Tiré du blogue de l’auteur.
Immédiatement contacté, le service consulaire français en Israël a sollicité les autorités israéliennes pour comprendre les raisons de cette interdiction. Même réponse : « Interdit d’entrer pour des raisons de sécurité ». Rien de plus.
Israël se présentant comme un « État de droit » et une « démocratie », il existe officiellement des recours. Dans les faits, c’est plus compliqué.
J’ai passé ces dernières semaines à discuter avec des avocats israéliens. Ils se montrent perplexes sur mes chances dès lors que le « caractère sécuritaire » invoqué sera systématiquement mobilisé pour justifier mon interdiction, sans qu’ils puissent en connaitre les raisons exactes.
Les trois procédures possibles, à la fois « longues et couteuses » — de quelques centaines à plusieurs milliers d’€, ne garantissent pas d’accéder au contenu de « mon dossier » ni de voir ma situation s’améliorer.
Mais alors, à quoi bon faire appel ?
C’est là toute la perversité du système.
Si je ne le fais pas, les autorités israéliennes vont expliquer que je n’ai pas saisi les recours qui me sont proposés et où j’aurais pu « me défendre ». Si je le fais, ces mêmes autorités n’auront aucune obligation de présenter à mes avocats ou à moi les éléments qui me sont reprochés.
À titre d’exemple, le recours devant le « Tribunal d’appel », procédure la plus couteuse des trois, est la seule où une décision est prise par un juge qui, lui, aura accès au dossier mais sans être dans l’obligation de nous le partager si le motif « sécuritaire » est considéré comme justifié.
Grosso modo, se défendre sans connaitre les motifs exacts de l’accusation.
J’ai cependant pu, avec ces avocats, établir les éléments probables qui pourraient constituer les motifs d’un refus pour « raisons de sécurité » : article ou post sur les réseaux sociaux au sujet d’Israël accusant d’apartheid ou de génocide, soutien publique à la campagne BDS, apparitions publiques avec des personnalités palestiniennes (conférences, meetings…) ou mobilisation active en faveur des populations de Gaza.
Ce à quoi je suis désormais confronté ne doit être ni relativisé (« Pas surprenant vu tes positions ! ») ni devenir une affaire personnelle centrée sur ma personne. Voilà des décennies que des millions de Palestiniens subissent cet arbitraire colonial, et tant d’autres avant moi s’y sont confrontés, indépendamment de leur statut : activistes, chercheurs, humanitaires, journalistes…
Comme nous l’exprimons à travers une tribune parue hier dans plusieurs médias (Arrêt sur images, L’Humanité, Politis, Yaani), signée par des chercheurs et des journalistes, « en nous interdisant d’entrer, les autorités israéliennes cherchent à verrouiller l’accès aux Palestiniens ». Elles entendent redéfinir les conditions mêmes de la production des connaissances, car une recherche privée de terrain est une recherche amputée et une société dont l’accès est ainsi verrouillé devient un espace où le savoir sous contrôle est censuré.
Je tiens enfin à une précision pour rester fidèle à la réalité et ne pas me mettre dans une posture qui ne correspond pas à la réalité de ce que j’ai vécu. Depuis janvier 2025, avant de se présenter à une frontière contrôlée par les autorités israéliennes, il est obligatoire de remplir un formulaire en ligne. Mon interdiction m’a donc été notifiée par deux courriers. Contrairement à de nombreux amis, dont j’ai entendu ou lu les témoignages, je n’ai pas eu à subir l’humiliation et la violence du refoulement, de l’enfermement et de l’expulsion.
Ces actes démontrent, s’il le fallait encore, la supercherie qui se cache derrière les prétentions « démocratiques », d’« État de droit » ou « libérales » d’Israël.








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