Édition du 18 juin 2019

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Algérie et Soudan

Soudan. La campagne de « désobéissance civile »

Au Soudan, après le massacre du sit-in il y a quasiment une semaine (3 juin), la coalition civile a organisé dimanche 10 juin une campagne nationale de « désobéissance civile ». Une action lancée par l’Association des professionnels qui accuse les putschistes au pouvoir d’être responsables du bain de sang du 3 juin et de la répression qui s’est poursuivie les jours suivants. Pour protester, les leaders ont appelé à la grève et à la reprise des barricades. Des violences avec les forces de l’ordre ont fait au moins quatre morts.

Tiré de À l’encontre.

L’Association des professionnels parle d’un succès et demande aux Soudanais de poursuivre le mouvement. Difficile de nier l’évidence. Khartoum était une ville fantôme avec des transports quasi inopérants, un trafic très faible et l’essentiel des magasins fermés [1].

Les boutiques d’alimentation type supermarchés ou encore boulangerie, étaient en partie ouvertes pour permettre aux gens de s’approvisionner.

Dans plusieurs quartiers, des barricades ont été érigées pour limiter la circulation ou encore empêcher les véhicules des forces de sécurité de se déplacer. Les auteurs des barrages ont été réprimés, tantôt par les FSR (Force de soutien rapide), principaux auteurs de la tuerie du 3 juin, mais aussi la police, pourtant en retrait depuis le début de la répression. Les forces de sécurité sont même allées jusqu’à tirer alors qu’on enterrait une des victimes dans le quartier de Bahri, ce qui a fortement choqué la communauté.

Même si le mouvement est essentiellement pacifiste, on commence à voir émerger des propos plus violents parmi les civils. Certains n’hésitent plus à appeler à la résistance armée. Une dérive encore marginale, mais préoccupante qui fait craindre une guerre civile.

L’Association des professionnels espère que la campagne durera jusqu’à ce que les militaires cèdent le pouvoir aux civils. L’APS a demandé aux institutions financières internationales de couper les liens avec le régime, et souhaite davantage de soutien international pour éviter un nouveau bain de sang.

L’ONU doit prochainement envoyer une équipe pour enquêter sur les accusations de violations des droits de l’homme.

Dans le quartier de Bahri

Les habitants de Bahri remontent une de leurs barricades avec prudence. A la moindre alerte, ils sont prêts à décamper notamment, car ce matin, un jeune a été abattu. Fayçal Mohamed a vu la scène : « Les gens ont commencé les barricades hier en prévision de la journée. A 5h ils sont sortis vérifier l’état des barrages. Les habitants étaient pacifiques, sans armes. La police est arrivée et a tiré. Pas en l’air, elle nous visait. Je me sens très triste. La police est censée nous protéger, pas nous tirer dessus. »

Soudain, un groupe de gens passe devant le barrage. Ils transportent Al Aangareb, le lit familial dans lequel le corps du défunt est transporté au cimetière. Dans le cortège, on sent beaucoup de colère. Certains comme Sarig Ali Sarig, tiennent d’ailleurs des propos très inquiétants : « On se fait abattre comme des moutons. Il faut qu’on nous donne des armes. On est des hommes, on peut les tuer. On est tous capables de tenir une arme. On se ment à nous-mêmes. Les politiciens nous mentent. Le combat est trop déséquilibré. »

Mais tout le monde n’est pas d’accord. Certains jugent ces paroles extrémistes. Yousouf Zakary Ahmed est un Soudano-Syrien. Il sait de quoi il parle. « J’ai vécu en Syrie jusqu’en 2013, dit-il. Il n’y a pas de sécurité. Vous ne pouvez aller nulle part. Vos enfants ne vont pas à l’école. Il n’y a pas de nourriture. La violence n’est pas la solution. Ce qu’il faut c’est une pression internationale. »

Les civils tentés par la violence sont encore rares. Mais si la répression continue et que l’économie poursuit sa déliquescence, le Soudan pourrait tomber dans une spirale hors de contrôle. (RFI, 10 juin 2019)

Note

[1] Le 9 juin 2019 : « La désobéissance civile et la grève sont nos moyens pacifiques pour arracher notre droit à la vie », a déclaré l’Association des professionnels. Alors que l’activité à Khartoum était réduite au minimum, depuis le massacre du 3 juin, la capitale n’est que l’ombre d’elle-même aujourd’hui avec une circulation famélique, des magasins et administration fermés ainsi que des transports publics à l’arrêt. Le Comité des médecins précise qu’une dizaine d’hôpitaux participent à la grève. À l’aéroport, des passagers attendaient avec leurs bagages en espérant un vol, alors que de nombreuses compagnies ont suspendu leur liaison avec Khartoum. Des incidents ont éclaté notamment à Omdurman ou encore à Bahri où depuis 24h des manifestants ont installé des barricades sur les routes à l’aide de briques, de pneus, de pierres, de bouts de fer et de troncs d’arbres. La police anti-émeute est intervenue notamment à coups de gaz lacrymogène mais également à balles réelles, entraînant la colère des habitants.

L’Alliance civile a demandé aux manifestants d’être prudents, de ne pas provoquer les forces de sécurité, de ne pas rester sur les barricades mais de les reconstruire, lorsqu’elles sont détruites. L’ALC a promis de poursuivre le mouvement jusqu’à ce que le pouvoir soit remis aux protestataires.

Etant donné la crise économique qui frappe le Soudan, depuis plusieurs années, aggravée par la situation sécuritaire et sociale, difficile de savoir combien de temps les Soudanais pourront tenir sans travailler. (RFI, 9 juin 2019)

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