La prise de la ville d’El-Fasher, au Darfour, par les Rapid Support Forces (RSF), avec son cortège d’atrocités contre les civils, met en lumière qu’au Soudan se déroule l’une des plus grandes crises humanitaires au monde conséquence d’une guerre qui oppose Burhan, chef des Sudanese Armed Forces (SAF), à Hemedti, leader des RSF. Tous deux ont servi la dictature d’Omar Al-Bashir, écrasé dans le sang la révolution de 2019 et dévastent le pays pour s’emparer du pouvoir.
Des pétrodollars qui financent la guerre
Les SAF bénéficient du soutien de l’Égypte, de la Turquie et de l’Arabie saoudite, tandis que les RSF sont massivement appuyées par les Émirats arabes unis (EAU). Pourquoi ce pays du Golfe, pourtant allié à l’Arabie saoudite, soutient-il si fortement les RSF ? Si les deux États pétroliers partagent des objectifs communs – lutte contre l’Iran, opposition au Qatar et à toute forme d’islamisme politique, promotion d’une gouvernance autoritaire censée garantir la stabilité régionale – leurs politiques étrangères divergent. Les EAU ambitionnent de devenir une puissance régionale et s’en donnent les moyens, en faisant de l’Afrique leur terrain de prédilection. Ils contrôlent nombres de ports du Continent, investissent dans les exploitations minières, l’agriculture et la logistique largement utilisée pour les opérations commerciales et militaires.
Le Soudan illustre parfaitement la synergie des différentes structures mises en place par l’Émirat, où se nouent trafics d’or, d’armes et de capitaux, avec des conséquences pour d’autres pays. Ainsi, le Tchad a choisi de rompre ses accords militaires avec la France pour s’allier aux EAU en devenant une base logistique de fourniture d’armes pour les RSF, gagnant au passage des centaines de millions de dollars.
Les alliés au détriment de la paix
La difficulté d’aboutir à une paix négociée s’explique en partie par le fait que les soutiens des deux belligérants sont des alliés du camp occidental. Les États-Unis ne peuvent se mettre à dos l’Égypte, qui a joué son rôle de partenaire docile pendant la guerre contre Gaza, pas plus que les EAU, pierre angulaire des accords d’Abraham et considérés comme la principale « victoire » diplomatique du premier mandat de Trump. Il en va de même pour l’Europe, qui tente timidement de jouer sa partition dans cette crise. Mais que peut dire Paris à Mohammed ben Zayed Al Nahyane, l’émir d’Abou Dhabi qui a acheté pour 18 milliards de dollars d’avions Rafale, ou que peut faire Londres, dont les exportations vers les EAU avoisinent les 15 milliards de livres, sinon organiser des conférences sans lendemain ?
L’autre dimension relève du pur cynisme. Un Soudan en guerre, avec des populations meurtries, reste le moyen le plus sûr d’étouffer toute velléité révolutionnaire susceptible de renverser les dirigeants honnis des RSF et de l’armée soudanaise.
Paul Martial
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