31 juillet 2025
Lettre ouverte Monsieur François Legault, Premier Ministre du Québec
Suite à la réception non sollicitée dans mon courrier d’encart publicitaire provenant de la Fonderie Horne, et en réponse à sa campagne publicitaire multimédia et principalement en réaction à la lettre publique envoyée au Premier Ministre du Québec par la chambre de commerce et de l’industrie de Rouyn-Noranda (CCIRN), je me sens interpellé. Elle est clairement une action, légale ou non, de lobbyisme ou lobbying (Déf. Wikipédia : L’acte de tenter légalement d’influencer les actions, les politiques ou les décisions des représentants du gouvernement, des législateurs ou des organismes de réglementation).
Depuis quelques semaines, la direction de la Fonderie Horne et celle de Glencore inondent les médias et les citoyens de messages. Ceci fait partie d’une vaste campagne de publicité et de lobbying tout azimut. Cette démarche n’est sûrement pas le fruit du hasard. Elle doit être considérée comme suspecte.
Ne soyons pas dupes !
Contrairement à ses promesses, cette campagne s’inscrit dans le contexte de leur décision d’abandonner leur projet AERIS. Pourtant elle s’était engagée à le réaliser. Elle était admissible à une aide financière importante de la part de divers paliers gouvernementaux, donc payée par l’ensemble des contribuables. Cela reflète aussi sa volonté de se désister quant au respect des échéanciers imposés dans l’autorisation ministérielle obtenue au début de 2023.
Dans un passé récent, ne nous a-t-elle pas inondé de messages affirmant sur toutes les tribunes l’importance de sa nouvelle technologie innovante AERIS, sa pièce maîtresse. Ainsi avec elle, elle aurait la capacité d’abaisser grandement l‘ensemble de ses rejets toxiques. À ses dires, grâce à elle, elle serait en mesure de répondre aux obligations fixées par le gouvernement, ceci à l’intérieur de l’échéancier qui lui a été imposé et dont le but premier est la protection de la santé des citoyens exposés.
Comme prévu dans les règlements, cette autorisation, par définition, fait partie intégrante d’un processus d’amélioration progressive devant conduire au respect intégral des différentes normes environnementales en vigueur partout ailleurs au Québec. Combiné à des actions supplémentaires, AERIS semble être un élément indispensable pour atteindre éventuellement les normes québécoises. Par magie elle ne serait plus nécessaire ! Au diable le respect des normes !
Face aux produits toxiques, les citoyens de Rouyn-Noranda savent qu’ils ne sont pas moins vulnérables que les autres personnes demeurant ailleurs au Québec.
Voilà que la direction de la Fonderie Horne fait marche arrière et renie ses propres engagements. Sommes-nous vraiment surpris ?
Dans le passé, la direction de la Fonderie Horne et celle de Glencore n’ont pas toujours fait preuve de transparence et de comportements exemplaires. Sa prétention “d’avoir changé” se révèle n’être qu’une tentative de nous “ jeter de la poudre aux yeux” !
Ainsi, elle a réussi à gagner du temps, espérant voir apparaître une certaine lassitude, une démobilisation ou un désintéressement de la part des citoyens et des journalistes ainsi qu’un manque de vigilance de la part des autorités concernées. Compte tenu de l’incertitude économique reliée à l’instabilité d’humeur manifestée par notre voisin du sud, de la proximité d’une élection au Québec et l’agitation reliée aux métaux dits critiques, elle juge le moment opportun pour contre-attaquer. Ne cherche-t-elle pas à éviter d’assumer correctement ses obligations et ses responsabilités ?
Une fois de plus, elle s’évertue à nous faire croire que ses rejets toxiques sont inoffensifs pour la santé. Elle fait appel à divers experts en toxicologie, liés à l’industrie minière, choisis et payés par elle, pour soutenir ses dires et, ainsi, convaincre certaines personnes influentes. Leurs propos sont orientés, parcellaires et généralement biaisés. Beaux-parleurs, ils réussissent à vendre leurs salades et ainsi à convaincre certains auditoires peu connaissant dans ce domaine spécialisé. Malgré la présence d’une situation flagrante de conflit d’intérêt, ils cherchent avec la complicité de la direction de la Fonderie Horne à nous faire croire à la “neutralité“ et à l’impartialité de leurs avis, de leurs rapports et de leurs études.
Ensemble, ils ont réussi à convaincre les représentants de la chambre de commerce et de l’industrie de Rouyn-Noranda (CCIRN) d’écrire une lettre publique à M. le Premier Ministre du Québec, François Legault. Ce n’est pas un geste banal. Sans aucune compétence en la matière et avec des connaissances extrêmement limitées sur le sujet, les représentants de la chambre de commerce se sont permis d’exprimer leur opinion sur la validité des différentes études de biosurveillances effectuées par la Direction de la Santé Publique de L’Abitibi-Témiscamingue (DSPub AT), celles de 2006-07, de 2018, de 2019 etc. Ils ont sélectionné la plus ancienne au détriment des récentes, même si les conclusions de cette première se sont révélées erratiques, tel que précisé par la DSPub AT. C’est celle qui leur convient personnellement. De plus, ils se sont estimés aptes à émettre des critiques sur les choix des biomarqueurs sélectionnés. Serviles, ils ont repris tout simplement l’argumentaire véhiculé par la direction de la Fonderie Horne et par Glencore.
Il me paraît déplorable et ridicule que le CCIRN se prononcent directement auprès du Premier Ministre du Québec sur le bien-fondé ou non de l’utilisation de biomarqueurs spécifiques ou encore sur la présence ou non de risques potentiels pour la santé liés aux rejets par la fonderie de produits toxiques dans l’environnement. Par ce fait même, consciemment ou non, ils contribuent implicitement à discréditer les experts de la Direction de la Santé Publique tant au niveau régional que national, tout comme le fait constamment la direction de la Fonderie Horne. Ils mettent en doute leurs compétences respectives et leur professionnalisme en laissant sous-entendre que leurs études et avis récents ne sont pas valables et qu’ils ne sont ni “neutres” ni impartiaux, contrairement, selon eux, aux experts choisis et rémunérés par la direction de la Fonderie Horne.
Suite à cette lettre, l’équipe éditoriale du Devoir a jugé bon de publier ses propres commentaires et exprimer son opinion. Ceux-ci sont partagés par de nombreux citoyens de Rouyn-Noranda et d’ailleurs.
Suite aux réactions provoquées par cette lettre publique au Premier Ministre, la mise au point diffusée ultérieurement par la chambre de commerce de Rouyn-Noranda me semble peu sincère. Elle n’efface pas ce qui a été envoyé. Affirmer une chose et agir en contradiction est déplorable. Son appel tardif au dialogue qu’elle a émis par la suite est peu crédible puisqu’elle a déjà pris une position claire et ferme en écrivant au Premier Ministre. La chambre de commerce et de l’industrie de Rouyn-Noranda avait-t-elle organisé des rencontres préalables avec les représentants de la Direction de la Santé Publique tant régionale que nationale et avec les représentants des divers groupes de citoyens qui ont manifesté publiquement leurs préoccupations ? Cela me paraît être un geste essentiel pour s’assurer que ses membres soient mieux informés, Ces rencontres auraient dû être tenues avant la rédaction de cette lettre. A-t-elle aussi consulté réellement l’ensemble de ses membres sur le sujet avant de s’exprimer à leurs noms ? Loin de favoriser la conciliation ou le rapprochement, cette lettre alimente la méfiance et la division au sein de la population. Elle attise cette fracture sociale qu’elle déplore. Elle ternit davantage l’image de Rouyn-Noranda et son attractivité. Ce n’est sûrement pas le but recherché.
En conflit d’intérêt évident, la majorité des signataires de cette lettre ont choisi avant tout de préserver pour eux-mêmes cette importante source de revenus. Ainsi, ils s’opposent à la volonté exprimée par la grande majorité des citoyens de Rouyn-Noranda lors de la consultation publique sur le sujet organisée par le gouvernement québécois à l’automne 2022. Par cette lettre au Premier Ministre, des gens fortunés et influents appartenant à la communauté d’affaires de Rouyn-Noranda expriment une certaine forme de non-respect ou de mépris envers leurs concitoyens qui ont à cœur leur santé et celle de leur famille, ainsi que celle de leurs voisins.
Lors de cette même consultation publique de 2022, la CCIRN dans son mémoire écrit ce qui suit : “Le débat démontre une fracture sociale évidente dans la population, qui est déchirée entre la protection de la santé et la préservation d’un acteur économique important. Le CCIRN a pris position que le développement économique ne devrait pas se faire au détriment de la santé de la population”. Elle écrit en caractère gras et souligné “ La cible proposé de 15 ng par m3 est une étape de transition en route vers la norme québécoise de 3 ng par m3 d’arsenic” et “ Le repère de 15 ng par m3 d’arsenic est conséquemment une valeur intermédiaire qui ne doit pas être maintenue indéfiniment dans le temps et qui doit être atteinte le plus rapidement possible”. “En somme, la CCIRN soutient la position de la Direction de la santé publique du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue quant à la cible proposée, et considère que cette valeur repère est une étape de transition vers le respect de l’atteinte de la norme québécoise”.
Ce mémoire rédigé par le CCIRN et sa lettre au Premier Ministre sont difficilement conciliables. On constate une inconsistance qui s’explique difficilement. Cela pourrait-t-il s’expliquer par un comportement de girouette, ou d’hypocrisie, ou encore celui d ’aplaventrisme et de servilité (déf. Petit Robert : Servile : qui a un caractère de soumission avilissante et excessive = bas, obséquieux, complaisant = lèche-culs) et peut-être d’opportunisme et de cupidité, ou bien d’une combinaison des cinq ? Si certains se sentent offusqués par mes propos, ils devraient réaliser qu’ils récoltent les fruits de ce qu’ils ont eux-mêmes semé. Celui qui sème des mauvaises herbes et du chiendent ne doit pas espérer récolter de fines herbes. L’agriculteur qui épand du lisier sur son champ pour l’engraisser ne doit pas être offusqué si ses voisins affirment que ses terres ne sentent pas les roses.
Surprenamment, de façon redondante, chacun des signataires de la lettre s’est cru obligé d’ajouter un commentaire personnel complimentant la Fonderie Horne. Devant cette surenchère, nous avons l’impression d’assister à une compétition d’adulation ! Cela me paraît pour le moins déplacé. Il ne s’agit pas d’un anniversaire ou une fête quelconque où l’on demande à chacun d’écrire sur la carte de souhait un petit mot pour faire plaisir à la personne fêtée et lui signifier leur appréciation.
Comme vous, nous avons constaté une baisse significative de ses émissions atmosphériques d’arsenic, mais elles demeurent encore beaucoup trop élevées et dépassent encore énormément la norme québécoise. Elles sont néfastes pour la santé. Ce n’est que suite aux études de biosurveillance effectuées par la Direction de la Santé Publique régionale publiées en 2019 et 2020, puis aux avis de la Direction Nationale de Santé publique et de l’INSPQ émis à l’été 2022, à l’intérêt manifesté par les nombreux journalistes et les informations diffusées par les médias, qu’une grande partie de la population d’ici et d’ailleurs au Québec ont pris conscience de cette importante problématique environnementale et des risques pour la santé qui en découlent. Face à elle, le CCIRN et la majorité de ses membres ont exprimé leur inquiétude et ont demandé eux aussi sa résolution le plus rapidement possible.
Suite à l’avis interministériel de 2004 et contrairement à leurs recommandations, nous pouvons constater une longue période de quasi immobilisme dans la réduction des hauts niveaux des émissions atmosphériques d’arsenic. Comme c’est son habitude, la direction de la Fonderie Horne avait alors brandi la menace de fermeture et elle a utilisé avec succès un chantage lui permettant ainsi d’éviter d’avoir à faire face aux obligations légales et aux exigences qui auraient normalement dû lui être imposées dans l’autorisation ministérielle de 2007. Depuis lors, elle utilise abusivement l’étude de biosurveillance de 2006-2007 comme un paravent pour justifier son inaction relative. Tardivement, elle n’a commencé à bouger significativement que face aux nouvelles exigences associées à l’autorisation légale de 2023. Elle essaie maintenant, une fois de plus, de les faire baisser et d’étirer les échéanciers. Elle n’a aucunement fait preuve d’un comportement presque angélique comme le prétendent le CCIRN et les signataires de la lettre. Au contraire ! Je reconnais le droit de la chambre de commerce de Rouyn-Noranda d’avoir un point vue divergeant du mien (partagé par de nombreux citoyens de Rouyn-Noranda et d’ailleurs), et celui d’essayer de défendre les intérêts financiers de certains de ses membres ainsi que celui de s’exprimer publiquement. Lorsqu’elle essaie d’influencer directement le Premier Ministre en dénigrant la Direction de la Santé Publique régionale et nationale et en se prononçant sur le niveau de dangerosité pour la santé lié aux rejets toxiques émis par la fonderie, elle dépasse les bornes. Elle ne peut pas dire quelque chose et son contraire et ainsi prétendre être crédible.
Je reconnais le droit pour le syndicat des employés de la fonderie de défendre le gagne- pain de ses membres et son droit à s’exprimer publiquement. Devant la puissance de son employeur, moi et beaucoup d’autres citoyens, nous déplorons une certaine servilité dans ses interventions publiques, bien que nous la comprenions.
Nous savons tous aussi que le jour où Glencore considérera que cette fonderie n’est pas suffisamment rentable, même avec l’aide financière gouvernementale et avec l’octroi de privilèges exceptionnels, elle la fermera tout simplement. Ce jour-là, comme bien d’autres dans le domaine minier, elle cherchera probablement à éviter le plus possible de remplir ses obligations de réhabilitation sous prétexte que ce sont les anciens propriétaires qui sont responsables de la plus grande partie de la contamination des sols et de l’eau. Les besoins grandissants pour les métaux dits critiques et pour le recyclage des appareils électroniques, ainsi que la préservation des emplois directs et indirects à Rouyn-Noranda, si importants dans son discours actuel, ne pèseront pas lourd dans la balance.
Je suis conscient tout comme les autres citoyens, soucieux ou non envers la protection de leur santé et de l’environnement, de l’importance du poids économique de cette fonderie et de son apport. Cela ne lui donne pas le droit de polluer sans scrupule l’environnement où nous vivons à titre de voisins. C’est pourquoi les autorités concernées se doivent de la surveiller et aussi de l’obliger à assumer adéquatement ses responsabilités à titre de bon citoyen corporatif particulièrement dans les domaines de la protection de l’environnement et de la santé. Dans le passé, avec ses très hauts taux de rejets de produits toxiques dans l’environnement, elle s’est montrée pour le moins extrêmement négligente. Suite aux divers propos tenus par sa direction et par ses partenaires d’affaires ou par ceux qui en dépendent, nous constatons qu’ils demeurent encore trop peu sensibilisés.
Chercher à faire un débat sur le choix de biomarqueur est d’aucune utilité. Au contraire, cela peut servir à détourner l’attention et ainsi éviter de faire face au vrai problème : les répercussions négatives pour la santé associées aux rejets d’une multitude de produits très toxiques dont certains sont sans seuils. Ce terme veut dire que ces produits toxiques continuent à provoquer chez certains individus des effets dangereux même à très petite dose. C’est le cas de l’arsenic, (et plus encore lorsqu’il est sous forme de trioxyde d’arsenic tel que présent à Rouyn-Noranda), du plomb et possiblement du cadmium et de plusieurs autres. Le problème est là et il est incontestable. Le nier ne le fait pas disparaître. Porter des œillères ne devrait pas faire partie des solutions. C’est à cet important problème que tous et chacun doivent vigoureusement s’attaquer. C’est vrai autant pour la direction de la Fonderie Horne, que pour ses partenaires d’affaires, autant pour les citoyens de Rouyn-Noranda que pour les diverses instances et autorités gouvernementales impliquées tant au niveau national, régional que municipal. Le rôle de la Santé Publique est primordial. Face à la puissance de Glencore, nous devons tous vigoureusement la soutenir.
Comme de nombreux citoyens l’ont déjà fait, sachons encore nous tenir debout !
Conclusions :
Sur le plan environnemental et de la protection de la santé, l’historique de la Fonderie Horne est remplie d’affirmations fausses et trompeuses, de promesses brisées et de tergiversations qui s’éternisent, de chantage et menaces successives de fermeture, accompagnés d’actions concrètes timides et d’investissements minimalistes.
Aucunes données scientifiques supplémentaires, récentes et crédibles, ne justifient la remise en question du bien-fondé des exigences imposées dans l’autorisation gouvernementale décrétée en 2023. Au contraire, la littérature scientifique actuelle nous oriente vers une plus grande prudence et un resserrement des normes environnementales. Cela concerne particulièrement le plomb, l’arsenic, le cadmium, le SO2, et de nombreux autres produits toxiques.
La lettre envoyée par le CCIRN n’est aucunement pertinente. Il s’agit d’une forme de lobbying dont les signataires sont en position de conflit d’intérêt. Leur argumentaire n’est pas basé sur des données probantes. Ne possédant pas les connaissances de base suffisantes en relation du domaine précis que sont les risques pour la santé liés aux émissions de produits toxiques, ils se basent uniquement que sur du ouï-dire véhiculé par des sources biaisées.
L’INSPQ (2022) a clairement souligné qu’il fallait tenir compte de l’importance des risques très significatifs déjà encourus par les personnes demeurant à Rouyn-Noranda et associés à leur exposition prolongée à des niveaux atmosphérique très élevés d’arsenic et autres produits toxiques rejetés dans le passé par la Fonderie Horne. Pour certains, de graves conséquences négatives pour leur santé se sont déjà manifestées, pour d’autres, elles peuvent se manifester ultérieurement au cours des prochaines décades. Ils ont recommandé de minimiser le plus possible les niveaux d’expositions et aussi de procéder le plus rapidement possible. Le but est de limiter l’addition de risques supplémentaires surajoutés.
M. le Premier Ministre François Legault et M. le Ministre responsable de l’Environnement Benoît Charrette, je me permets de vous demander de vous montrer fermes vis-à-vis la direction de la Fonderie Horne et de celle de Glencore, afin qu’elles respectent les obligations imposées dans l’autorisation ministérielle de 2023, selon les échéanciers décrétés.
Laisser la Direction de la Fonderie Horne déterminer elle-même les niveaux minimums atteignables pour ses rejets toxiques et qui selon elle étaient acceptables a eu des répercussions catastrophiques pour les personnes demeurant à Rouyn-Noranda. Les niveaux de pollution atteints à la fin des années 1990 et au début des années 2000 furent horribles. Le niveau atmosphérique annualisé a dépassé 1 000 ng par mètre cube. (la norme québécoise est de 3 ng). Suite à l’avis de 2004 les niveaux ont été ramenés à ceux du début des années 1990. Par la suite, et jusqu’au début des années 2020, nous avons constaté la presque absence d’améliorations significatives. Je vous prie d’éviter que cette erreur se répète. Les directions successives de la Fonderie Horne et de Glencore ne sont pas avérées sur le plan environnemental et sur celui de la protection de la santé être des interlocuteurs fiables et transparents.
Pierre Vincelette, Citoyen de Rouyn-Noranda depuis près de 5 décennies, et demeurant depuis 43 ans dans le quartier Notre-Dame, Père de 3 enfants qui ont été élevés ici, et grand-père de 2 enfants demeurant avec leur famille dans le quartier Notre-Dame. Médecin, pédiatre et néonatologiste, retraité depuis 3 ans.
Addendum :
Voici un bref rappel destiné à ceux qui ont oublié et à ceux qui n’ont pas compris certaines notions de base sur les biomarqueurs. Ils sont encore trop nombreux. Malheureusement, consciemment ou non, certains entretiennent encore une confusion sur ce sujet.
Aucun des biomarqueurs utilisé couramment dans les études épidémiologiques, tel le dosage de produits toxiques dont l’arsenic, que ce soit dans le sang, dans l’urine, dans les ongles d’orteils ou de doigts, dans les cheveux, quelque soit le résultat obtenu, n’apporte une valeur prédictive précise pour chacun des individus quant à son propre risque de développer éventuellement ou non un cancer, une maladie ou un problème de développement qui y sont reliés. Aussi aucun individu ne peut prétendre face à un résultat de dosage considéré bas ou normal qu’il n’y aucun risque pour sa santé. C’est aussi vrai pour le contraire, devant un résultat de dosage très élevé, il ne sera pas ultérieurement automatiquement malade.
Ainsi, les personnes qui ont été très fortement exposés aux formes les plus toxiques d’arsenic pendant de nombreuses décennies et encore jusqu’à récemment présenteront systématiquement des taux strictement comparables à ceux mesurés au sein de populations composées uniquement de personnes “dites non exposées”. Ce phénomène survient lorsque les prélèvements dans le sang ont été effectués quelques heures ou plus après l’arrêt de l’exposition, ou après quelques jours ou plus pour l’urine, ou encore après quelques mois ou plus pour les ongles et les cheveux. Devant des résultats identiques, le niveau de risques pour la santé ne sont pas équivalents, loin de là. Ceci a été très clairement prouvé. Même en présence de cas de cancer causé par l’arsenic, qu’il soit en phase présymptomatique, en phase de traitement actif ou en phase terminale, ces mêmes constatations s’appliquent.
L’arrêt de l’exposition n’entraîne aucunement l’annulation des risques de développer ultérieurement, même des décennies plus tard, des cancers ou autres problèmes de santé liés directement à cette exposition. L’arrêt de l’exposition sert simplement à empêcher une augmentation des niveaux de risques.
Pour mieux illustrer ce principe voici un exemple : l’achat d’un seul billet de loterie vous donne une chance de gagner le gros lot. L’achat de 10 ou de 100 billets augmentent vos chances de le gagner. Malgré cela, vos chances d’être le gagnant restent encore minime lorsqu’un million de billets ont été vendus. Celui qui gagne, quel que soit le nombre de billets qu’il a achetés, reçoit exactement le même montant. Le même constat s’applique aux perdants. Pour les cancers causés par l’arsenic, cette même logique s’applique, sauf qu’il n’y a pas qu’un seul gros lot et que personne ne veut être parmi ceux qui seront atteints.
On va comparer deux populations, l’une nettement plus exposée chroniquement à l’arsenic ou au plomb et l’autre considérée comme non exposée. Au sein de la première, plus de personnes présenteront éventuellement des problèmes de santé reliés à l’inhalation et à l’ingestion de ces produits toxiques qui sont sans seuil. Ceci a été scientifiquement très clairement démontré. C’est facile à comprendre car cela répond aussi à la règle du gros bon sens. Certaines personnes essaient de nier cette vérité et utilisent toutes sortes d’arguments qui tiennent mal la route. Parfois ils réussissent à embobiner une partie moins avertie de l’auditoire.
Ni l’étude de biosurveillance de 2006-2007 mesurant l’arsenic dans l’urine, ni celles de 2018 et de 2019 mesurant l’arsenic dans les ongles n’ont de valeurs prédictives positives ou négatives individuelles pour chacune des personnes faisant partie de ces études. Cela n’était aucunement le but de ces études, et les outils utilisés ne le permettaient tout simplement pas.
Pourquoi cette obsession que certains manifestent en cherchant à remettre constamment à l’avant-plan l’étude de biosurveillance de 2006-2007 ? Elle ne démontre aucunement l’absence de risques pour la santé reliés aux rejets de produits toxiques par la Fonderie Horne contrairement aux prétentions de certains ? C’est un moyen utilisé pour éviter de faire face au vrai problème en niant tout simplement son existence.
N’importe quel expert qui se respecte, a l’obligation éthique de bien préciser ces notions de base à son auditoire composé de profane en la matière, lorsqu’il commente ou donne son avis sur n’importe quelles études épidémiologiques de biomonitoring mesurant les taux de divers produits toxiques. Est-ce toujours le cas ? J’en doute !
D’aucune façon je ne me considère ni ne prétend être un expert en Santé Publique, en toxicologie, ou en épidémiologie. J’ai une formation scientifique dans le domaine de la santé. J’ai aussi accumulé des centaines d’heures de recherche d’informations sur les effets néfastes potentiels sur la santé de divers produits toxiques rejetés par la Fonderie Horne et présents à des niveaux anormalement élevés dans l’air et dans les sols de Rouyn-Noranda, particulièrement l’arsenic et le plomb. De plus, j’ai fait la lecture de centaines d’articles scientifiques sur le sujet publiés dans des revues scientifiques reconnues. J’ai consulté de nombreux documents concernant l’historique de cette fonderie. Je me permets donc d’écrire les commentaires livrés ici, sans ressentir un sentiment d’usurpation. Je n’aborde uniquement que l’aspect du risque pour la santé, c’est celui qui me préoccupe le plus et pour lequel j’ai développé une certaine compétence.
CC : M. Benoit Charette, ministre de l’Environnement, de la lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs
– M. Christian Dubé, Ministre de la Santé
– Mme Christine Fréchette, Ministre de l’Économie, de l’innovation et de l’énergie
– M. Jean Boutet, ministre du Travail, ministre responsable de la région de l’Abitibi-Témiscamingue et de la région du Nord-du-Québec
– M. Daniel Bernard, député Rouyn-Noranda-Témiscamingue
– Mme Suzanne Blais, député d’Abitibi-Ouest
– M. Pierre Dufour, député d’Abitibi-Est
– M. Sébastien Lemire, député fédéral d’Abitibi-Témiscamingue
– Mme Diane Dallaire, mairesse de Rouyn-Noranda
P.-S. : Des copies de cette lettre publique seront envoyées aux représentants de divers organismes et comités impliqués ou intéressés par cette problématique dont la CCIRN. Nous souhaitons que la CCIRN diffuse ce texte auprès de chacun de ses membres. Cette demande s’inscrit dans l’appel au dialogue et de partage d’informations qu’elle a formulé dans son communiqué qui a suivi sa propre lettre ouverte au Premier Ministre. En ce sens, une diffusion élargie de cette lettre serait possiblement appropriée et elle est autorisée par moi.
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