20 septembre 2025 | tiré d’International Viewpoinit
https://internationalviewpoint.org/spip.php?article9181
Le vendredi matin, le président Daniel Noboa a annoncé son intention de convoquer une Assemblée constituante pour réécrire la Constitution – il poussait depuis un certain temps une série de réformes visant à supprimer ou affaiblir les droits environnementaux et du travail inscrits dans la Constitution progressiste de 2008, et à lui permettre d’inviter des troupes américaines à opérer sur le sol équatorien, soi-disant dans le cadre de sa « guerre contre la drogue ».
Tard dans la nuit de vendredi, le président Noboa a envoyé la police encercler et évacuer la Cour constitutionnelle alors qu’elle délibérait sur la constitutionnalité de ses initiatives – elle avait récemment déclaré irrecevables plusieurs de ses tentatives en ce sens.
Les mouvements sociaux équatoriens ont immédiatement appelé à une mobilisation le samedi matin pour défendre la Cour constitutionnelle.
Ce dernier bras de fer intervient au terme d’une semaine de confrontation croissante entre un gouvernement de plus en plus d’extrême droite et les mouvements sociaux d’Équateur, avec les communautés autochtones en première ligne.
Des journées de protestation contre un grand projet minier dans le sud du pays – qui menace l’équilibre écologique de toute la région, en particulier ses sources d’eau – ont culminé mardi avec une immense manifestation. Près de 100 000 personnes ont défilé dans Cuenca, la troisième ville du pays. Le gouvernement a été contraint de reculer, suspendant au moins temporairement le projet, tout en promettant d’aller de l’avant avec d’autres grands projets miniers dans des communautés comme Palo Quemado et Las Naves, où la résistance comme la répression ont été particulièrement intenses.
En parallèle, le gouvernement a annoncé une forte hausse du prix du diesel, dans le cadre de son accord avec le Fonds monétaire international. La réaction a rappelé celle d’octobre 2019, lorsqu’une augmentation du prix des carburants avait déclenché un soulèvement mené par les Autochtones. La grève des syndicats du transport a été rapidement rejointe par les communautés autochtones, qui ont bloqué les routes et affronté la police. Les étudiants ont défilé dans la capitale, Quito.
La répression s’est également intensifiée. Alors que le gouvernement continue d’utiliser sa prétendue guerre contre la drogue pour justifier ses attaques contre les mouvements sociaux, des rapports atroces font état de soldats torturant des militant·e·s détenus. Mais le mouvement autochtone a aussi exercé sa puissance sociale considérable. Le mois dernier, lorsque des agents des services secrets ont apparemment tenté d’écraser Leonidas Iza – ancien président de la CONAIE et figure de proue de la résistance radicale – ils ont été immédiatement arrêtés par la communauté locale et soumis à la justice autochtone, un autre droit protégé par la Constitution actuelle. Ils n’ont subi aucun dommage, mais ont été soumis à plusieurs jours d’interrogatoire serré, au cours desquels ils ont révélé des détails remarquables sur la surveillance des mouvements sociaux par les services de sécurité, y compris l’utilisation d’infiltrés et de faux journalistes. En conséquence de cette détention, Leonidas lui-même est désormais poursuivi pour enlèvement.
Cette même puissance sociale autochtone s’est manifestée jeudi, lorsque le nouveau président de la CONAIE, Marlon Vargas, a annoncé l’arrêt national illimité. Alors que des arrêts régionaux et des barrages routiers se multipliaient dans les jours précédents, le président Noboa avait déclaré l’état d’urgence dans plusieurs provinces. Désormais, parallèlement à la grève, Marlon Vargas a proclamé une « urgence communautaire », ce qui signifie que l’armée et la police ne seraient pas autorisées à entrer dans une quelconque communauté ou territoire autochtone.
Cela marque un tournant important dans l’équilibre des forces au sein du mouvement autochtone. Il y a seulement deux mois, Vargas avait été élu à la tête d’une coalition de forces centristes et ouvertement de droite, promettant de collaborer avec le gouvernement Noboa et de promouvoir l’unité nationale. Cela semblait constituer une défaite sérieuse pour les forces radicales du mouvement autochtone, menées par Leonidas Iza. Mais ces dernières semaines, la réalité est venue miner cette « unité ». La section amazonienne de la CONAIE, la Confeniae, que Vargas dirigeait autrefois, ainsi que plusieurs fédérations provinciales, ont annoncé qu’elles rompaient leurs relations avec le gouvernement. Des communautés locales avaient déjà commencé à mener des actions directes.
Les événements se déroulent rapidement, et il est encore trop tôt pour dire si l’arrêt national évoluera vers une rébellion à part entière – la troisième en six ans. Beaucoup dépendra de ce qui se passera au sein de la direction du mouvement autochtone. Il n’est pas encore clair non plus jusqu’où ira le président Noboa – qui conserve un soutien significatif dans certaines couches de la population, même si sa popularité a chuté – dans son entreprise de piétinement des institutions démocratiques déjà fragiles de l’Équateur. Ce n’est pas encore une dictature, comme certains à gauche l’affirment. Mais cela pourrait bien y conduire.
Quoi qu’il en soit, le peuple équatorien a besoin de solidarité internationale – maintenant !
20 septembre 2025
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