://www.marxists.org/francais/rosdolsky/works/1948/00/rosdolsky-engels-table.htm

7. Marko Bojcun, The Workers’ Movement and the National Question in Ukraine 1897–1918 (Brill Publishers, Leiden 2021). L’introduction peut être consultée sur : https://www.historicalmaterialism.org/blog/workers-movement-and-national-question-ukraine-1897-191 8-introduction

8. Rosa Luxemburg, La question nationale et l’autonomie, Le Temps des Cerises 2001, pp. 47, 48, 51.

9. Rosa Luxemburg, Réforme sociale ou révolution, « II-3 La Conquête du pouvoir politique » : https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1898/r_ou_r2_3.html

10. V. Lénine, « Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes », Œuvres, tome 20, pp. 428-429, Éditions sociales & Éditions en langues étrangères, Paris-Moscou 1959.

11. Ce discours ne se trouve pas dans les Œuvres complètes de Lénine. Il a été rapporté par la presse de l’époque. Voir R. Serbyn, « Lénine et la question ukrainienne en 1914 : le discours séparatiste de Zurich », Pluriel-Débat n° 25, 1981. Voir sur ce sujet : Zbigniew Kowalewski, « La conquête de l’Ukraine et l’histoire de l’impérialisme russe », Inprecor n° 695/696 de mars-avril 2022, ainsi que Zbigniew Kowalewski, « L’indépendance de l’Ukraine : préhistoire d’un mot d’ordre de Trotski », Quatrième Internationale n° 32/33 de mai-juillet 1989 (reproduit dans Inprecor n° 611 de janvier 2015).

12. Rohini Hensman, Indefensible : Democracy, Counter-Revolution and the Rhetoric of Anti-Imperialism (Haymarket Books, Chicago 2018), pp. 59–61.

13. Urs W. Saxer, « The Transformation of the Soviet Union : From a Socialist Federation to a Commonwealth of Independent States », Loyola of Los Angeles International and Comparative Law Review, Vol. 14 n° 3, 7.1.1992, pp. 581-715 : https://digitalcommons.lmu.edu/cgi/viewcontent.cgi?referer=&httpsredir=1&article=1251&context=ilr

14. Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme – L’Impérialisme, Fayard, Paris 1982, pp. 181-182 : http://tankona.free.fr/arendt1982.pdf

15. Rohini Hensman, « Marx and Engels on Socialism and How to Achieve It : A Critical Evaluation », dans Gregory Smulewicz-Zucker et Michael J. Thompson (eds.) An Inheritance for Our Times : Principles and Politics of Democratic Socialism, OR Books, New York 2020, pp. 131-147.

16. Le Sri Lanka, anciennement Ceylan, est un exemple de nationalisme ethnique dans une ancienne colonie, qui a conduit à une guerre civile dévastatrice et à la décimation d’un mouvement ouvrier autrefois fort (voir Rohini Hensman, « Post-war Sri Lanka : Exploring the path not taken », Dialectical Anthropology n° 39, 2015, pp. 273-293.

17. Roman Rosdolsky, « Friedrich Engels et le problème des peuples “sans histoire” (La théorie des nationalités de la Nouvelle Gazette Rhénane) » : https://www.marxists.org/francais/rosdolsky/works/1948/00/rosdolsky2-8.htm

18. V.I. Lenin, 1922 « La question des nationalités ou de l’“autonomie”, Œuvres, tome 36, pp. 618-624, https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221231.htm

19. Rohini Hensman, Indefensible, op.cit, pp. 35–37, 63.

20. Alex de Jong, « Stalin handed hundreds of communists over to Hitler », Jacobin, 22 août 2021, https://www.jacobinmag.com/2021/08/hitler-stalin-pact-nazis-communist-deportation-soviet

21. Timothy Snyder, Bloodlands : Europe Between Hitler and Stalin, Penguin Random House, London 2010, pp. 339-351, 363-368.

22. Timothy Snyder, « Germans must remember the truth about Ukraine – for their own sake », Eurozine, 7 juillet 2017 https://www.eurozine.com/germans-must-remember-the-truth-about-ukraine-for-their-own-sake/

23. Christopher Smart, « Gorbachev’s Lenin : The myth in service to “Perestroika” », Studies in Comparative Communism, vol. 23, n° 1 (Spring 1990), pp. 5-21.

24. Bridget Kendall, « New light shed on anti-Gorbachev coup », BBC News, 18 août 2011 : https://www.bbc.com/news/world-europe-14560280

25. Rohini Hensman, Indefensible, op. cit. pp. 66-71.

26. Chris Miller, Putinomics : Power and Money in Resurgent Russia, University of North Carolina Press, Chapel Hill 2018, pp. 26–27.

27. Jackson Diehl, « Putin is going by a familiar playbook in Syria », Business Insider, 12 octobre 2015 : https://www.businessinsider.com/putin-is-going-by-a-familiar-playbook-in-syria-2015-10?IR=T

28. Michele A. Berdy, « A Russian Sleeping Beauty », The Moscow Times, 11 février 2022. https://www.themoscowtimes.com/2022/02/11/a-russian-sleeping-beauty-a76338

29. Octavio Enrìquez, « Ortega, the “anti-imperialist”, surrenders to Russian interests », Confidencial, 1 mars 2022. https://www.confidencial.com.ni/english/ortega-the-anti-imperialist-surrenders-to-russian-interests/

30. Al-Monitor Staff, « Intel : EU sanctions suspected head of Russia’s Wagner paramilitary group », Al-Monitor, 15 octobre 2020 : https://www.al-monitor.com/originals/2020/10/eu-sanction-russia-wagner-yevgeniy-prigozhin.html31. Peter Fabricius, « Wagner’s dubious operatics in CAR and beyond », Institute for Security Studies, 21 janvier 2022 : https://issafrica.org/iss-today/wagners-dubious-operatics-in-car-and-beyond

32. Alexey Timofeychev, « “Disgusting thing !” Why Stalin couldn’t accept Eisenstein’s sequel of “Ivan the Terrible” », Russia Beyond, 9 janvier 2018 : https://www.rbth.com/history/327217-ivan-terrible-stalin-eisenstein

33. Howard Amos, « Russia falls back in love with Ivan the Terrible », Politico, 31 octobre 2016 : https://www.politico.eu/article/russia-falls-back-in-love-with-ivan-the-terrible-statue-monument-oryol/

34. Natasha Bertrand, « “A model for civilization” : Putin’s Russia has emerged as “a beacon for nationalists” and the American alt-right », Business Insider, 10 décembre 2016 : https://www.businessinsider.in/politics/a-model-for-civilization-putins-russia-has-emerged-as-a-beacon-f or-nationalists-and-the-american-alt-right/articleshow/55913352.cms

35. Anton Shekhovtsov, « The Kremlin’s marriage of convenience with the European far right », OpenDemocracy, 28 avril 2014 : https://www.opendemocracy.net/en/odr/kremlins-marriage-of-convenience-with-european-far-right/

36. Rafia Zakaria, « White Russian Empire : The racist myths behind Vladimir Putin’s power grabs », The Forum, 10 mars 2022. https://www.aapf.org/theforum-white-russian-empire

37. Anton Barbashin, « Ivan Ilyin : A fashionable fascist », Riddle, 20 avril 2018 : https://ridl.io/en/ivan-ilyin-a-fashionable-fascist/

38. John B. Dunlop, « Aleksandr Dugin’s Foundations of Geopolitics », Stanford – The Europe Center, 2004 : https://tec.fsi.stanford.edu/docs/aleksandr-dugins-foundations-geopolitics

39. Carl Davidson and Bill Fletcher Jr., « Putin is attempting to center Russia as a hub of the global right wing », Portside, 30 mars 2022 : https://portside.org/2022-03-30/putin-attempting-center-russia-hub-global-right-wing

40. Ilya Budraitskis du Mouvement socialiste russe (RSD) commence à 38’55 sa présentation lors d’une émission intitulée « Inside the Aggressor » diffusée le 27 mars 2022 : https://www.youtube.com/watch?v=jpyzmIg7v5g.

41. Alexander Zemlianichenko, « Putin’s fascists : the Kremlin’s long history of cultivating homegrown neo-Nazis », The Conversation, 21 mars 2022.

42. ibid.

43. Vincent Présumey, « A bas l’union sacrée pour désarmer les Ukrainiens ! Des armes pour la résistance ukrainienne ! », Arguments pour la lutte sociale, 3 avril 2022 : https://aplutsoc.org/2022/04/03/a-bas-lunion-sacree-pour-desarmer-les-ukrainiens-des-armes-pour-la-resistance-ukrainienne/

44. Budour Hassan, « A late obituary for the capital of the Palestinian diaspora », OpenDemocracy, 22 juin 2018 : https://www.opendemocracy.net/north-africa-west-asia/budour-hassan/yarmouk-late-obituary-for-capital-of-palestinian-diaspora45. Amany Mahmoud, « Palestinians in Ukraine fear another exodus », Al-Monitor, 5 mars 2022 : https://www.al-monitor.com/originals/2022/03/palestinians-ukraine-fear-another-exodus#ixzz7NBHFAO Nf

46. Budour Hassan, « Palestine and the Syrian revolution », ZNet, 25 novembre 2013 : https://zcomm.org/znetarticle/palestine-and-the-syrian-revolution-by-budour-hassan/ ; Ghufrane Mounir, « Gigi Hadid to donate fashion month earnings to aid people in Ukraine and Palestine », Middle East Eye, 7 mars 2022 : https://www.middleeasteye.net/discover/ukraine-palestine-gigi-hadid-fashion-earnings-donated-aid

47. Andrew Roth and Pjotr Sauer, « “Our voices are louder if we stay” : Russian anti-war activists refuse to flee », The Guardian, 27 mars 2022 : https://www.theguardian.com/world/2022/mar/27/our-voices-are-louder-if-we-stay-russian-anti-war-acti vists-refuse-to-flee

48. Johnny Diamond, « A Ukrainian translator of Noam Chomsky responds to his recent comments on the Russian invasion », The Hub, 3 mars 2022 (https://lithub.com/a-ukrainian-translator-of-noam-chomsky-responds-to-his-recent-comments-on-the-rus sian-invasion/). Chapaï cite les commentaires de Chomsky parus sur ce blog : https://chomsky.info/20211223/

49. Yassin al-Haj Saleh, « Chomsky is no friend of the Syrian revolution », New Lines Magazine, 15 mars 2022 (https://newlinesmag.com/review/chomsky-is-no-friend-of-the-syrian-revolution/). Saleh cite un extrait d’une interview donnée par Chomsky, qu’on peut trouver ici : https://www.youtube.com/watch?v=VumemUMSIBM

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