Édition du 20 janvier 2026

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Amérique centrale et du sud

Rencontre internationale de rébellions en territoire zapatiste

Plus de trois décennies après le soulèvement de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), la rencontre « Quelques parties du tout » réunit les luttes et résistances de collectifs mexicains et d’une dizaine de pays. L’espace vise à nourrir l’organisation et à partager les erreurs et réussites des constructions autonomes. Les défis face aux mégaprojets extractivistes et le regard des prochaines générations y sont au centre.

18 août 2025 | tiré de Rebelion | Sources : Agencia Tierraviva
https://rebelion.org/encuentro-internacional-de-rebeldias-en-territorio-zapatista/

Au Chiapas, dans le sud du Mexique, de vastes étendues de territoire voient les peuples indigènes zapatistes construire leur vie dans l’autonomie et la démocratie directe. Là, ils rejettent le gouvernement national, qui n’a jamais veillé aux droits ni aux besoins des communautés, et se déclarent en résistance et en rébellion. Les zapatistes ont réussi à édifier leur propre système de santé autonome, leur propre éducation, leur système de gouvernement local et horizontal, leur sécurité, tout en dénonçant les programmes sociaux que met en œuvre le gouvernement de la présidente Claudia Sheinbaum (Morena) pour fragmenter les communautés paysannes.

Trente et un ans après le soulèvement armé de l’EZLN, où ils ont lancé leur cri de « Ya basta ! » et exigé « Plus jamais un Mexique sans nous », le dimanche 3 août a débuté la rencontre « Quelques parties du tout », organisée par le mouvement zapatiste afin de partager les luttes et résistances à travers le monde. Ils avaient déjà organisé plusieurs rencontres pour échanger avec d’autres collectifs en rébellion, tant au niveau national qu’international. Durant la pandémie, ils avaient suspendu tout contact avec l’extérieur, par mesure de protection, mais ils ont repris aujourd’hui l’organisation de rencontres internationales pour mettre en dialogue les formes de résistance de chaque territoire.

La rencontre a commencé au Caracol Tourbillon de nos paroles — les « caracoles » étant les communautés autonomes de prise de décision dans le territoire zapatiste — situé dans la localité de Morelia, à quelques kilomètres d’Altamirano, l’une des quatre villes occupées par les zapatistes à l’aube du 1er janvier 1994. L’inauguration s’est ouverte avec l’entrée de la milice au centre du caracol. Le sous-commandant Moisés, porte-parole du mouvement, a prononcé un discours de moins de cinq minutes, souhaitant la bienvenue à « toutes, tous et tou·te·s » à la rencontre, et a déclaré clairement : « Aujourd’hui, nous sommes toutes une petite fille palestinienne, nous sommes tous un petit garçon palestinien ». Un profond silence a suivi. À ce moment, chaque milicien et milicienne de l’EZLN a déployé un drapeau de la Palestine. Le lien entre les opprimé·es du monde contre le système et les guerres capitalistes était ainsi établi.

Espaces de partage

Dans la rencontre, chaque collectif dispose d’un moment pour présenter le contexte dans lequel il se trouve, ses défis et les actions concrètes qu’il mène. Le Congrès national indigène (CNI), qui rassemble et met en dialogue les luttes des divers peuples indigènes à travers tout le territoire mexicain, a ouvert les tables de partage. Plusieurs porte-paroles de différentes communautés ont exposé les processus d’autonomie, la présence du crime organisé et des mégaprojets extractivistes sur les territoires ancestraux, ainsi que les projets gouvernementaux qui fragmentent les communautés, parmi d’autres problématiques.

Un exemple est le programme gouvernemental Sembrando Vida, qui oblige les communautés à posséder 2,5 hectares avec titres individuels pour y accéder, poussant ainsi de nombreuses communautés à privatiser leurs terres communales.

Le CNI est une organisation clé dans le contexte mexicain. Il a acquis une grande visibilité en consolidant le Conseil indigène de gouvernement qui, en 2017, a choisi Marichuy — María de Jesús Patricio — comme porte-parole et candidate indépendante à l’élection présidentielle de 2018. Cette initiative a lancé une vaste campagne depuis la base, en contre-proposition au système de pouvoir gouvernemental.

Les mères chercheuses — collectif de femmes qui recherchent leurs fils et filles disparu·es — ont pris la parole ensuite. Au Mexique, on compte déjà plus de 120 000 disparu·es, et le nombre augmente chaque jour à cause de la violence entretenue par la complicité entre crime organisé et autorités nationales, étatiques et municipales. Ce sont les familles qui assument la lourde tâche de chercher leurs proches parmi les décharges, ravins et décombres. Des dizaines de groupes de familles s’organisent à travers le pays, subissant stigmatisation, abandon de l’État, persécutions, et plusieurs ont même été assassinés durant leurs recherches.

Autonomie et avenir zapatiste

Chaque après-midi de la rencontre, les jeunes zapatistes présentent des œuvres artistiques où l’on ne voit pas d’individualités mais des collectifs travaillant ensemble. Ils partagent poèmes et chansons, souvent dans leurs langues maternelles et parfois en castillan. La relève générationnelle est un défi central du zapatisme : comment transmettre le sens de la lutte à celles et ceux qui n’ont pas vécu l’oppression capitaliste, mais sont né·es et ont grandi dans les caracoles ?

Dans les écoles autonomes, les jeunes montent des pièces de théâtre retraçant l’histoire du mouvement, incluant ses erreurs et ses réussites. Fort d’un esprit critique aigu, le zapatisme a revisité ses pratiques pyramidales et, en 2023, a annoncé une transformation de sa structure de gouvernement autonome. L’organisation pyramidale des Juntas de Buen Gobierno, où l’information et les décisions se concentraient entre quelques mains, a été remplacée par un système d’assemblées de base en dialogue permanent avec l’ensemble du territoire.

Aujourd’hui, dans chaque communauté et territoire communal, fonctionne un Gouvernement autonome local élu et rotatif, qui se réunit selon les besoins en Collectifs de gouvernements autonomes locaux dans les caracoles respectifs et, si nécessaire, en Assemblée de collectifs de gouvernements autonomes locaux.

Le jeudi 7 août, une brigade internationale a visité le bloc opératoire autonome en construction dans la Selva Lacandona, au Caracol Dolores Hidalgo. Le plan a été réalisé par sept compagnons zapatistes de la base de soutien et la construction a été organisée avec la participation des bases de soutien des différents caracoles qui travaillent chaque semaine. Ils ont également raconté, lors d’une présentation à l’auditorium du caracol, que des personnes extérieures au mouvement, y compris certaines proches du parti au pouvoir Morena, ont participé et contribué à cette construction, comprenant que ce bloc opératoire est un bénéfice pour toutes et tous.

Ce travail est collectif et pour le commun. La décision de le construire est née des besoins du peuple, l’hôpital le plus proche se trouvant à Ocosingo, à deux heures de route. Le bloc opératoire représente une avancée majeure pour le système de santé autonome, qui dispose de salles dans chaque communauté et de promoteurs de santé combinant savoirs ancestraux et formation médicale. Chaque caracol possède aussi une ambulance.

Un horizon à long terme

Toute la rencontre — qui peut être suivie sur le site web de l’EZLN — a pour axe central le travail en commun et la lutte pour le jour d’après la tempête capitaliste : l’extractivisme des ressources naturelles, la destruction de la nature, les monocultures, entre autres facteurs. Le zapatisme poursuit sa voie sans s’écarter de l’autonomie, avec pour horizon qu’une petite fille, dans sept générations, puisse vivre libre et sans peur.

Source : Agencia Tierraviva

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